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	<title>Figures Franciscaines - Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</title>
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	<title>Figures Franciscaines - Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</title>
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		<title>BIENHEUREUX FRANZ JÄGERSTÄTTER</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:50:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>POUR AUJOURD’HUI 1907-1943 Franciscain séculier Texte préparé par Michel Bour – 2006-2007, à partir des livres Franz Jägerstätter, un témoin solitaire, Gordon Zahn, Edition du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="has-x-large-font-size wp-block-paragraph">P<strong>OUR AUJOURD’HUI</strong></p>





<p class="wp-block-paragraph"><strong>1907-1943</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscain séculier</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">Texte préparé par Michel Bour – 2006-2007,</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">à partir des livres</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>Franz Jägerstätter, un témoin solitaire</em>, Gordon Zahn, Edition du Seuil et</p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">«… <em>besser die Hände als der Wille geffesselt</em>&nbsp;», Erna Putz, Edition Geschichte der Heimat</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1 – JEUNESSE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz est né le 20 mai 1907 en Autriche à Ste Radegonde, petit village de Bavière tout proche de la frontière allemande. Il est le fils illégitime de Rosalie Huber et de Franz Bachmeir, deux domestiques trop pauvres pour se marier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a une enfance très pauvre&nbsp;; il est élevé par sa grand-mère maternelle, très aimante et à l’esprit ouvert. Vivant dans la ferme des grands-parents qui doivent nourrir jusqu’à 10 personnes, Franz souffre de la faim. Il va à l’école communale, où il fréquente l’école à classe unique&nbsp;; il y est apparemment un élève moyen, mais il souffre surtout beaucoup de la discrimination d’enfant pauvre illégitime qu’il subit dans les notes qu’on lui inflige.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la guerre de 1914-1918, la ferme Huber doit livrer des provisions à l’armée&nbsp;; les grands-parents ayant de plus en plus de mal à subvenir à leurs besoins, Franz est confié à partir de 1916 à ses grands-parents Bachmeier, à Tarsdorf, où la situation est meilleure. Là, son grand-père s’occupe tout particulièrement de lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’âge de 10 ans, en 1917, sa mère épouse le fermier Heinrich Jägerstätter, propriétaire de la ferme Leherbauer. Celui-ci adopte Franz. La maman ne pouvant avoir d’autres enfants, Franz devient héritier de la ferme. La famille recueille également Aloïsa, la nièce de Rosalie, âgée de deux ans. Elle devient comme une sœur de Franz, grandissant avec lui et partageant ses jeux. A la ferme il y a désormais suffisamment à manger, et la vie devient plus facile. Mais surtout le grand père adoptif est abonné à de bons journaux et possède beaucoup de livres de bon niveau. Franz devient un lecteur passionné. Pourtant, il doit quitter l’école à 14 ans pour travailler à la ferme. Malgré le peu de bagages scolaires, il continue à lire énormément, et continue à former son esprit. Bientôt, il commence à noter quelques unes de ses réflexions&nbsp;; c’est le début d’une habitude qui ne le quittera plus&nbsp;: celle d’écrire pour clarifier ses idées, noter ses pensées, garder trace de ses réflexions. Il reste ainsi de Franz de très nombreuses lettres et des dizaines de petits carnets qui sont des trésors pour découvrir la richesse et la grandeur de son âme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il devient rapidement un jeune gai et dynamique&nbsp;; il a la réputation d’être ”coureur de filles“, et a une adolescence un peu garçon “léger“, en tout cas de jeune turbulent. Il aime la compagnie des villageois, et les gens du village l’aiment&nbsp;; lorsqu’une rixe éclate, il n’est pas le dernier à y participer. A 20 ans, il quitte le village et part travailler dans une mine de fer dans la région de Steiermark. Là, Franz se débat pour la première fois avec des opinions et des convictions dont il n’avait jamais entendu parler à la ferme&nbsp;: celles des socialistes, des communistes. Il abandonne quelque temps la pratique religieuse, mais constate que cela ne le rend pas heureux. Il revient au pays en 1930, car son beau-père est malade. Il retourne à la ferme. Il reste un jeune homme très indépendant&nbsp;: il sera le premier au village à s’acheter une moto. Son beau-père meurt de la tuberculose en 1932, et Franz hérite de la ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses confrontations avec le monde extérieur, et sans doute aussi une liaison amoureuse sans lendemain, d’où naîtra en août 1934 hors mariage une fille Hildegarde (- encore qu’il n’est pas confirmé que Franz en soit le père, mais il aura le souci non seulement de verser une pension à la mère, mais aussi d’établir une relation de père avec l’enfant -), l’ont rendu plus sérieux, plus critique à l’égard du monde dans lequel il vit. L’hypocrisie qui l’entoure le dérange. Il note&nbsp;: <em>«&nbsp;personne ne doit croire qu’il est pieux s’il manque d’amour dans ses jugements sur le prochain&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toujours encore, même s’il ne tient pas de journal personnel, il continue de prendre beaucoup de notes qui seront pour nous autant de précieux témoignages sur sa vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2 – RENCONTRE ET MARIAGE AVEC FRANZISKA</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1936, il épouse Franziska née en 1913. Elle est très croyante. Il l’avait rencontrée lors d’un bal, dans l’auberge où elle travaillait comme serveuse. A l’époque, selon son expression, «&nbsp;il fallait qu’il trouve femme&nbsp;», parce qu’il devait reprendre la ferme. Franz avait été frappé par cette jeune femme, il avait repéré son visage. Il fera le tour des bals de la région jusqu’à ce qu’il la retrouve. Franziska, quant à elle, avant de le laisser s’approcher, s’était renseignée pour savoir ce qu’il faisait de ses dimanche matins, s’il allait à la Messe…</p>



<p class="wp-block-paragraph">A nouveau, à l’occasion de son mariage, Franz marque l’indépendance de son esprit. Alors que traditionnellement dans la région, les mariages sont suivis d’une très grande fête où sont invités toute la famille et les amis, Franz et Franziska remplacent cette fête par un voyage de noces à Rome. Le voyage est maintenu alors même que Aloïsa, décédée à 19 ans de la tuberculose quelques jours auparavant, était enterrée le jour même du départ. Ce voyage à Rome reste un moment fort pour les jeunes mariés. Au moment du départ en train, il s’avère que bien qu’ils aient réservé deux places contiguës, l’organisateur du pèlerinage ne leur a prévu que deux strapontins séparés dans le couloir. Franz explique alors à l’organisateur qu’il a intérêt à régler rapidement le problème si celui-ci ne veut pas avoir à faire connaissance avec les poings d’un autrichien du Sud… Le problème s’arrange, et les jeunes mariés ont la joie d’avoir une audience papale qui les marque fortement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’époque de son mariage coïncide avec un fort changement dans la vie spirituelle et religieuse de Franz, sans que l’on puisse préciser si c’est la rencontre de Franziska qui est à l’origine de cette conversion, ou si cette conversion était déjà amorcée. Il semblerait toutefois que ce soit l’évènement de sa paternité illégitime qui ait réveillé sa conscience, et ait entamé un processus de changement de son comportement&nbsp;; ce changement a ensuite été conforté par la rencontre avec Franziska. En 1934, il écrivait une lettre à son filleul de confirmation, Franz Huber, orphelin, qui révèle un tournant religieux très marqué. Le curé du village, l’abbé Karobath, lui avait alors déconseillé un choix de vie religieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après son mariage, Franz reprend la ferme de famille&nbsp;; avec son épouse, il propose à la maman d’Hildegarde de prendre dans son foyer la petite fille. Elle refuse. Trois filles naitront de leur union&nbsp;: Rosalia en 1937, Maria en 1938 et Aloïsa en 1940. Le couple est très heureux&nbsp;; Franz a, à partir de cette époque, une intense vie spirituelle et religieuse&nbsp;; il est très actif au niveau paroissial, il devient sacristain de l’église. Il continue à manifester une forte indépendance d’esprit&nbsp;; il est le premier papa du village à promener ses filles en landau, ce qui était complètement nouveau dans le milieu paysan du village. Ils auront jusqu’au bout un comportement amoureux de jeunes mariés, pleins de tendresse, se faisant fréquemment de petits cadeaux et des surprises.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3 – FRANZ FACE A LA MONTEE DU NAZISME</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année 1933 marque le début de la montée du National socialisme en Allemagne, avec la prise de pouvoir d’Hitler. Braunau, le village autrichien où est né Hitler, est à moins de 40 kilomètres de Ste Radegonde. Une des premières conséquences sensibles est le boycott du célèbre Jeu de la passion de Ste Radegonde, très fréquenté jusque là, auquel Franz participait dans le rôle d’un soldat romain, par les allemands&nbsp;; la frontière est fermée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De 1933 à 1938, l’emprise nazie se fait progressivement sentir en Autriche, par la propagande, puis par la présence, dans tous les villages, de membres du parti qui étendent leur pouvoir et imposent un climat de peur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mars 1938, l’Allemagne franchit les frontières et occupe l’Autriche. En avril a lieu le plébiscite qui ratifie l’Anschluss, pour créer la «&nbsp;Grande Allemagne&nbsp;», «&nbsp;das Gross Deutschland&nbsp;». Franz refuse de voter&nbsp;; sur l’insistance de sa femme, qui craint pour lui, il accepte finalement, et vote ouvertement «&nbsp;non&nbsp;». Il est le seul du village, et le fait savoir lorsqu’après le dépouillement des bulletins, on annonce 100% de «&nbsp;oui&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz avait d’abord décidé de ne pas voter car, selon lui, il n’y avait plus de choix possible, les chars étaient déjà là&nbsp;; Franziska ressentait déjà le climat de terreur&nbsp;; dans tous les villages, des personnes avaient déjà été envoyées en camp de concentration. Elle menace son mari de ne plus l’aimer s’il refusait d’aller aux urnes. Franz en est effrayé, et cette divergence d’opinion apprend à Franziska qu’elle n’a pas le droit d’exercer des pressions sur son mari dans un cas de conscience. Dans les lettres qu’elle écrira plus tard à son époux, jamais plus elle n’essayera de le faire changer d’avis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est ce qui explique cette position de Franz&nbsp;? Pourquoi est-il le seul homme de son village à avoir cette attitude&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz Jägerstätter ne peut pas être considéré comme un objecteur de conscience au même titre que les autres objecteurs de conscience, comme il y en a eu de nombreux en Allemagne et en Autriche, également parmi les incorporés de force alsaciens-lorrains, les «&nbsp;malgré nous&nbsp;». De nombreux Allemands ont refusé de porter les armes au nom de leur foi, et ont donné leur vie. Plus de 2000 témoins de Jéhovah par exemple sont morts soit exécutés par les tribunaux militaires, soit sont décédés dans les camps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les objecteurs de conscience refusent de porter les armes par principe général, par respect de la non violence, voire par peur des armes. Les témoins de Jéhovah refusent de porter l’uniforme au service de n’importe quelle armée et de n’importe quel pays, et cela non par conviction personnelle, mais parce que leur religion l’exige.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut s’interroger&nbsp;: l’objection de conscience de Franz s’appuie-t-elle sur toute guerre quelle qu’elle soit, parce qu’incompatible avec la foi chrétienne&nbsp;? Son curé et son épouse nient l’un et l’autre cette thèse&nbsp;: tous deux ont assuré à Gordon Zahn, l’auteur du premier livre paru sur Franz, que celui-ci n’aurait pas hésité à prendre les armes si l’Autriche avait résisté aux nazis, comme en témoignait sa sympathie pour les nations qui avaient essayé de repousser l’agression allemande. Cependant, dans les derniers temps de sa captivité, Franz a déclaré qu’il préférait utiliser la parole de Dieu plutôt que les armes. Mais surtout il a longuement analysé la nocivité du régime qu’il était supposé servir, et il a refusé de servir un régime qui était intrinsèquement incompatible avec la foi catholique. Il était donc objecteur de conscience, mais pas dans l’acception du terme que l’on connaît aujourd’hui, ou surtout dans le sens que l’on donne à ce terme en France. Franziska a résumé la raison du refus de Franz de servir sous l’uniforme allemand&nbsp;: <em>«&nbsp;parce qu’ils (les nazis) traquaient l’Eglise et les prêtres&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le combat de Franz a été injustement «&nbsp;récupéré&nbsp;» par certains mouvements non violents qui l’utilisent dans leurs luttes (contre la guerre au Vietnam, contre la prolifération des armes atomiques, etc.).</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Autriche, bien qu’il soit relativement peu connu, Franz a été considéré comme un patriote. Dans son village, son nom a été ajouté, à la fin de la guerre, sur le monument aux morts, avec la mention, <em>«&nbsp;il a suivi sa conscience&nbsp;». </em>Une caserne de l’armée autrichienne porte son nom, un timbre postal a été émis, sa ferme a été classée comme «&nbsp;Gedenksstätte&nbsp;» en 1993. Mais cette reconnaissance a été très tardive, en particulier dans son propre village, où il pose encore problème, car son refus de servir a mis en porte à faux ceux -et ils sont nombreux- qui ont accepté de servir et sont morts au service d’un régime incompatible avec leur foi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’attitude politique de Franz Jägerstätter s’est formée progressivement sous l’influence des événements et parallèlement à son évolution religieuse personnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès 1933, dès l’avènement de Hitler au pouvoir, on constate chez Franz une maturité politique incroyable, une pertinence de son analyse du National socialisme que l’on a du mal à s’expliquer chez un simple paysan qui n’a jamais fait d’études et n’est jamais sorti de chez lui. On retrouvera plus tard des textes écrits en 1941 et 1942, c’est-à-dire à l’époque des premières grandes défaites allemandes (bataille de Stalingrad), textes que l’on a baptisés les <em>«&nbsp;Commentaires&nbsp;»</em>, qui sont une analyse incroyablement lucide et prémonitoire de toute la dangerosité du nazisme, et de la dangerosité de toute espèce de compromission avec lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette maturité politique, basée en fait sur une incroyable droiture d’âme, qui est déterminante chez Franz. Au moment où il décide de dire non à Hitler, il n’a pas de formation, il n’est lié à aucun mouvement de résistance, il n’est pas un pacifiste, il est simplement un patriote dans l’âme, attaché à l’Autriche, attaché à sa foi, et donc fermement décidé à n’accepter aucune compromission avec le régime nazi dont lui, le simple paysan, a déjà perçu tous les vices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, Franz est seul, incroyablement seul dans ces prises de positions d’un catholique autrichien face à la montée du nazisme. Avant 1933, l’épiscopat allemand et autrichien ont tous deux, dans différentes lettres pastorales, attiré l’attention sur les dangers du nazisme. Pourtant, en 1933, un concordat est signé entre Rome et le gouvernement de Hitler. Et progressivement, sous la pression du nouveau pouvoir, sous la menace et sous la terreur, les prêtres et les évêques se taisent. De nouvelles lettres pastorales sont préparées, mais elles ne sont plus lues en chaire, bientôt elles ne sont plus publiées. Malgré l’Encyclique du Pape Pie&nbsp;XI le 14 mars 1937 <em>«&nbsp;Mit brennender Sorge&nbsp;»</em>, l’Eglise allemande se plie progressivement sous le joug nazi, et se tait. C’est pourquoi lorsqu’en juin 1941, l’Allemagne déclare la guerre à l’Union Soviétique, la hiérarchie de l’Eglise est quelque peu soulagée, car, se réfugiant derrière le thème de la guerre contre le bolchevisme, elle peut justifier cette guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz, lui, d’emblée, réfute ces positions, comme il réfutera plus tard le nom de guerre juste à la campagne de Russie, qu’il n’hésitera pas à appeler une «&nbsp;campagne de pillage des champs de pétrole, de blé, et de minerais&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>4 – PREMIERE MANIFESTATION DE SON REFUS DE SERVIR</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En été 1940, il est appelé une première fois sous les drapeaux. Il pense que son devoir de chrétien est malgré tout d’accomplir consciencieusement son devoir d’état. Il a des doutes. Il sait que refuser de servir est une question de vie et de mort. Il part donc, mais, grâce à l’intervention du maire il est libéré au bout de quelques jours et peut retourner à sa ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’octobre 1940 à avril 1941, il est à nouveau convoqué&nbsp;; il effectue alors sa formation de base dans la Wehrmacht comme conducteur de camion. Puis, une deuxième fois, le maire obtient sa libération en avril 41, sous le motif qu’on ne peut se passer de lui à la ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut relever que par deux fois, ce ne sont pas les interventions de Franz qui ont permis sa libération. C’est le maire, sans que Franz ni sa famille ne demandent rien, qui est intervenu pour qu’on le libère, car il voyait Franziska se débattre seule avec les problèmes de la ferme. Franz de son coté ne voulait avoir aucune compromission d’aucune sorte avec le régime nazi. Il avait refusé, avant la guerre, le poste de maire qu’on lui avait proposé&nbsp;; il refusait de participer à toutes les œuvres sociales du régime nazi, œuvres qui étaient toutes plus ou moins obligatoires. Par exemple, il était membre volontaire des sapeurs pompiers&nbsp;; lorsque les pompiers avaient dû cotiser à la caisse du parti, il avait immédiatement démissionné. Et quand on lui en avait fait le reproche, il avait répondu que lorsqu’il y aurait un incendie, il continuerait à aider, sans être membre des sapeurs pompiers. La conséquence de cette attitude&nbsp;: on lui a supprimé toutes les aides de l’Etat pour sa ferme, ainsi que toutes les allocations familiales&nbsp;; d’où son étonnement que le maire intervienne en sa faveur pour le faire libérer du service militaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 1940, avant d’être muté à Enns, Franz est admis à faire la démarche d’Entrée dans le Tiers-Ordre Franciscain&nbsp;; c’est un camarade de l’armée, Rudolf Mayer, qui l’a introduit à la spiritualité franciscaine. Un an plus tard, de retour dans sa paroisse, il fait Profession définitive dans l’Ordre Franciscain Séculier&nbsp;; peu de temps après, son épouse Franziska le rejoint dans la Famille de Saint François, dans le TO (l’OFS).</p>



<p class="wp-block-paragraph">A sa libération du service en avril 41, il déclare qu’il ne répondra plus à une nouvelle mobilisation, car combattre et aider Hitler à dominer le monder entier lui apparaît désormais comme une lourde faute personnelle et un péché grave. Même la guerre contre la Russie et le bolchevisme ne soulage pas sa conscience. Il écrit&nbsp;: <em>«&nbsp;C’est très triste d’entendre des catholiques dire que cette guerre menée par l’Allemagne n’est peut être pas si injuste que cela, puisqu’elle sert à anéantir le bolchevisme. Que combat-on dans ce pays&nbsp;? Le bolchevisme ou le peuple russe&nbsp;? Quand nos missionnaires catholiques sont partis dans les pays païens pour les convertir au christianisme ont-ils aussi utilisé des mitrailleuses et des bombes pour les convertir&nbsp;?&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, au courant de son service, les chicanes dont il a été l’objet, les moqueries à cause de sa foi, l’instruction politique qu’il a subie ont confirmé ses craintes quant à la dangerosité du régime qu’il va devoir servir&nbsp;; il a par ailleurs appris l’élimination de malades mentaux dans des asiles de la région. Ces éléments renforcent sa détermination à ne pas prendre part à cette guerre injuste. Franz, en temps que membre du Tiers-Ordre de Saint François, est également déterminé à faire régner la paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’emblée, tout le monde se rend compte que le refus de Franz de servir dans l’armée va lui coûter la vie. En effet, le refus de répondre à une convocation militaire est puni de la peine de mort. Chacun essaie donc de le faire changer d’avis, y compris sa femme. Mais lorsqu’il se retrouve seul contre tous, son épouse se range à ses cotés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz essaye alors de prendre conseil en allant voir les prêtres du voisinage, il essaye d’avoir des discussions politiques avec les gens de la région pour affûter ses arguments. Il discute beaucoup, mais aucun des arguments qu’on lui oppose n’est suffisamment solide pour ébranler ses convictions. Franz reçoit partout la même réponse&nbsp;<em>: «&nbsp;vous, Monsieur Jägerstätter, n’avez pas à juger. Votre devoir est l’obéissance&nbsp;; et par cette obéissance, vous servez Dieu&nbsp;; vous devez servir votre patrie, votre femme et vos enfants, et non les précipiter dans la misère à cause de votre refus&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’abbé Karobath, le curé de son village dans la période avant la guerre (il avait été éloigné du village car trop peu dans la ligne du parti) disait de lui, gentiment&nbsp;: <em>«&nbsp;je ne discute plus avec lui, car il me bat toujours avec ses arguments&nbsp;». </em>Franz va alors voir l’évêque de Linz, et lui pose cette question&nbsp;: <em>«&nbsp; Quel catholique oserait qualifier de guerre juste et sainte ces expéditions criminelles opérées par l’Allemagne&nbsp;? Peut-on aujourd’hui reprocher à quelqu’un de n’avoir plus d’amour pour sa patrie&nbsp;?</em>&nbsp;». L’évêque se méprend complètement sur les intentions de Franz, et croit qu’il est fasciné par l’idée du martyre, alors que Franz ne souhaite que vivre tranquille dans sa ferme avec sa petite famille. Il lui accorde donc du bout des lèvres l’autorisation d’agir selon sa conscience, tout en lui disant que sa conscience n’est pas suffisamment éclairée pour agir correctement dans le contexte politique de l’époque. Franz ressort de cette entrevue déçu et malheureux, et confie à Franziska&nbsp;: <em>«&nbsp;ils ne se font pas confiance à eux-mêmes, ils ont peur de devoir y passer eux aussi&nbsp;».</em> Franz voulait dire par là que les prêtres et les évêques craignaient qu’en approuvant la position prise par Franz, ils se rendaient d’une part suspects aux yeux du régime nazi, (car Franz aurait très bien pu être un espion envoyé par la Gestapo)&nbsp;; mais aussi, qu’il les mettait en porte-à-faux face à leur propre attitude de soumission. Franz pour autant ne les condamnait pas&nbsp;: <em>«&nbsp;penses-tu, que sous ce régime, les prêtres qui me donneraient raison ou qui essaieraient seulement de me raisonner seraient encore en liberté&nbsp;?&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette méprise de l’évêque de Linz sur les intentions de Franz montre aussi combien il était inhabituel de voir un simple paysan réfléchir avec une telle intensité pour savoir si combattre pour le national-socialisme était conforme à l’esprit de l’évangile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5 – UN CHOIX MURI A LA SOURCE DE L’EVANGILE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant deux ans, Franz travaille à la ferme, continuant à former sa conscience. Partout, on essaie de le culpabiliser, lui faisant sentir qu’en refusant de servir sous l’uniforme, il risque sa vie, et met donc en péril l’avenir de sa famille. Franz répond qu’en acceptant de servir, il risque également sa vie, comme tant d’autres soldats le démontrent tous les jours, tout en compromettant en plus sa conscience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix de Franz est le choix d’un homme profondément seul, il a des mobiles plus profonds que l’amour de la patrie, sans pourtant l’exclure. Le choix devant lequel il a conscience d’être placé n’est pas une affaire purement personnelle&nbsp;: il considère que tout homme a ce choix à faire&nbsp;; tout homme doit se déterminer pour ou contre le Royaume de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz met à profit ces deux longues années pour se préparer à ce qu’il sent qui va être le tournant de sa vie. Il lit énormément, mais surtout il se prépare spirituellement&nbsp;: malgré le travail de la ferme, il participe quotidiennement à la Messe, il lit longuement la Bible avec Franziska, il jeûne plusieurs fois par semaine. Et il semble «&nbsp;faire des réserves&nbsp;» des joies de la vie en famille pour les temps difficiles à venir où il sera séparé des siens&nbsp;; il écrira à Franziska&nbsp;: <em>«&nbsp;je ne savais pas qu’être marié pouvait être si beau&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz profite également de ces deux années pour écrire. Il noircit des dizaines de petits cahiers, où il couche ses pensées. Ces cahiers doivent d’une part l’aider lui-même à y voir plus clair dans ses réflexions, notamment sur les incompatibilités fondamentales entre le nazisme et le catholicisme&nbsp;; mais Franz entrevoit déjà que le choix qu’il va devoir faire va probablement lui coûter la vie, et qu’il devra, dans ce cas, pouvoir expliquer à ses enfants plus tard pourquoi il a choisi de les abandonner délibérément à un Autre plus grand qu’eux. Il rédige donc plusieurs textes dans lesquels il argumente de façon très détaillée ses prises de position, comment il prend ses distances d’avec les positions de l’Eglise allemande et autrichienne qui a choisi de se soumettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz, pour cela, s’appuie notamment sur un intense échange de courrier avec son frère dans l’Ordre Franciscain Séculier, Rudolf Mayer, à qui il demande sans cesse conseil. Il donne un éclairage particulièrement lumineux sur la responsabilité individuelle de chacun des Allemands, éclairage que l’on pourrait opposer aux tentatives de disculpations des grands leaders nazis ou allemands, qui tous voulurent se réfugier derrière leur devoir d’obéissance&nbsp;: <em>«&nbsp;Oh nous, pauvre peuple allemand, aveuglé par la folie des grandeurs, reviendrons nous encore une fois à la raison&nbsp;? On dit d’habitude&nbsp;: rien n’arrive par hasard, tout arrive d’en haut&nbsp;; est-ce que cette guerre, que nous les Allemands menons maintenant avec presque tous les peuples et toutes les nations de la terre, nous est tombée dessus comme cela, comme une brusque tempête, qu’il faut simplement regarder sans rien pouvoir faire, si ce n’est à la rigueur prier&nbsp;pour qu’elle cesse bientôt&nbsp;? Je ne le crois pas&nbsp;; car nous savions bien par les journaux, radios, réunions, etc., ce que Hitler voulait accomplit par son programme…&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz ajoute&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;Nous entendons fréquemment dire&nbsp;: «&nbsp;C’est possible et c’est permis, puisque ce n’est pas nous qui sommes responsables&nbsp;; la responsabilité à d’autres&nbsp;!&nbsp;» Ainsi chacun se décharge-t-il sur d’autres, et on ne veut plus endosser aucune responsabilité. Finalement, les hommes arrivent à en juger que pour expier tous les crimes, toutes les atrocités commises en si grand nombres actuellement,&nbsp;il suffira d’un seul, tout au plus deux personnes. Or, est-ce encore de la charité chrétienne que de commettre une action que j’estime mauvaise et très injuste, mais que j’accomplis malgré tout, parce que sinon il en résulterait un préjudice pour ma personne physique&nbsp;? Et puis, se dit-on, ce n’est pas moi qui suis responsable. Bien sûr, il arrivera que des personnalités dirigeantes, aient à porter le poids de lourdes responsabilités. Mais au lieu d’alléger ce poids, on y ajoute le sien, alors qu’on pourrait facilement l’assumer, comme cela on sera sûr d’enfoncer le plus possible celui qui aura tout à expier…&nbsp;. Ces personnalités auront-elles à rendre compte devant Dieu autant de comptes que nous le croyons parfois, ou est-ce que nous-mêmes, nous avons la conscience aussi nette que nous l’imaginons&nbsp;?&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz, par là, donne un éclairage lumineux sur ce problème douloureux de la responsabilité individuelle ou collective qui divise encore tant l’Allemagne aujourd’hui. «&nbsp;Etions-nous coupables&nbsp;?&nbsp;» Les Allemands sont-ils tous coupables, ou sont-ils, pour la majorité d’entre eux, de simples victimes d’un système, ayant dû se battre par obéissance à leurs supérieurs, ou pour défendre leur patrie&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">SI Franz ne leur récuse pas leur ultime droit à défendre leur sol natal, il remet cependant les choses à leur juste place en rappelant que les Allemands ont, au départ, majoritairement apporté leurs voix au nazisme, dont pourtant dès le départ les buts et les méthodes étaient clairement affichés. Ils sont selon lui collectivement co-responsables, et cette co-responsabilité minore d’autant celle des grands chefs qui n’auraient jamais eu autant de pouvoir si le peuple ne le leur avait donné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs fois, durant ces deux ans, Franz évoque avec angoisse la crainte de ce nouvel appel sous les drapeaux. Avec Franziska, ils se prennent à espérer que la guerre se termine avant&nbsp;; avec Rudolf Mayer, qui vient le voir chez lui pendant une permission, il évoque la possibilité de déserter et de se cacher, comme tant de déserteurs. Mais Franz résiste, et veut rester courageux devant son devoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, Franz donne un éclairage particulièrement intéressant sur la «&nbsp;Menschenfurcht&nbsp;», mot difficilement traduisible, qui signifie qu’on craint l’homme plus que Dieu…, dont le reniement de St Pierre est une illustration, il craint tant les conséquences humaines de sa connaissance du Christ, qu’il le renie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz, dès le début, affiche son opposition à ceux qui proposent d’<em>«&nbsp;adhérer au Christ dans le secret de son cœur, et suivre la masse en public en se taisant, en attendant que les choses changent&nbsp;»</em>. Il s’appuie fréquemment sur la lecture des Evangiles pour se conforter dans cette certitude, et notamment&nbsp;: <em>«&nbsp;N’ayez pas peur&nbsp;»</em>. Il reconnaît cependant que <em>«&nbsp;Dieu donne à chaque la grâce selon sa mesure. Certains doivent mourir pour leur foi, d’autres non.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, le choix de Franz se sera fait à partir de quels éléments&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; ses lectures&nbsp;: il en a eu peu&nbsp;; essentiellement des journaux, dont la majorité étaient des journaux politiquement orientés, donc au contenu faussé, et dont il devait discerner le vrai du faux</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; son instruction&nbsp;: elle est limitée à peu de chose, il a arrêté l’école à l’âge de 14 ans</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; son expérience de la vie&nbsp;: à part quelques mois de travail dans le Steiermark, puis son très court passage dans la Wehrmacht, Franz n’est jamais sorti de chez lui</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc, le choix de Franz se fait à partir exclusivement (et il l’écrira lui-même) de ses lectures de l’Evangile d’une part, et de son expérience de la vie conjugale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut donc se poser sérieusement la question, en dehors de l’aspect du courage qu’on peut avoir ou ne pas avoir de prendre la décision qu’il a prise, comment un simple paysan comme lui, à partir de la «&nbsp;simple&nbsp;» lecture de l’Evangile et de sa vie au quotidien, en est arrivé à faire une analyse aussi juste de l’incompatibilité entre la nazisme et le catholicisme, là où tant d’autres hommes politiques et religieux, autrement plus instruits, se sont fourvoyés à la même époque, et continuent d’ailleurs encore à se chamailler sur le sujet aujourd’hui&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>6 – L’HEURE DU CHOIX</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>er</sup> mars 1943, Franz est à nouveau mobilisé. C’est l’heure du choix difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il préfère prendre le train et se rendre lui-même à la convocation, pour éviter la honte d’une arrestation à domicile. Les adieux avec Franziska sont déchirants&nbsp;; le train les arrache littéralement l’un à l’autre. Franz est tellement perturbé par le choix qu’il va faire qu’il se trompe de direction, part vers Munich au lieu d’Enns où il doit se présenter. Arrivé enfin à Enns, il hésite encore une journée entière, passe probablement la journée dans une église, puis la nuit chez des amis, et ne se présente que le lendemain à l’autorité militaire, à qui il exprime fermement son refus. Il est de suite emprisonné à Linz.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est emprisonné en compagnie de quatre “Malgré-Nous“<sup><a href="#sdfootnote1sym" id="sdfootnote1anc"><sup>1</sup></a></sup> lorrains réfractaires de la région de Sarreguemines, qui témoigneront plus tard de son comportement durant ces semaines d’enfermement communes. Franz prie quotidiennement le chapelet avec eux, partage avec eux sa maigre ration, les réconforte, écrit à sa femme de lui envoyer des edelweiss pour que l’un d’eux puisse en faire cadeau à sa fiancée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses compagnons décriront plus tard les vexations auxquelles ils sont soumis&nbsp;; on leur livre la soupe de midi, brûlante au point de les ébouillanter, et ils sont contraints de l’avaler en moins de deux minutes. Mais surtout, les gardiens abreuvent Franz de moqueries et d’injures, voire de coups, lorsqu’ils le voient à genoux en train de prier. Franz reste imperturbable et serein, et continue de prier le chapelet avec ses camarades.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Début mai, il est transféré à la prison de Berlin-Tegel&nbsp;; en effet, les autorités militaires ne parvenant pas à le faire fléchir considèrent son cas comme «&nbsp;grave&nbsp;» et décident de le transférer à un niveau hiérarchique supérieur. On lui affecte alors un avocat d’office.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant le procès, l&rsquo;avocat de Franz, le Dr Feldmann, qui veut tout faire pour sauver son client, a obtenu que le prévenu puisse rencontrer ses juges seul à seul. Ceux-ci l&rsquo;exhortent à «ne pas les obliger à le condamner à mort». Franz refuse de prêter le serment d&rsquo;obéissance inconditionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait demandé à deux reprises à pouvoir être admis dans l’unité de santé. En 1943, le Dr Feldmann en fit la déclaration dans un entretien avec Franziska et dans une lettre au curé de Ste Radegonde. Dans le jugement prononcé par le tribunal de guerre du Reich contre Franz, on constate cette demande réitérée plusieurs fois d’incorporation au service de santé. En vain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son procès commence en juillet 1943, devant le tribunal militaire du Reich.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A son avocat, qui le met au défit de citer un seul évêque ou prêtre qui aurait incité les catholiques à ne pas participer à la guerre, Franz Jägerstätter répond qu’il admet qu’il n’en connaît pas d’exemple. L’avocat lui objecte alors que son refus de servir condamne tous ces catholiques, y compris les prêtres et les évêques&nbsp;; Franz répond alors avec audace <em>«&nbsp;C’est que la grâce ne leur en a pas été donnée&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’avocat lui cite alors la phrase de l’évangile <em>«&nbsp;Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu&nbsp;»</em>, voulant lui dire par là qu’il avait le devoir de respecter le devoir patriotique, et demande à Franz de quel droit il prend une position plus intransigeante que celle des prêtres et des évêques allemands qui ont accepté de servir sous l’uniforme allemand. Franz rétorque que voilà justement un cas où chacun doit juger selon sa conscience puisqu’il s’agit de décider ce qui est à César et ce qui est à Dieu et qu’il s’agit de faire passer les impératifs de la conscience avant les considérations personnelles, y compris avant les considérations familiales. <em>«&nbsp;Hitler, Jésus, pour les deux en même temps, non, décidément, c’est impossible&nbsp;!&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz résiste à toutes les argumentations, et surtout celles qui essaient de le culpabiliser en le mettant en face de ses obligations familiales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrit&nbsp;: <em>«&nbsp;Celui qui est capable de combattre sous la bannière de deux royaumes et d’entretenir de bonnes relations avec les deux communautés, à savoir celle des saints et celle du national socialisme, celui qui peut obéir à tous les ordres que lui donne le IIIème Reich sans entrer par le fait même en conflit avec les commandements de Dieu, celui-là doit être à mon sens un fameux pantin. Personnellement, je n’y arrive pas. C’est pourquoi je préfère renoncer à mes droits sous le IIIème Reich et sauvegarder mes droits dans le Royaume de Dieu. Certes, il n’est pas bon de pouvoir épargner cette souffrance à sa famille, mais les souffrances de ce monde sont toutes de courte durée et passagères. Et puis on ne peut absolument pas les comparer aux souffrances que même Jésus par sa passion et sa mort n’a pas pu épargner à sa sainte Mère.&nbsp;</em>» Il écrit à sa femme et à ses enfants&nbsp;:<em> «&nbsp; Si telle est la volonté de Dieu que je ne vous revoie plus en ce monde, espérons du moins nous revoir bientôt dans la joie du Ciel&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout l’entourage de Franz, la famille, le village, les prêtres, même s’ils comprennent le choix de Franz et l’admirent, essaient sans cesse de le raisonner&nbsp;: <em>«&nbsp;Sans cesse on essaie de vous rendre le choix difficile on faisant appel à votre conscience parce que vous avez femme et enfant. Mais avoir femme et enfant, est-ce une raison suffisante pour offenser Dieu en mentant, sans compter tout le reste qu’on nous demande de faire&nbsp;? Le Christ lui-même a dit «&nbsp;Quiconque aime son père, sa mère, ou ses enfants plus que moi n’est pas digne de moi&nbsp;»&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz va plus loin, puisqu’il reproche, avec détermination et humilité, dans une de ses lettres, la compromission de l’Eglise catholique allemande avec le régime nazi&nbsp;: <em>«&nbsp;Et l’Eglise, pourtant clairement persécutée par le régime, attend véritablement de moi de combattre pour le régime de Hitler et de lui obéir&nbsp;». </em>En effet, tout le collège épiscopal autrichien a approuvé l’Anschluss de 1938. Franz écrit&nbsp;: <em>«&nbsp; Malgré tout il est regrettable que ceux qui ont la charge de nos âmes gardent le silence des années durant. Certes, il faut parler pour dire où est la vérité, mais il y a aussi l’exemple pour montrer quelle est la voie à suivre. Que nous dicte notre foi dans tout ce concours de circonstances&nbsp;? Est-ce que notre conscience peut rester passive devant tous ces événements sans que jamais le remords nous assaille&nbsp;? Si sur notre route les poteaux indicateurs n’étaient pas plantés solidement en terre, si le moindre vent pouvait les briser ou les renverser, comment le voyageur qui ne sait pas son chemin le trouverait-il encore&nbsp;? Et qu’en sera-t-il encore si les personnes à qui il s’adresse refusent de lui répondre, ou, pour autant qu’elles le renseignent, lui donnent une fausse indication dans le seul but de se débarrasser bien vite d’une personne qui leur pose des questions&nbsp;?&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut se demander où Franz a pu acquérir une telle lucidité. .. et un tel courage&nbsp;! Comment cet homme seul, ce simple paysan, a-t-il pu devenir un tel géant, alors que tant d’hommes politiques ou d’Eglise se sont fourvoyés&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il ne perd pas le sens des réalités objectives&nbsp;: <em>« Je crois que grâce au Seigneur notre Dieu il n’est pas tellement pénible de risquer notre vie pour notre foi, si l’on songe que dans ces temps de guerre des milliers de jeunes gens ont déjà été amenés à risquer leurs vies pour le national-socialisme, et que beaucoup ont du sacrifier leur vie dans ce combat. Pourquoi serait-il plus dur de risquer sa vie pour un Roi qui loin de nous imposer que des devoirs, nous donne aussi des droits, et dont nous sommes certains qu’il nous donnera la victoire finale, et que son Royaume pour lequel nous nous battons nous sera acquis pour l’éternité&nbsp;?&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’issue de son procès, le 6 juillet 1943, il est condamné à mort pour «&nbsp;avoir sapé le moral des troupes, ainsi qu’à la dégradation militaire et à la perte des droits civiques&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">A partir de ce jour, il est enchaîné jour et nuit, pieds fixés par une chaîne au mur, et les deux poings étroitement liés l’un contre l’autre, pour empêcher qu’il ne se suicide. Il continue à écrire&nbsp;: <em>«&nbsp;mieux vaut que mes mains soient liées, plutôt que ma conscience&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les juges du tribunal militaires, dans une démarche unique, vont le voir et essayent de le convaincre de revenir sur sa décision. Mais Franz refuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La détermination et la droiture morale de Franz ébranlent les juges à tel point que l’un deux se suicidera quelque temps plus tard, lorsqu’il sera amené à juger un prêtre pour les mêmes motifs que Franz.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il résiste à tous les efforts faits pour le convaincre, car il est persuadé que s’il cède, il sera obligé tôt ou tard d’accepter de se compromettre pour le régime nazi. Il écrit&nbsp;: <em>«&nbsp;Si pour mettre tous les hommes en garde et les détourner du péché qui entraîne la mort éternelle, on voulait bien se donner autant de peine que l’on se donne pour me soustraire à une mort déshonorante, je crois bien que Satan ne pourrait compter au Jugement dernier que sur un bien maigre butin&nbsp;»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant les dernières semaines, un intense échange de courrier a lieu. Il écrit malgré ses mains liées. Le courrier n’est pas limité en nombre, la censure ne porte que sur les atteintes au régime et au moral de l’armée&nbsp;; donc Franz peut s’exprimer relativement librement sur ses convictions personnelles et religieuses. Il correspond presque quotidiennement avec sa femme, et écrit souvent à Rudolf Mayer, son frère dans le Tiers-Ordre franciscain, qui sera un énorme soutien moral pour lui. En effet, celui-ci a longtemps hésité à suivre Franz sur la même voie, mais il a finalement préféré se soumettre et a été engagé au front russe. Il écrit à Franz&nbsp;: <em>«&nbsp;tu as choisi la meilleure voie&nbsp;»</em>, ce qui procure à Franz une immense joie. Rudolf mourra sur le front quelques heures après Franz.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En prison, quelques jours avant sa mort, l’aumônier militaire Heinrich Kreutzberg lui apprend qu’un prêtre autrichien, Franz Reinisch, a été condamné à mort pour les mêmes motifs que lui. Cette nouvelle est un énorme réconfort pour lui&nbsp;; elle lui apprend qu’il n’est plus tout seul dans son combat, elle rompt son immense solitude, elle renforce ses certitudes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Franz Jägerstätter n’aurait pas pu être celui qu’il a été sans la présence de Franziska, sa femme. Franziska a été celle qui lui a permis d’assurer et d’assumer le choix de sa conscience. Franz, dans ses choix douloureux, a été un homme seul, mais il savait pouvoir compter en permanence à ses cotés sur sa femme. Même si elle n’a pas toujours compris les raisons de son refus, elle l’a toujours compris, lui, son Franz. Après 1938, plus jamais elle n’essayera de le faire changer d’avis. Pas une seule fois elle ne lui dira ou elle ne lui écrira, pas même aux pires moments, <em>«&nbsp;Pense à moi, pense aux enfants&nbsp;».</em> Quelques semaines avant l’exécution, elle peut aller voir Franz dans sa prison à Berlin, accompagnée du curé de leur village. Elle est horrifiée en voyant l’état de Franz enchaîné et maltraité. Pendant le court temps passé ensemble, elle a à peine le temps de lui parler, car le curé monopolise l’entretien pour essayer de convaincre Franz de changer d’avis. Elle, par contre, essaye de le réconforter, de le soutenir. Elle dira plus tard&nbsp;: <em>«&nbsp;si je n’avais pas été avec lui, il n’aurait plus eu personne&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 9 août 1943, à 16 heures, Franz est décapité dans la ville de Brandebourg. Quelques instants avant son exécution, il préfère que l’aumônier ne lui lise pas le Nouveau Testament, disant&nbsp;: <em>«&nbsp;Mon âme est étroitement unie au Seigneur et une lecture interromprait notre communion&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au même moment, Franziska, ratisse du foin devant la ferme&nbsp;; elle se sent soudain très mal. Elle rentre dans la cuisine, s’assoit, et entend au même instant la pendule sonner 16 heures. Elle a l’intuition que l’Heure de Franz est venue. Elle va précipitamment devant le Saint Sacrement. Quand elle reçoit quelques jours plus tard le courrier lui annonçant la mort de son mari, elle savait…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur une lettre remise plus tard à Franziska, écrite probablement la veille de sa mort, Franz fait ses adieux&nbsp;:<em> «&nbsp;Ma famille aimée, à chaque instant se rapproche le moment où il faudra que je rende mon âme à Dieu, notre Père. Il y a tant de choses que je voudrais vous exprimer avant de vous quitter, c’est si dur de ne pouvoir vous dire adieu&nbsp;! J’aurais aimé pouvoir vous épargner la peine que je vous cause. Mais, vous le savez bien, il faut aimer Dieu plus que sa famille&nbsp;; il faut mieux perdre tout ce qui nous est cher ici-bas plutôt que de commettre la plus petite offense envers Dieu. Et si, à cause de vous, j’avais accepté d’offenser Dieu, qui sait quelles souffrances il nous aurait envoyées à tous, par ma faute&nbsp;? Notre Sauveur bien aimé a dû souffrir d’infliger par sa mort un tel chagrin à sa mère&nbsp;: que sont donc nos peines par rapport à celles que le Sauveur et sa Mère durent supporter dans leur sainteté pour nous autres pécheurs&nbsp;?&nbsp;» Comme de tels adieux doivent coûter à ceux qui ne croient pas vraiment à la vie éternelle et qui ne peuvent pas espérer être un jour réunis&nbsp;! Si je n’avais pas cru à la miséricorde de Dieu, si je n’avais pas espéré son pardon, jamais je n’aurais pu supporter avec autant de calme la vie en prison. De plus, bien qu’on m’ait accusé, condamné à mort comme un criminel, je me console à l’idée que ce qui est un crime aux yeux des hommes n’en est pas forcément un aux yeux de Dieu.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>7 – FRANZ TEMOIN SOLITAIRE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut se demander à quoi a servi le sacrifice de Franz Jägerstätter…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est peut-être un exemple de cette nécessaire désobéissance civile dont on reparle de nos jours dans un autre contexte politique, alors que des lois sont votées ou en passe d’être votées, appelant peut être à poser à nouveau des gestes d’objection de conscience envers l’autorité publique. Ces gestes peuvent-ils servir à quelque chose&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz était parfaitement conscient de l’apparente inutilité de son geste, puisqu’il s’est posé la question&nbsp;: <em>«&nbsp;Faut-il faire quelque chose&nbsp;?&nbsp;»</em> Le 1<sup>er</sup> mars 1943, lorsqu’il part vers le centre mobilisateur d’Enns où il déclare son refus de servir, il écrit une lettre qu’il débute par la phrase <em>«&nbsp;Aujourd’hui, je m’engage dans une voie difficile&nbsp;»</em>. Lorsqu’il choisit de s’engager dans cette voie, même s’il pense essentiellement à son salut personnel, Franz est conscient que son geste, effectué en union avec la Passion du Christ, devient un témoignage pour le monde, et que le don qu’il fait de sa vie devient un exemple. Il écrit encore <em>«&nbsp;Serait-ce qu’on ne veut pas voir des chrétiens capables encore, au milieu des profondes ténèbres, de faire preuve d’une lucidité, d’une sérénité et d’une assurance absolues, des chrétiens qui au milieu d’un monde hostile, sans joie, égoïste et haineux, manifestent la paix la plus pure et leur bonne humeur, des chrétiens qui ne soient pas des roseaux branlants, s’agitant dans tous les sens au gré du moindre vent&nbsp;?&nbsp;</em>» Il écrit à sa femme, dans la dernière lettre avant son exécution&nbsp;:<em> «&nbsp;Puisse Dieu accepter le don de ma vie comme sacrifice expiatoire non seulement pour mes péchés, mais aussi pour ceux des autres. Je remercie Jésus de m’avoir permis de souffrir pour Lui et de mourir pour Lui aussi.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Son corps a été brûlé au crématorium de la ville de Brandebourg. Une relieuse d’un couvent voisin planta des fleurs à l’endroit où se trouvait l’urne contenant ses cendres&nbsp;; l’urne a été ramenée à Ste Radegonde en 1946, et enterrée au pied de l’église.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son exemple a servi au Concile Vatican II pour rédiger le chapitre sur la liberté de conscience. Mgr Roberts, qui a cité Franz Jägerstätter lors de la rédaction du document «&nbsp;Gaudium et spes&nbsp;», devait dire à son sujet&nbsp;: <em>«&nbsp;les martyrs comme Franz Jägerstätter ne doivent jamais plus avoir le sentiment qu’ils sont seuls&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici les derniers mots de son testament spirituel, écrit dans sa prison de Berlin-Tegel en juillet 1943&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Aimons nos ennemis, bénissons ceux qui nous maudissent, prions pour ceux qui nous persécutent. Car l’amour triomphera et subsistera durant toute l’éternité. Heureux ceux qui vivent et meurent dans l’amour de Dieu&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la mort de Franz, Franziska a continué un long chemin de souffrance. Dans son village, où elle devient sacristine à la place de Franz, elle reste comme un vivant reproche pour ceux qui ont un membre de leur famille mort ou disparu au combat. On la considère un peu comme responsable de la mort de son mari, et on continue à lui faire subir pendant de nombreuses années des tracasseries administratives et financières. Franziska vit un peu au ban de la communauté, avec le seul soutien de l’abbé Karobath, revenu au village. Alors qu’avant la guerre, la ferme était florissante, et permettait à Franz d’aider discrètement de nombreux nécessiteux, Franziska a maintenant beaucoup de mal à assumer seule la charge de travail et la subsistance de ses filles. Elle est aidée par son père, ses cousins, puis par le filleul de confirmation de Franz, rentré de captivité, que Franz avait beaucoup soutenu avant et pendant la guerre. Dès que les filles grandissent, elles aident également à la ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis très lentement, les choses s’améliorent. L’abbé Kreutzberg, qui avait été l’aumônier de Franz à la prison de Berlin-Tegel, arrive à obtenir à partir de 1950 une pension de veuve de guerre pour Franziska. Cette pension lui avait été refusée dans un premier temps, au motif que Franz avait bien été assassiné par le régime nazi, mais non pour la défense d’une république autrichienne libre et démocratique, mais pour des motifs religieux&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’abbé Kreutzberg publie quelques écrits sur Franz, qui parviennent à la connaissance du sociologue américain Gordon Zahn&nbsp;; celui-ci publie en 1964 le livre <em>«&nbsp;Un témoin solitaire&nbsp;:&nbsp;vie et mort de Franz Jägerstätter»</em>. Puis, en 1971, un film d’Axel Corti permet de sortir définitivement de l’ombre la vie et le témoignage de Franz et de Franziska Jägerstätter. Son exemple a été un des inspirateurs du mouvement PAX CHRISTI.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque l’on parle à Franziska de la longue somme de souffrances qu’elle a eu à porter durant sa vie, elle répond&nbsp;: «&nbsp;ce fut un long Vendredi Saint. Mais je pense que je me rapproche maintenant du jour de Pâques&nbsp;». Son amour pour Franz fut un amour vrai, car l’amour vrai ne garde rien pour soi&nbsp;; elle a accepté de ne pas retenir Franz, mais dans une entière confiance à Dieu, de le laisser suivre le chemin que lui dictait sa conscience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franz a été réhabilité par la justice autrichienne en 1997, et son procès de béatification a été entamé la même année, sous l’impulsion de Mgr Christoph Schönborn, actuel Cardinal de Vienne. Sa béatification a été célébrée à Linz le 26 octobre 2007, en l’année du centième anniversaire de sa naissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>8 – LA FECONDITE SPIRITUELLE DE FRANZ</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Par son incroyable fécondité spirituelle, Franz est un modèle sur le chemins de notre vie&nbsp;; il est un modèle à beaucoup de titres&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>A ses enfants, qu’il n’a pas longtemps connus, ils étaient âgés de 6, 4 et 2 ans à sa mort, il a laissé le souvenir d’un père aimant et radieux&nbsp;: il leur décrit la voie d’une enfance heureuse, faite d’obéissance confiante et joyeuse, de travail sérieux et constant, et de prière&nbsp;: <em>«&nbsp;je serais si heureux que vous deveniez de bonnes petites filles. Je crois que vous avez fait des progrès&nbsp;; que vous êtes obéissantes et que vous dites toujours bien vos prières&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Dans sa jeunesse, il a su retrouver le chemin de la foi après quelques années de vagabondages&nbsp;: à la jeunesse turbulente, déboussolée, en recherche de repères, il montre comment on peut, même lorsqu’on a posé des actes graves de conséquences, retrouver le chemin de la vérité et la voie du bonheur, y compris ici-bas sur terre, pourvu que l’on garde en tout une âme droite et une conscience pure&nbsp;: <em>«&nbsp;tu peux, si tu le désires, devenir un homme fort&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>A la recherche de celle qui sera son épouse, il s’est laissé prendre au filet de l’Amour avec un grand A&nbsp;: aux jeunes cheminant sur la voie du mariage et aux fiancés, il montre quels sont les critères importants déterminant les choix de vie, et comment se placer sous le regard de Dieu pour s’assurer si celui ou celle que l’on a choisi pour partager sa vie est bien l’être que Dieu a choisi pour nous, de toute éternité&nbsp;: <em>«&nbsp;oui, qui donc ai-je épousé, en fin de compte&nbsp;?&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Dans sa vie de famille, il a vécu sept années durant une vie toute simple d’amour et de tendresse&nbsp;: aux familles, il montre le chemin du bonheur conjugal, fait d’une fidélité renouvelée dans les joies simples et quotidiennes, assumée jusqu’au bout pour le meilleur&nbsp;: <em>«&nbsp;je ne savais pas qu’être marié pouvait être si beau&nbsp;»</em> et le pire&nbsp;: <em>«&nbsp;bien sûr, on voudrait pouvoir épargner de telles souffrances à sa famille. Mais ces tourments peuvent-ils se comparer à ceux que Jésus n’a pas pu épargner à sa Mère bien-aimée lors de sa passion et de sa mort&nbsp;?&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Aux prêtres, il a toujours demandé, avec amour et soumission, le chemin à suivre&nbsp;: aux pasteurs chargés de guider le troupeau de l’Eglise, il montre que l’on peut et que l’on doit, en toutes circonstances, garder ferme le flambeau de la foi et suivre le Magistère, même si cela est exigeant et si le prix à payer peut être élevé. <em>Car «&nbsp;même si un mensonge commis pour obéir aux circonstances permettait d’éteindre le feu de la géhenne tout entière, il ne faudrait pas le commettre, car en mentant, même par nécessité, on offense Dieu&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Dans sa vie quotidienne, il a fait fi, avec humilité et avec courage, de la «&nbsp;Menschenfurcht&nbsp;»&nbsp;: aux chrétiens d’aujourd’hui, si souvent en butte aux moqueries et aux vexations dans un monde sans Dieu, lui, soumis à la barbarie d’un régime entièrement voué à la haine de Dieu, il montre la voie d’une confiance absolue et d’une sérénité sans faille, d’un courage dans les actes de foi du quotidien&nbsp;: <em>«&nbsp;si nous voulons nous aussi un jour atteindre notre but, il nous faudra devenir des héros de la foi. Tant que nous craindrons les hommes plus que Dieu, jamais nous n’y arriverons. Peur abjecte des hommes&nbsp;! Quelques paroles moqueuses d’un voisin, et toutes nos bonnes intentions s’envolent&nbsp;!&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Par son travail et ses lectures, il a formé sa conscience&nbsp;: aux hommes politiques, il montre comment, même parfois sans une instruction particulière, mais avec une intelligence éclairée par la foi, et à travers la manducation de l’Evangile, il est possible de guider sûrement sa conscience afin de faire les choix qui s’imposent&nbsp;; il montre aussi que les démissions individuelles sont, d’une certaine manière, des impasses sans lendemain, car, au bout du compte, <em>«&nbsp;Christ est toujours vainqueur&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Dans son devoir d’état, il n’a pas fui, et jusqu’à refuser de servir un régime politique pervers&nbsp;: aux soldats et aux officiers, il indique un chemin pour éclairer les consciences dans les choix difficiles de la vie militaire, partagé entre l’obéissance à l’autorité et le respect des libertés individuelles&nbsp;: <em>«&nbsp;Dieu nous commande d’obéir à l’autorité civile, même si elle n’est pas chrétienne, mais à condition qu’elle ne nous ordonne pas le mal. C’est que nous devons obéir à Dieu encore plus qu’aux hommes. Et peut-on servir deux maîtres&nbsp;?&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>En prison, il a été le réconfort de ses frères&nbsp;: aux prisonniers, il montre comment, malgré les chaînes, malgré la haine des gardiens, malgré la mort assurée, il est possible de garder la paix, la sérénité et la confiance&nbsp;; il donne l’exemple de la charité et de l’amour&nbsp;:<em> «&nbsp;Aimons nos ennemis, bénissons ceux qui nous maudissent, prions pour ceux qui nous persécutent&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Aux portes de la mort, il est en communion avec son Père du Ciel&nbsp;: aux mourants, il donne dans son testament le bouleversant témoignage de sa reconnaissance pour le don d’une vie remplie de l’amour des siens, d’un cœur plein du pardon donné et du pardon reçu, dans une totale confiance dans la miséricorde du Seigneur&nbsp;: <em>«&nbsp;j’ai la ferme conviction que dans sa miséricorde infinie, Dieu m’a tout pardonné et ne m’abandonnera pas à l’heure de ma mort&nbsp;»</em></li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li>Enfin, à l’heure où vivre sa foi sans compromission dans un monde déchristianisé est devenu le combat de tous les instants, Franz rappelle à chacun les vérités essentielles&nbsp;: <em>«&nbsp;Ne savons-nous pas que pour entrer au Royaume des cieux, nous devons être jugés comme étant de bons fruits&nbsp;? Il est impossible que le mensonge nous mène vers ce qui est parfait. Quand et comment mentons-nous&nbsp;? Lorsque nous ne conformons pas nos actions à ce que nous pensons, disons et écrivons. Mais est-ce possible, aujourd’hui, de dire et faire ce qu’on pense&nbsp;? Il faut obéir, et pour cela on n’agit pas toujours en accord avec ses convictions. Mais cette obéissance ne doit pas aller trop loin pour nous entraîner à des actions coupables. Nous le savons, Dieu ne nous ordonne rien d’impossible, même à nous qui vivons à cette époque. Nous n’avons pas toujours l’obligation stricte d’accorder nos actes à nos pensées&nbsp;; il n’est pas toujours nécessaire non plus de dire ce que nous pensons. Souvent il faut se taire&nbsp;; pourquoi toujours trop parler&nbsp;? Certes, il est d’autant plus dur de ne pas dissimuler qu’on vit dans un pays où la foi ne peut s’exercer tout à fait librement.&nbsp;… Mais il y a un dicton&nbsp;: «&nbsp;telle vie, telle mort&nbsp;». Et c’est ainsi qu’au moment de mourir, on continue à tricher. Or le Christ lui-même a dit&nbsp;: «&nbsp;si tu étais froid ou chaud, je ne te rejetterais pas, mais puisque te voilà tiède, je vais te vomir de ta bouche.&nbsp;»&nbsp;</em></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Appliquons le témoignage de sa vie à tous les domaines concrets de notre vie, religieuse, politique, familiale, éducative, sociale, ….</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et demeurons confiants en la Miséricorde de Dieu et en sa Providence de Père&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Heureux ceux qui ont vécu dans la charité divine et qui meurent en elle&nbsp;!</em>&nbsp;»</p>





<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Alliance nuptiale</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>et papiers d’identité de Franz Jägerstätter</strong></em></p>





<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Franziska Jägerstätter</strong></em></p>





<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Manuel du TO</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>que Franz a porté avec lui en prison,</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>avec sa Bible</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>et son chapelet.</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="#sdfootnote1anc" id="sdfootnote1sym">1</a> Lucien Weyland de Metzing (il y vit encore avec sa femme), Grégoire Breit de Forbach, Emile Bour de Sarreguemines et Albert Boul de Guébling (près de Dieuze), ont refusé de prêter serment en janvier 43 à Braunau. Après leur jugement, ils seront condamnés à mort, puis, ayant finalement accepté de prêter serment, condamnés au bataillon disciplinaire, ils déserteront, et pourront ainsi témoigner de leur séjour en prison avec Franz.</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/un-temoin/">BIENHEUREUX FRANZ JÄGERSTÄTTER</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Serviteur de Dieu Maximilian WESTERMAIER</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:47:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1852 &#8211; 1903 Franciscain séculier Né le 6 mai 1852 à Kaufbeuren en Bavière, fils de Joseph Westermaier, avocat, et de Maria Zimmermann, Maximilian Westermaier &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">1852 &#8211; 1903</p>





<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscain séculier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Né le 6 mai 1852 à Kaufbeuren en Bavière, fils de Joseph Westermaier, avocat, et de Maria Zimmermann, Maximilian Westermaier fit des études de chimie, zoologie et botanique à l’Université de Munich (dès 1870). Assistant du botaniste Ludwig Radlkofer (1873), puis de Carl Wilhelm von Nägeli (dès 1875), il soutint un brillant Doctorat couronné d&rsquo;un prix (1876). Il fut Assistant de Simon Schwendener (1878) et privat-docent (1879) à Berlin. Professeur suppléant à Königsberg (1887-1888), il fut maître de gymnase à Freising (Bavière, 1890). En 1896, Georges Python l’appela à l’Université de Fribourg où il enseigna jusqu’à sa mort le 1°mai 1903. Il fut le premier professeur de botanique à l&rsquo;université de Fribourg, avec le soutien du pape Léon&nbsp;XIII. En 1898-1899, il participa à une expédition scientifique de recherches à Java (Indonésie) et publia en 1900 «<em>Zur Entwickelung und Struktur einiger Pteridophyten aus Java</em>. En 1893 il a publié “<em>Kompendium der allgemeinen Botanik für Hochschulen</em>, traduit en 1896 en anglais puis „<em>Zur Embryologie der Phanerogamen, insbesondere über die sogenannten Antipoden</em> (1890) et <em>Ueber gelenkartige einrichtungen an stammorganen</em> (1901).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Modeste, croyant, actif dans les œuvres caritatives et empreint de téléologie, Maximilian Westermaier aspirait à unir le savoir et la foi. Ses travaux étaient inspirés de sa vision théologique du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bref regard sur la création de la Faculté des Sciences de Fribourg.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Faculté des Sciences vit le jour en 1896, sept ans après la création de l&rsquo;Université catholique de Fribourg. Dès le départ, elle porta le nom de « Mathematisch-Naturwissenschaftliche Fakultät » ce qui n&rsquo;était pas une évidence, car partout ailleurs les sciences de la nature appartenaient souvent à la Faculté des Lettres et le processus de séparation se faisait lentement. Cela assura une autonomie initiale à la Faculté des Sciences de Fribourg. Les premiers professeurs furent nommés par le Conseil d&rsquo;Etat car la Faculté des Sciences n&rsquo;existait pas encore. Il s&rsquo;agissait de trois Professeurs ordinaires, Mathias Lerch (A-H) en mathématiques, Maximilian Westermaier (D) en botanique et Augustin Bistrzycki (D) en chimie, ainsi que d&rsquo;un Professeur extraordinaire, René-Thomas-Mamert (F) en chimie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est sur l&rsquo;initiative de Georges Python que la Faculté des sciences pût s&rsquo;installer sur le plateau de Pérolles. L&rsquo;ancienne fabrique de wagons bâtie par Guillaume Ritter avait été rachetée par l&rsquo;Etat pour en faire une caserne et un dépôt d&rsquo;artillerie. Georges Python transforma cet arsenal en auditoires et en laboratoires. Il chargea un jeune savant polonais, Dr. Joseph de Kowalski, privat-docent de Berne, ainsi qu&rsquo;un jeune géologue fribourgeois, Dr.&nbsp;Raymond de Girard, privat-docent de l&rsquo;Ecole polytechnique fédérale, d&rsquo;aller recruter de bons professeurs en Europe. En peu de temps, une équipe de 11 Professeurs était constituée et la Faculté des Sciences était prête à commencer au semestre d&rsquo;hiver 1896-97 un enseignement régulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La foi du Professeur</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue le professeur Westermaier, ce n’est pas seulement son titre de savant, mais plus encore sa valeur de grand catholique. Son procès de béatification est introduit en 1948. Le professeur Westermaier fut un savant qui fait honneur à l’Eglise et son témoignage est d’une grande valeur à une époque où règnent le rationalisme et l’athéisme, y compris dans les milieux universitaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous retranscrivons ici l’éloge qu’en a fait le P. Pascal, ofmcap, à la fête commémorative en l’honneur du 50<sup>ème</sup> anniversaire de sa mort à l’Université de Fribourg, le 13 décembre 1953, exaltant la foi du grand savant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Etudiant au Gymnase de Kempten de 1862 à 1870, Westermaier s’est-il distingué dans sa foi&nbsp;? Nous connaissons fort peu de détails sur cette période de sa vie. Cependant un témoin aussi simple qu’irrécusable accentue le souci qu’il avait à ce moment de se former dans sa foi, et c’est son catéchisme, trouvé après sa mort dans ses livres, catéchisme qu’il a eu soin de conserver et d’emporter à travers toutes les étapes de sa destinée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Etudiant universitaire à Munich, de 1870 à 1873, à une époque de doutes et de luttes religieuses, face à des maîtres incroyants, il conserve une foi inébranlable et porte témoignage d’un étudiant catholique en devenant membre de l’Association des étudiants catholiques allemands.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’Université de Munich encore, pendant trois ans, de 1875 à 1878, comme assistant privé du célèbre professeur Carl von Naegeli, il admire l’envergure de pensée de son maître, il progresse dans la voie de la science à son école, mais il juge que quelques-unes de ses tendances sont en désaccord avec les principes chrétiens. Au contact d’obstacles où d’autres auraient laissé leur foi se perdre ou s’affaiblir, lui grandit dans la sienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier assistant du Professeur Schwendener à Berlin de 1878 à 1890, ses principes sont en opposition ouverte avec la Weltanschauung (conception de la vie et du monde) de son chef et celle de la plupart de ses collègues. On essaie même, non rarement, d’entamer, voire de changer ses convictions. Pourtant, comme Schwendener en témoigne&nbsp;: Westermaier défendait, durant leurs conversations, ses opinions et ses convictions avec une fermeté virile mais toujours avec tact et sans jamais se laisser entraîner à des remarques blessantes. Il suggère même à son maître de pousser plus loin ses investigations pour arriver à la cause dernière du phénomène qu’il étudie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur remplaçant pour le semestre d’hiver 1887-1888 à Koenigberg, loin de cacher sa foi, il la professe ouvertement. Cette attitude courageusement catholique est la cause que sa nomination définitive à ce poste ou à d’autres semblables n’interviendra jamais en Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur au Lycée de Freising, de 1890 à 1896, il écrit son <em>Compendium der allgemeinen Botanik für Hochschulen</em> (Abrégé de la botanique générale pour Ecoles Supérieures), dans lequel il témoigne de ses principes catholiques, ce qui, encore une fois &#8211; c’est Schwendener qui l’écrit &#8211; nuisit à la diffusion du Manuel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur à l’Université de Fribourg à partir de 1896, il s’entend dire, dans une controverse scientifique, par un jeune professeur matérialiste de Berlin, que son point de vue d’investigation est dénué de toute valeur scientifique. Après 30 ans de recherches et d’activité scientifique et de publications de tous genres, se voir refuser l’authentique valeur scientifique équivalait pour lui à une sorte d’anéantissement spirituel. Il souffrait pour sa foi et sut triompher chrétiennement de sa souffrance comme de ces attaques injustes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maître encore à l’Université, il ne conçut jamais son enseignement que comme une preuve et une affirmation de l’harmonie qui existe entre la foi et la science. Membre du corps professoral, il lutte pour la jeune Université, il la défend, il la soutient, il souffre pour elle, tant sa foi le persuade de la nécessité d’une Université catholique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Collègue et maître universitaire, il inculque, un quart d’heure avant sa mort, à l’un de ses amis, ce qui lui tient le plus à cœur&nbsp;: «&nbsp;Catholique et scientifique, dit-il, vous êtes l’un et l’autre. Il arrive que l’on puisse être suffisamment scientifique, mais on ne peut jamais être assez catholique.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur son lit de mort enfin, il fit venir l’un de ses collègues qui négligeait la Messe du dimanche pour vaquer à ses recherches de savant. Westermaier, à cet instant suprême, le prie de ne pas négliger l’unique nécessaire à cause de l’éternel salut, mais aussi à cause de l’exemple à donner. «&nbsp;A une Université catholique, les professeurs catholiques doivent remplir leurs devoirs religieux&nbsp;» soulignait-il avec fermeté. Son collègue pleurait. Le mourant lui serra la main en concluant&nbsp;: «&nbsp; Maintenant je puis mourir tranquillement&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment de ses ultimes souffrances, alors qu’on le plaignait, il répondit&nbsp;: «&nbsp;Pour le bonheur de mourir en catholique, on peut bien souffrir un peu.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toute sa vie, en vérité, est un témoignage de foi, une lutte pour sa foi, souvent une souffrance pour sa foi, une plénitude de vie de foi. «&nbsp;C’était quelque chose d’entraînant que la foi de cet homme&nbsp;», disait de lui son confesseur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous admirons aisément la grandeur de cette vertu de foi. Mais peut-être le faisons-nous, en partie du moins, parce qu’elle s’exerce dans les milieux les plus élevés du savoir. Ne serons-nous pas sur le point de nous étonner en apprenant qu’il y a dans la vie de Westermaier, comme dans celle de chaque saint, des manifestations de vertu qui n’ont pas ce brillant ni ce prestige…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait de visiter les pauvres de la basse ville à plusieurs reprises par semaine… et d’en recevoir parfois des injures&nbsp;; le fait d’aimer assister aux bénédictions du Saint Sacrement avec les femmes en la modeste église de la Visitation&nbsp;; le fait d’entrer dans le Troisième Ordre de St François, le saint dont il a aimé tout particulièrement la spiritualité&nbsp;: il en fit partie dès son séjour à Berlin et suivit les réunions mensuelles à Fribourg, réunions qui ne sont, certes, pas l’ambiance des milieux universitaires…&nbsp;; le fait de ne pas choisir pour ses cours les salles et les heures les plus avantageuses&nbsp;; et tant d’autres détails effacés, ternes, humbles de sa vie de prière, de sa dévotion à la Sainte Vierge, de sa mortification, de son esprit de pauvreté…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est-ce que tout cela est vraiment empreint de grandeur&nbsp;? Y a-t-il là matière à admiration&nbsp;? Pour déceler mieux cet ordre de grandeur, n’avons-nous pas besoin de rappeler la pensée de Pascal&nbsp;: «&nbsp;Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de Jésus Christ, comme si cette bassesse était du même ordre, duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître. Qu’on considère cette grandeur là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort… et dans le reste, on la verra si grande, qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas. Mais il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles, comme s’il n’y avait pas de spirituelles&nbsp;; et d’autres qui n’admirent que les spirituelles, comme s’il n’y avait pas d’infiniment plus hautes dans la sagesse…&nbsp;»</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/serviteur-de-dieu-maximilian-westermaier/">Serviteur de Dieu Maximilian WESTERMAIER</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>« Maman Marguerite »maman de Don Bosco,</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:46:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Franciscaine séculière 1788-1856 Zenit ZF06111604 L’Eglise reconnaît le caractère héroïque de la vie et des vertus de la maman de saint Jean Bosco, «Maman Marguerite»: &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscaine séculière</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"> 1788-1856</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zenit ZF06111604</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Eglise reconnaît le caractère héroïque de la vie et des vertus de la maman de saint Jean Bosco, «Maman Marguerite»: un pas décisif vers la béatification sera la reconnaissance d’un miracle dû à son intercession. La maman de don Jean Bosco est ainsi reconnue par l’Eglise comme «vénérable».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cardinal préfet de la congrégation romaine pour les Causes des saints, José A. Saraiva Martins, a lu le décret qui reconnaît le caractère « héroïque» de la vie et des vertus de « Maman Marguerite », ainsi que la renommée de sa sainteté, le 15 novembre2006, en la chapelle de la communauté salésienne du Vatican (ANS, <a href="http://www.sdb.org/ANS/index2.asp?Lingua=1">www.sdb.org</a>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La proclamation a été faite en présence du recteur majeur des Salésiens, le P. Pascual Chávez, du postulateur général de la cause de « Maman Marguerite », du P. Enrico dal Covolo, préfet de la Bibliothèque apostolique vaticane, du P. Raffaele Farina, directeur général de la Typographie vaticane, du P. Elio Torrigiani, et de confrères de la communauté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de la lecture, un autre illustre Salésien, le cardinal secrétaire d&rsquo;Etat, Tarcisio Bertone, a prononcé une brève allocution et il a accordé sa bénédiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le 23 octobre dernier que la congrégation pour les Causes des saints, a promulgué ce décret, approuvé par le pape Benoît XVI.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« C&rsquo;est une journée mémorable pour la Famille salésienne, qui voit Maman Marguerite faire un pas de plus vers les autels. C&rsquo;est un évènement attendu depuis longtemps par tout le monde salésien, auquel il s&rsquo;est préparé en réalisant de nombreuses initiatives en l&rsquo;honneur de la maman de Don Bosco. Nous nous confions à elle pour qu&rsquo;elle intercède pour toute la Famille salésienne et pour la Congrégation».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie de «maman Marguerite» est connue grâce au Père Jean-Baptiste Lemoyne. Il rédigea une brève biographie de «Maman Marguerite» et l’offrit à Don Bosco, le 24 juin 1886, pour sa fête. Celui-ci accueillit ce cadeau avec beaucoup d’émotion. Il y ajouta quelques remarques manuscrites, mais approuva l’ensemble de l’ouvrage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marguerite Occhiena est née dans les environs d’Asti, dans le Piémont, dans une famille de paysans qui comptera neuf enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1812, elle épousa François Bosco, veuf d’un premier mariage et père d’un jeune garçon prénommé Antoine. Elle avait vingt-quatre ans et lui vingt-neuf. De cette union naquirent deux autres garçons : Joseph et Jean. Après cinq ans de bonheur conjugal, deux ans à peine après la naissance de Jean, François mourut brutalement, victime sans doute d’une congestion pulmonaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La jeune femme se retrouva veuve avec trois enfants et une grand-mère infirme à charge. Son seul gagne-pain provenait de quelques lopins de terre et d’un peu de bétail qu’il faudra abattre pour subsister. Or l’Italie, comme les autres pays d’Europe, avait été ravagée par les guerres de Napoléon. La famine s’installait et les premières années de Jean furent marquées par la misère et la disette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marguerite fit face avec courage. Elle exploita les terres, secondée par Antoine, l’aîné. Elle fut sollicitée à se remarier par un paysan du voisinage, sérieux et riche. Mais il ne voulait pas d’enfants au foyer : Marguerite refusa de les confier à des tuteurs en disant : «Dieu m’a donné un mari, Dieu me l’a enlevé. À sa mort, François m’a confié ses trois fils. Quelle mère cruelle je serais, si je les abandonnais quand ils ont besoin de moi. Pour tout l’or du monde je ne les abandonnerai pas».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour le curé lui apprend que Jean songe à la vie religieuse, il l’invite à réfléchir : « Marguerite, vous êtes pauvre ! Qui prendra soin de votre vieillesse ? Dans un presbytère, vous serez en sécurité. À tout prix, il faut détourner votre fils de ce projet. Il n’est pas fait pour être moine ». Le lendemain, elle va trouver son fils à Chieri et l’interroge : « Monsieur le Curé est venu me voir. Il m’a dit que tu voulais être religieux. Est-ce vrai ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oui, maman, si tu n’y mets pas d’obstacle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je n’en mettrai pas. Mais il faut réfléchir et examiner le pas important que tu vas faire&#8230; Monsieur le Curé se figure que ton choix doit tenir compte de mon avenir, de ma vieillesse. Moi, je fais confiance à Dieu. Je ne désire rien de toi et n’attends rien de toi. Je suis née pauvre, j’ai vécu pauvre, je veux mourir pauvre. Et sur un ton grave : Retiens bien ceci. En te faisant prêtre diocésain, si tu deviens riche, sache le bien, je ne te verrai plus, et ne mettrai plus les pieds dans ta maison ». Merveilleux écho de son cœur franciscain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de son entrée au Séminaire sa mère le prend à part pour lui confier : «&nbsp;Mon Jean, te voilà revêtu de la soutane. Tu devines ma joie. Mais sache bien: ce n’est pas l’habit qui fait le moine, c’est la vertu. Si jamais tu doutes un jour de la vocation, oh ! je t’en supplie, quitte le séminaire, ne déshonore pas ta soutane. J’aime mieux avoir un fils paysan qu’un fils prêtre qui négligerait ses devoirs ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle aura également, au moment de l’ordination, des paroles que son fils ne devait jamais oublier : « Te voilà prêtre, mon petit Jean. Tu es près du Seigneur. Chaque jour, tu diras la messe. Rappelle-toi bien ceci : commencer à dire la messe, c’est commencer à souffrir. Oh, tu ne t’en apercevras pas tout de suite. Mais plus tard, tu penseras que ta mère avait bien dit. Chaque jour, n’est-ce pas, tu prieras pour moi. Je ne te demande rien d’autre. Va, ne songe à présent qu’au salut des âmes et ne te préoccupe pas de moi ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, Don Bosco tomba gravement malade après quelques années de ministère et d’apostolat auprès des jeunes de Turin. Il dut prendre plusieurs mois de repos. C’est au moment de son retour à Turin qu’il lui dit : «&nbsp;Maman, tu le sais, il me faut revenir à Turin. Mes garçons me réclament. Au Refuge (une pension de jeunes filles, tenue par la marquise de Barolo, dont il avait été aumônier) je n’ai plus d’emploi, et il me faut, dans cette nouvelle maison, une personne de confiance. La ‘casa Pinardi’ a mauvaise réputation. Veux-tu venir avec moi ? »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme à son habitude, Marguerite écoute et réfléchit, avant de dire : «&nbsp;Jean, tu le sais, tu le vois, on tient à moi. C’est dur d’abandonner notre maison, ton frère et tous ceux que j’aime. Mais si tu crois que Dieu le veut ainsi, tu peux compter sur moi. Je suis prête à te suivre&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, ils prirent ensemble la route, à pied et rejoignirent Turin à la nuit tombante. C’était le 3 novembre 1846. Don Bosco avait trente et un an, elle cinquante-huit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle deviendra l’âme de la « maison Pinardi », tour à tour couturière, lingère, cuisinière, catéchiste, éducatrice. Elle sera « maman » Marguerite, toujours présente, affectueuse, patiente et pourtant ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En novembre 1856, elle tomba malade. Son état empira rapidement et le 24 elle rendit son âme à Dieu, toute livrée à sa Volonté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Recueillons de sa bouche quelques conseils pleins de sagesse surnaturelle qu’elle donnait à ses enfants. Illettrée, elle avait appris Dieu par la grâce de son baptême. «&nbsp;Même quand maman ne vous voit pas, Dieu vous voit mes petits, on ne ment pas à Dieu, Dieu est vérité&nbsp;». «&nbsp;Le Seigneur est bon.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La veille de sa première Communion, elle donne à son petit Jean ces conseils «&nbsp;pour devenir un saint&nbsp;»&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les sept Conseils de Maman Marguerite</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Va souvent communier</li>



<li>Va souvent te confesser</li>



<li>Ne cache jamais de faute quand tu te confesses</li>



<li>Aime beaucoup la Sainte Vierge</li>



<li>Fuis les mauvais camarades</li>



<li>Sois toujours joyeux</li>



<li>Fais toujours bien ce que tu dois faire</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Comme d’autres saintes mères et mères de saints telles les mamans de saint Pie X, de sainte Maria Goretti, de sainte Thérèse, ainsi maman Marguerite a vécu humblement et ardemment l’esprit de St François dans l’Ordre Franciscain Séculier appelé alors le Tiers-Ordre.</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/maman-marguerite-maman-de-don-bosco/">« Maman Marguerite »maman de Don Bosco,</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Vénérable Giorgio La Pira</title>
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		<dc:creator><![CDATA[francois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:42:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1904-1977 Maire de Florence «&#160;Un Maire franciscain&#160;» C’est sous ce titre que le journal «&#160;France Catholique&#160;» de 1953 auquel nous empruntons ces renseignements, a présenté &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">1904-1977</p>





<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Maire de Florence</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Un Maire franciscain&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est sous ce titre que le journal «&nbsp;France Catholique&nbsp;» de 1953 auquel nous empruntons ces renseignements, a présenté Giorgio La Pira, franciscain séculier intervenu à Rome au Congrès du Tiers-Ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ancien cordonnier qui trouva le temps, entre les coups de tranchet et de marteau, d’acquérir une vaste culture, Giorgio La Pira est devenu, sans perdre sa simplicité, un personnage considérable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>***</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Florence vient de recevoir les grands écrivains de 35 nations, invités pour la seconde fois à participer au Congrès de la Paix et de la Civilisation chrétienne. L’artisan de cette manifestation qui fait de Florence une capitale moderne de la culture occidentale, est son Maire, Giorgio La Pira.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ancien député et ancien sous-secrétaire d’Etat au Travail, l’honorable Giorgio La Pira a abandonné en 1951 ces deux fonctions pour livrer «&nbsp;la bataille de Florence&nbsp;», c&rsquo;est-à-dire pour arracher l’illustre cité de 400.000 personnes des mains des communistes. Trois villes étaient alors considérées, tant par leur prestigieux passé que par leur rayonnement spirituel, comme les bastions de la chrétienté&nbsp;: Rome, Assise et Florence. La Pira enleva la municipalité de justesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis lors, ce petit homme extraordinaire, qui reçoit ses visiteurs avec enthousiasme et sourit constamment, n’a cessé de surprendre les politiciens chevronnés, les financiers et les électeurs. Pour les tâches ardues de son administration, il s’en remet aveuglément à la Providence. Faut-il trouver des logements pour les ouvriers&nbsp;? On commence à construire, et l’argent vient après. Faut-il trouver une solution urgente&nbsp;? Il la demande à Dieu d’abord, plutôt qu’à ses conseillers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’ailleurs, le premier problème devant lequel se trouva le nouveau maire fut de se procurer un habit convenable. Jusque là, La Pira logeait dans une cellule du couvent de Saint Marc, et il lui arrivait fréquemment de rentrer chez lui pieds nus, ayant laissé, en cours de route, ses souliers à un malheureux. Ses nouvelles fonctions lui donnèrent des soucis vestimentaires que ni la députation ni l’exercice du pouvoir n’avaient réussi à lui procurer. Mais, contrairement à son prédécesseur communiste qui se montrait fort mondain, il n’a pas encore de smoking.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le public florentin éprouva sa première surprise lorsque, à la veille du scrutin, La Pira prononça son grand discours électoral. La place de la Signoria était noire de monde. On vit ce petit homme noiraud et souriant monter d’un pas alerte à la tribune. Ainsi qu’il le fait toujours lorsqu’il s’adresse à la foule, il salua d’un grand geste et se signa. Puis il s’approcha du micro et commença par ces mots&nbsp;: «&nbsp;<em>Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit…</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoique les Italiens soient généralement respectueux des choses de la foi, ils ne s’attendaient pas à voir un homme politique s’adresser à eux avec tant de noblesse. Les communistes surtout, qui se trouvaient là, s’apprêtaient à se moquer de lui. Mais La Pira enchaîna aussitôt sur la nécessité de la justice sociale et les laissa désemparés. Puis il leva les bras au ciel et s’écria&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Nous appelons sur notre ville la clémence de la Vierge Marie&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux communistes lancèrent des coups de sifflet qui, dans le silence général, firent l’effet d’un coup de canon. Bientôt, quelques jeunes hommes se dirigèrent vers les perturbateurs et une légère bagarre s’ensuivit. La police y mit rapidement fin en embarquant sur une jeep les deux «&nbsp;agitprop&nbsp;», comme on les appelle en Italie. La Pira avait vu toute la scène de la tribune sans pouvoir réagir. Ses yeux s’emplirent de larmes et, au milieu des applaudissements qui le saluaient, il se demandait avec tristesse comment on pouvait offenser la Vierge avec tant d’inconscience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son premier soin fut de se rendre au commissariat où il attendit, sur un banc, la fin de l’interrogatoire. Mais la voix coléreuse du commissaire parvenait jusqu’à lui et il crut, un certain moment, entendre le bruit de coups. Alors n’y tenant plus, il entra de sa propre autorité dans le bureau du commissaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Vous ne savez pas avec certitude si ces jeunes gens sont coupables, s’écria-t-il. Ils ont une famille qui les attend. Au nom de la charité chrétienne, je vous demande de les relâcher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les communistes, surpris et émus, regagnèrent leur domicile. L’incident se passait un vendredi. Le lundi, La Pira était élu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait été le seul candidat à passer tranquillement chez lui la nuit du dépouillement. Le lendemain matin, à six heures, alors qu’il faisait son lit et s’apprêtait à se rendre à la Messe, il vit entrer dans sa cellule, deux amis visiblement fatigués par leur veille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Nous avons vaincu&nbsp;! dit l’un d’eux. Tu seras Maire de Florence&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le visage de La Pira devint subitement sérieux. Son drame commençait. Il craignait de ne pouvoir assumer cette lourde charge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je dois m’occuper des pauvres, dit-il simplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il était d’ailleurs Député, et l’on sait qu’en Italie, la charge de Maire est incompatible avec celle d’onorevole. Mais en comptant les bulletins, on s’aperçut que La Pira avait été préféré à tous ses colistiers. Même les habitants du quartier pauvre de San-Frediano lui avaient donné leurs suffrages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le matin du 16 juillet 1951, alors qu’il ne s’était pas encore résigné à accepter sa nouvelle charge, il reçut un coup de téléphone de Rome. M.&nbsp;Alcide de Gasperi était au bout du fil. Pendant dix minutes, La Pira dit simplement&nbsp;: «&nbsp;Bien…bien….&nbsp;» Après avoir raccroché, il posa les coudes sur la table et prit sa tête dans ses mains. Puis il dit à sa secrétaire&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Je dois être Maire</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira est né en 1904 dans la province de Raguse, au sud de la Sicile. Quoique de parents pauvres, il fit ses études à Messine, vint à Florence en 1924 et y présenta une thèse de doctorat en droit, qui commençait par ces mots&nbsp;: «&nbsp;<em>Au nom de la Sainte Trinité</em>…&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à 18 ans que j’ai connu la lumière éblouissante de la foi catholique, dit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son élection à la Chambre augmenta sa popularité. Il fut désigné pour figurer, aux côtés des communistes, et notamment de Togliatti, dans une commission de douze parlementaires chargés de mettre au point une Constitution. Son rôle fut décisif sur la question du divorce&nbsp;: il empêcha qu’il fût inscrit dans la loi. Après la séance, Togliatti s’approcha de Alcide de Gasperi et lui dit à l’oreille&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Mais où avez-vous donc déniché ce petit bonhomme&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">De 1948 à 1950, l’Onorevole La Pira fit partie du gouvernement. Avec Fanfani (Ministre de l’agriculture) et Dosetti, il représentait la gauche de la démocratie chrétienne. Les trois hommes formaient, du reste, un trio fameux, opposé à toute manifestation mondaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, alors qu’il était sous-secrétaire d’Etat au Travail, La Pira fut surpris par une pluie torrentielle au sortir du ministère. Un député nommé Rastelli, le voyant sans chapeau et sans parapluie, le pressa d’accepter son imperméable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Pira acquiesça. Une heure après il revenait au ministère sans imperméable et complètement trempé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Que veux-tu, expliqua-t-il à Rastelli, j’ai rencontré dans la rue un pauvre malheureux…</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Mais l’imperméable était à moi&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; tu en achèteras un autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1950, pour son anniversaire, M. de Gasperi lui offrit trois cravates. Il en fit également cadeau à des pauvres. Depuis qu’il est Maire, il refuse, dans les soirées officielles, de mettre un œillet à la boutonnière tant que d’autres hommes ont faim. Un soir, les frères du couvent de San Marco durent lui prêter les sandales du Père gardien. Il les garda aux pieds jusqu’à ce que la Providence lui eût envoyé des souliers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Pira a dû accepter l’hospitalité d’un docteur de ses amis, qui lui avait préparé une chambre chauffée l’hiver, dans sa clinique. Mais ses habitudes n’ont guère changé, sauf qu’il travaille – et pour cause – dans un bureau somptueux du Palazzio Vecchio, où il a fait placer une cage à oiseaux et un aquarium.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il estime que l’amour et la prière sont nécessaires à l’administration municipale. L’Evangile ne parle-t-il pas de la multiplication des pains&nbsp;? Et il fait construire 4000 logements, tout en essayant d’éliminer le chômage, grâce aux chantiers des travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Il y a des villes – Florence, Rome et Paris – qui ont une vocation, comme les hommes, dit-il. Elles ont une mission spirituelle de civilisation. Il faut la défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gilbert Ganne</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la revue «&nbsp;France Catholique&nbsp;» 1953.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>L’action prophétique de Giorgio La Pira</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mercredi 9 janvier 1991, en l’église romaine de Sainte Marie in Vallicella, celle-là même qui fut celle de saint Philippe Neri, une Messe était célébrée par le cardinal Silvestrini, préfet du Tribunal de la Signature apostolique à l’occasion du 40<sup>ème</sup> anniversaire de l’engagement total de Giorgio La Pira à la cause de la paix. C’est en effet le 6 janvier 1951, devait rappeler le cardinal Silvestrini, dans cette église, que Giorgio La Pira, prenant au sérieux les paroles de la Vierge aux enfants de Fatima, le 13 juillet 1917, sur la conversion de la Russie, la paix dans le monde et le triomphe de son Cœur Immaculé décide de consacrer sa vie à la réalisation de cette «&nbsp;prophétie&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Celle-ci constituait pour lui&nbsp;«&nbsp;comme un chapitre nouveau, un nouveau tournant de la théologie de l’histoire&nbsp;» car l’histoire de l’humanité ne coïncide absolument pas «&nbsp;avec l’histoire de la lutte des classes de Marx&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><u><strong>le mystère de l’histoire</strong></u></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Toute une série d’initiatives furent prises par La Pira élu maire de Florence le 10 juillet 1951 en fonction de cette vision prophétique de l’histoire. Une vision qu’il définissait lui-même, en quelque sorte, dans un message du 6 janvier 1956 par lequel il annonçait que le V° Congrès international pour la paix et la civilisation chrétienne qui devait se tenir en juin de cette même année à Florence aurait pour thème «&nbsp;Histoire et prophétie&nbsp;»&nbsp;: <em>Le mystère de Dieu est sous-jacent à l’histoire des hommes&nbsp;: mystère qui la traverse toute, qui la finalise toute, qui la fait évoluer selon un dessein unique qui embrasse la série complète et entière des siècles et des générations&nbsp;».</em> Se référant au Message de Noël 1955 de Pie XII, La Pira explique que la volonté du Père céleste est une volonté de paix et de reconstruction&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;<em>Ne pas détruire par la guerre les valeurs de l’homme qui sont aussi des valeurs de Dieu&nbsp;; ne pas détruire par la guerre les villes des hommes qui sont aussi rassemblées autour de l’église – ébauches et préfiguration de la cité de Dieu. Mais au contraire, bâtir&nbsp;: remettre en ordre les pierres de la ville détruite, comme dit Isaïe (44,11), bâtir les temples et les monastères pour que Dieu y soit adoré avec pureté de cœur et dans l’innocence de la vie et bâtir les maisons, les usines, les écoles, les hôpitaux, labourer les champs, planter les vignes, le blé, l’olivier comme dit la Sainte Ecriture.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira était né le 9 janvier 1904 à Pozzallo, dans la province de Raguse, en Sicile. En 1922, il commence ses études de droit à Messine, mais il passera son doctorat en 1926 à Florence où il s’est fixé pour suivre son professeur de droit romain. En 1927, il est chargé d’un cours élémentaire d’histoire du droit romain à l’Université de Florence puis, en 1933, il est nommé à la chaire des Institutions du droit romain de cette même Université. Une charge qu’il occupera jusqu’en 1974.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><u><strong>La foi d’un apôtre</strong></u></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1934, La Pira prend l’initiative de faire célébrer chaque dimanche une Messe pour les pauvres au cours de laquelle il leur explique l’Evangile et leur distribue du pain et d’autres aliments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1946, il est élu à l’&nbsp;«&nbsp;Assemblée constituante italienne&nbsp;» où il est membre de la sous-commission des «&nbsp;Droits et devoirs du citoyen&nbsp;» avec Moro, Dossetti, Basso et Togliatti. Elu député en 1948, il est élu maire de Florence en 1951, l’année même où il avait décidé de se consacrer à la cause de la paix et de la réconciliation entre les nations. Il commence alors à écrire aux religieuses cloitrées pour leur demander de soutenir son action de leurs prières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En cette même année 1951, il intervient auprès de Staline en faveur de la Corée déchirée par la guerre… En 1952, il inaugure à Florence les Congrès pour la Paix et la civilisation chrétienne qui se tiendront jusqu’en 1956 et qui donneront notamment &#8211; comme il me l’avoua lui-même – une audience internationale au futur cardinal Daniélou…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même temps, La Pira construit à Florence le nouveau quartier de l’Isolotto, sauve une entreprise florentine menacée de fermeture et transforme en coopérative une fonderie mise en liquidation par ses propriétaires. Il entreprend d’écrire à Noël et à Pâques aux enfants des écoles élémentaires de Florence pour leur expliquer ce qui se passe dans leur ville. En 1955, il convoque un Congrès des Maires des capitales du monde qui se tient au Palais de la Signoria du 2 au 6 octobre. A ces représentants de Moscou et de New-York, de Jérusalem et de Rome, de Paris et de Varsovie, La Pira faisait une véritable leçon de théologie sur la ville et il emmenait, le jour de la fête de saint François d’Assise, tout le monde à la Messe en la Basilique Santa Croce…</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1958, il organise un premier Colloque pour la Méditerranée et, le 4 octobre, il emmène encore à la Messe les représentants des nations chrétiennes, ceux des pays musulmans et ceux d’Israël. Tous y entendent un Message de Pie XII qui devait mourir quelques jours plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><u><strong>Un pont Fatima-Moscou</strong></u></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">De plus en plus convaincu que «&nbsp;le problème le plus dramatique et urgent de notre temps est celui de la résurrection chrétienne de la Russie&nbsp;» et que de la solution de ce problème dépend la paix du monde, il décide de se rendre à Fatima où il arrive le 13 juillet, et là, il forme le «&nbsp;projet d’un pèlerinage en terre russe&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fatima qu’il qualifie&nbsp;d’&nbsp;«&nbsp;authentique Paradis de paix et de grâce, de beauté et d’amour&nbsp;» constituait pour lui&nbsp;«&nbsp;une piste de départ pour un pèlerinage plus ardu, à savoir un pèlerinage dans les terres chrétiennes de la Russie, à Kiev, à Moscou, auprès des tombes et des autels des grands évangélisateurs des peuples slaves, saint Cyrille et saint Méthode et de tant d’autres&nbsp;». Avant de se rendre à Fatima, il avait voulu se rendre à Reims&nbsp;«&nbsp;berceau de la France chrétienne&nbsp;» et à Milan auprès du cardinal Montini où naquit son projet de pèlerinage à Moscou. Il sera enfin dans cette ville le15 août pour établir un pont de prière et de paix entre ces deux piliers que sont Fatima et Moscou&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 17 août, il est reçu au Kremlin par le Soviet suprême. Il arrive une demi-heure en retard parce qu’il est allé tout seul à la Messe et qu’il s’est égaré ensuite. Il parle du pont de prières entre l’Occident et la Russie qui doit reposer sur les deux piliers de Fatima et de Moscou et il pose aussitôt le problème de la liberté religieuse, base nécessaire de toutes les autres libertés des hommes…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><u><strong>Paris, Lourdes, Paray-le-Monial</strong></u></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 16 décembre 1959, à l’invitation du centre Richelieu que dirigeait alors l’abbé Jean-Marie Lustiger, il venait spécialement de Florence à Paris pour s’adresser aux étudiants de la capitale, comme l’avaient fait les deux jours précédents Marcelle Auclair et le père Jean Daniélou et les préparer à leur «&nbsp;montée&nbsp;» priante de Notre-Dame au Sacré-Cœur de Montmartre du jeudi 17 décembre&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Vous supplions venir faire conférence aux étudiants de Sorbonne sur l’Amour de Dieu, le 16 décembre, à 18 heures&nbsp;», lui avait-on télégraphié de Paris. Il avait aussitôt répondu par un autre télégramme&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Dunque devo venire, e percio, verro&nbsp;», c&rsquo;est-à-dire «&nbsp;Puisque je dois venir, je viendrai&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la première fois donc, celui qui avait pris à la lettre le sermon sur la montagne et qui appliquait les exigences des béatitudes aux domaines les plus concrets et les plus brûlants de la vie contemporaine, parla aux étudiants parisiens de&nbsp;«&nbsp;l’Amour qui bouleverse le monde&nbsp;». L’année précédente, La Pira était venu en pèlerinage à Lourdes et à Paray-le-Monial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Année cruciale pour l’Italie qui risquait de basculer dans le communisme. 1958 était aussi l’année du centenaire des apparitions de Lourdes. Le 11 février, La Pira vint prier auprès de la Grotte avec Amintore Fanfani.&nbsp;«&nbsp;Il faut que vous, vous mettiez les mains dans cette situation, autrement, rien à faire&nbsp;», dit La Pira à la Vierge. Il explique&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;La situation italienne était alors très incertaine, et le résultat des élections très incertain aussi&nbsp;». La Méditerranée tout entière est&nbsp;«&nbsp;sous la pression terrible de l’athéisme&nbsp;». Le 11 février, à la demande de La Pira, les cloîtres du monde entier ont prié pour la guérison des nations et La Pira qui est réélu député en mai constatera qu’«&nbsp;il y a une immense fermentation vitale, quelque chose de mystérieux, une renaissance de grâce et d’espérance qui, partout fleurit…&nbsp;» Sur ce, il reçoit une invitation à participer aux Assises de prière et de pénitence des Hommes du Sacré-Cœur les 12 et 15 juillet. Coûte que coûte il faut qu’il y aille&nbsp;«&nbsp;parce que les deux choses sont liées intimement&nbsp;; le pèlerinage à Lourdes avec cette fermentation mystérieuse&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><u><strong>Pour la conversion de la Russie</strong></u></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Il faut vraiment du fond de l’âme, expliquera-t-il, remercier le Cœur du Christ Jésus qui nous appelle comme peuples et comme nations pour répandre l’Eglise dans le monde entier. Il faut qu’elle aille au-delà du Rideau de Fer, dans les pays qui sont sous la pression communiste&nbsp;». «&nbsp;Cette nouvelle Histoire de l’Eglise a, comme point de départ, cette renaissance de beauté, de grâce, de fraternité de la France, de l’Italie, de l’Europe chrétienne et des nations chrétiennes, parce que le passé, c’est le présent en fonction de l’avenir&nbsp;». Me prenant à part ce jour-là à Paray-le-Monial, Giorgio La Pira m’entraîna avec lui et me conduisit au Couvent de la Visitation où il s’entretint au parloir avec la supérieure. J’eus alors l’impression inoubliable d’assister à un colloque spirituel tel que saint François d’Assise en avait avec sainte Claire…</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Pira, qui avait fait venir le monde entier à Florence, a parcouru lui-même le monde entier, toujours porteur du même message. Ses activités et initiatives continuèrent jusqu’à la fin de sa vie d’homme d’action et d’homme de prière. Un homme qui confessait aussi, dans une conférence prononcée le 10 avril 1974 en l’abbaye de Fossanova où sept siècles plus tôt était mort saint Thomas d’Aquin en route pour le Concile de Lyon&nbsp;: «&nbsp;En quarante années d’expériences scientifiques, culturelles, politiques, constitutionnelles, la pensée de l’Aquinate saint Thomas d’Aquin nous a illuminés et nous a guidés comme une étoile sur notre chemin et dans notre espérance. Cette lumière nous a permis de traverser avec une certaine sécurité intellectuelle et historique la période en un certain sens la plus obscure de l’histoire du monde.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira est réélu député de Florence avec une majorité de trente mille voix, le 20 juin 1976.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il mourait à Florence le 5 novembre 1977. Le 9 janvier 1986, le cardinal Pionvanelli, ouvrait le procès pour la béatification de celui que le peuple appelle «il santo».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Georges Daix <em>l’Homme Nouveau 3 février 1991</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Giorgio La Pira</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1904-1977</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A partir de sa biographie «&nbsp;officielle&nbsp;» pour la cause de béatification</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Giorgio La Pira</strong>connut le fascisme en Italie, la seconde guerre mondiale en Europe, la guerre froide avec menace nucléaire Est-Ouest, la décolonisation, l’activation du conflit israélo-palestinien, le Concile Vatican II.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De Sicile en Toscane</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira est né le 9 janvier 1904 à Pozzallo en Sicile, il a été baptisé le 7 février. Il est l’aîné d’une famille modeste, de six enfants. De 1909 à 1913, il fréquente l’école élémentaire. Distingué par ses enseignants pour ses qualités intellectuelles et humaines, il fréquente l’Institut technique commercial. En 1922, il bénéficie d’une formation classique intense qui lui donne d’accéder aux études de droit à l’université de Messine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hébergé pendant ses années de collège chez un oncle libre penseur, il vit loin de la foi. Pâques 1924 constitue pour lui un moment de grâce particulière. Il a 20 ans&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Quelle ineffable douceur, crois-le, pour les âmes qui, avec foi et désir, accostent à la Sainte Communion&nbsp;: c’est une aube nouvelle pour la vie. Je n’oublierai jamais cette Pâques 1924 au cours de laquelle j’ai reçu Jésus Eucharistie&nbsp;: je ressentis dans mes veines circuler une innocence d’une telle plénitude que je ne pouvais contenir le chant et le bonheur sans mesure.&nbsp;». (</em>Lettre de septembre 1933).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 30 juin 1926, il soutient avec grand succès une thèse en droit romain à Florence. Il la publie en la dédicaçant «&nbsp;à Contardo Ferrini, qui par tous les chemins m’a reconduit à la Maison du Père&nbsp;». En 1927, il étudie à Vienne et Monaco, puis revient à Florence qui désormais devient <em>sa</em> ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sa vocation à la suite de St Dominique et de St François</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A son arrivée à Florence, le jeune Giorgio entre en relation avec les frères dominicains du couvent San Marco. Le 11 décembre 1927, il devient laïc dominicain, et va habiter pendant quelques années la cellule n°6 au couvent San Marco, lieu favorable à la prière et aux travaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1928 il se sent appelé à consacrer sa vie à faire connaître et aimer le Christ mort et ressuscité, dans la vocation qu’il discerne pour lui&nbsp;: le laïcat consacré. Il devient membre du futur Institut séculier franciscain «&nbsp;les Missionnaires de la Royauté du Christ&nbsp;» que fonde le Père Augostino Gemelli OFM, une communauté de laïcs consacrés à Dieu dans le service des hommes, insérés dans le Tiers-Ordre Franciscain. Il y prononce les vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté. Saint François et son message de « paix et de bien » devient un point de référence essentiel et constant dans la vie de Giorgio La Pira.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;[…] puisqu’il ne serait pas possible d’approcher directement le monde laïc -au moins certaines zones de celui-ci &#8211; par l’intermédiaire de la hiérarchie ecclésiastique, la miséricorde de Dieu pense l’approcher par l’intermédiaire du laïcat […]. Maintenant il n’y a pas de doute, parce que la chaire infaillible nous l’assure (cf. Encyclique Quas primas de Pie XI)&nbsp;: l’affirmation de la Royauté du Christ est une tâche principalement confiée à l’œuvre apostolique des laïcs, il est donc nécessaire que pour l’accomplissement de cette œuvre Dieu lui-même suscite et prépare des âmes…&nbsp;». (</em>Giorgio La Pira Vie de Louis Necchi 1932.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1933, à 29 ans, il devient professeur titulaire de droit à l’Université de Florence. Il s’engage dans l’Action Catholique. Il nourrit une estime filiale au Cardinal Elie Dalla Costa, archevêque de Florence&nbsp;: pendant tout un temps, il le rencontre chaque soir et apprend de lui à lire les événements du monde et de l’Eglise à la lumière de la Bible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la même période, il fait la connaissance de Don Giulio Facibeni, figure charismatique de l’Eglise de Florence. Une profonde amitié nait entre les deux hommes. A Florence, disent les florentins, il y a trois saints: le Cardinal Dalla Costa (la foi), Giorgio La Pira (l’espérance), Don Facibeni (la charité). La cause de béatification de tous les trois est en cours&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1934, il rencontre Monseigneur Jean Baptiste Montini, futur Pape Paul VI&nbsp;: nait une profonde amitié qui durera jusqu’à la mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pauvre parmi les pauvres</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Son option en faveur des pauvres va comme de soi, il se sent l’un des leurs. Après la cellule à San Marco, son logement sera une chambre dans la clinique d’un ami puis déjà âgé, dans un foyer de jeunes travailleurs. En 1934, il crée avec Don Bensi, son confesseur, «&nbsp;<em>la Messe des pauvres</em>&nbsp;». Elle a lieu, d’abord dans une église abandonnée, San Procolo, puis, vu l’affluence, dans plusieurs églises. Elle réunit les personnes les plus marginalisées par la misère, des intellectuels, des artistes, des jeunes de l’action catholique, pour célébrer l’Eucharistie, commenter l’Evangile et l’actualité du monde, prier avec ceux qui n’avaient pas les moyens de lire le journal ou d’écouter la radio et aussi pour partager le pain qui manque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1935 et 1937 il fonde deux conférences de saint Vincent de Paul, puis s’occupe de l’ensemble des conférences de la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’entrée en politique d’un chrétien, «&nbsp;pour la paix, la justice et le développement&nbsp;».</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intellectuellement bien préparé, doté d’une grande intelligence et d’une capacité de travail étonnante, il puise à plusieurs sources&nbsp;: les Pères de l’Eglise, la Somme de saint Thomas d’Aquin, point d’ancrage capital pour lui, l’Ancien Testament et particulièrement Isaïe, l’Evangile, et aussi le Code de Justinien, des philosophes, des économistes et des sociologues. Son art est de savoir articuler entre elles ses références pour engager et conduire l’action de façon pertinente, en créant si nécessaire la structure pour la porter et la développer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1939 il fonde et dirige <em>Principi, </em>unerevue antifasciste, qui défend la valeur de la personne humaine et la liberté. La revue est interdite dés l’année suivante. A partir du 29 septembre 1943, date de la perquisition nazi-fasciste du Couvent San Marco, il doit vivre dans la clandestinité. Il met à profit cette période pour construire avec un groupe d’universitaires catholiques, dont Aldo Moro et Amintore Fanfani, des propositions chrétiennes pour la reconstruction de l’Etat après la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1946, élu Député à l’Assemblée constituante, il formule avec Aldo Moro et d’autres les principes fondamentaux de la Constitution de la République, affirmant les libertés civiles et religieuses, le droit au travail, la valeur de la personne humaine. Sa contribution à l’élaboration et l’approbation de l’Art.7, relatif aux rapports entre l’Etat et l’Eglise fut déterminante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;La tâche que le peuple italien nous a confiée est celle de construire sur la pierre… Et la pierre est justement cette nature humaine que révèle l’Evangile. C’est seulement sur cette pierre que nous pouvons édifier une cité humaine faite pour les hommes qui veulent vraiment se reconnaître frères. Dans cette œuvre, pas facile, que la bénédiction de Dieu et l’aide maternelle de Marie Immaculée nous confortent.&nbsp;». (</em>Giorgio La Pira. Architecture d’un état démocratique (1948)).</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1948, il est élu à la Chambre des Députés et nommé Sous-secrétaire d’Etat au Travail dans le ministère de De Gasperi Il se distingue dans le soutien aux ouvriers dans les graves revendications syndicales de l’Italie de l’après guerre. Il démissionne du Gouvernement au bout de deux ans, en raison de désaccords sur le programme économique et certaines réformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 15 avril 1950, alors que la crise sociale s’amplifie en Italie, il publie un numéro spécial de la revue <em>Chroniques sociales </em>intitulé <em>L’attente des pauvres gens.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Enseignant à l’université, acteur social, formateur de jeunes, rédacteur d’articles pour diverses revues, il est une personne connue à Florence. Les responsables locaux de la Démocratie chrétienne lui demandent d’être candidat aux élections municipales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 juillet 1951, Giorgio La Pira est élu Maire de Florence. A plusieurs reprises élu Député, il choisira toujours, en cas de cumul de mandats, celui de Maire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En sa qualité de Président du Conseil Supérieur de Toscane de la Conférence Saint Vincent il entreprend une correspondance avec tous les Monastères cloîtrés féminins, leur envoyant une aide économique, avec la collaboration du Ministère de l’Intérieur, pour subvenir à l’état de grande souffrance dû à la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le sauvetage de la Pignone, une entreprise de mécanique que ses dirigeants voulaient fermer, il montre que le rôle de Maire ne se limite pas à «&nbsp;<em>s’occuper des fanfares&nbsp;»</em>. Il soutient le juste mouvement des 2000 ouvriers en grève et négocie avec fermeté avec le Ministre de l’Intérieur, son ami Amintore Fanfani. La Pignone sera sauvée. Cette action fait évoluer les rapports entre l’entreprise et les pouvoirs publics jusque dans la théorie économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Il n’y a pas d’argent&nbsp;? quelle formule hypocrite et fausse, il n’y a pas d’argent pour les pauvres, voilà la formule complète et vraie&nbsp;! [&#8230;]Observer 2000 chômeurs effectifs et 2000 potentiels, en me consolant avec les exigences de la ’conjoncture économique’ et du ‘ne pas donner de prétexte aux communistes’? […] Il ne faut pas dire qu’il faut être prudent. Il y a un moment dans la vie où crier est le seul devoir, comme saint Jean au désert (Mat 3-3). De qui craindre&nbsp;? Quand l’humiliation et l’offense faites aux faibles atteignent le degré qu’elles ont atteint, il ne reste plus que l’indignation, ardente, généreuse, fière pour soutenir la personne humaine du faible, ainsi offensée et ainsi dépréciée. ‘C’est à moi que vous l’avez fait’.&nbsp;». (</em>Lettre La Pira, maire de Florence, à Amintore Fanfani, ministre de l’intérieur. 27 novembre 1953.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira avait une haute idée du rôle de la Cité. Son œuvre de Maire a été remarquable en matière de reconstruction, de construction d’infrastructures urbaines et sociales, d’éducation, d’action sociale et de culture. Il lui a fallu un grand courage politique pour affronter ses alliés les libéraux pour cette première élection. Ils contraient sa politique sociale et menaient contre lui des campagnes de presse parfois insultantes. A chaque élection cependant, les Florentins ont été plus nombreux à lui accorder leur confiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La paix du monde promue depuis Florence</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En quittant Rome, Giorgio La Pira n’a pas abandonné son projet d’une action politique d’envergure au service de la paix. Il la conduira à partir de Florence, ville du Concile de Florence de 1439, à l’issue duquel l’Orient et l’Occident, pour une courte durée il est vrai, avaient réussi à s’accorder. Ville d’une autre Florentin aussi&nbsp;: Savonarole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1948, il écrit à Fioretta Mazzei, avec qui il entretient une correspondance spirituelle&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Ce tissu aussi intense de choses dans lequel la Providence m’a désormais presque définitivement placé a dans son fond une essence de grâce et de paix&nbsp;; sa tâche est ainsi définie (me semble-t-il)&nbsp;: vivre au milieu de la mêlée, entre les deux parties qui se querellent pour porter aux uns et aux autres une parole qui pacifie et unit, faire des ponts, ne rien lâcher de son but pour faire prévaloir la solution de paix et de fraternité sur tout autre et laisser dans l’âme de chacun une douce espérance, une amitié de base…&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira s’appuie sur un réseau de relations établies avec le monde politique italien, des parlementaires, des chefs d’Etat, des membres de gouvernements, des diplomates et des intellectuels de nombreux pays. Des milliers de moniales prient pour ses initiatives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1952, en pleine «&nbsp;guerre froide&nbsp;» opposant le bloc de l’Est et celui de l’Ouest avec la menace de recours à l’arme atomique, il initie des Congrès sur la paix. De 1952 à 1956, il réunit des <em>Colloques pour la paix et la civilisation chrétienne </em>auxquels participent des pays des deux blocs, des pays arabes de la Méditerranée, Israël, puis des pays du Tiers Monde, et le Saint Siège.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1955, pour Noël et Pâques, il envoie des lettres aux garçons et filles des écoles élémentaires et moyennes, aux malades, aux religieuses, pour parler de la ”vocation” de leur Cité et pour expliquer les réalisations de l’Administration et ses choix politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La résonance à son discours de Genève au Congrès International de la Croix Rouge en 1954, le décide à convoquer à Florence une “Réunion des Maires des Capitales du Monde”. Il associe à part entière les «&nbsp;nouveaux pays&nbsp;» à cette initiative. En octobre 1955, pour la première fois, des Maires des grandes villes de 38 pays, dont Moscou, Varsovie, Belgrade, New York, Washington, mais aussi Téhéran, Karachi, Jérusalem, Pékin, New Delhi, Lima… y participent. Des Maires du monde occidental et du monde oriental se sont ainsi rencontrés, se sont parlés, et ont signé un pacte de paix. Parmi eux le Maire de Moscou, présent à la Messe célébrée par le Cardinal Dalla Costa dans la Basilique franciscaine de la Sainte Croix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant cette Administration, Giorgio La Pira promeut les jumelages entre des villes significatives, comme Reims et Fez, avec l’intention de créer un système de ponts comme instruments d’édification de l’unité des peuples.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1957, il se rend en pèlerinage en Israël, en Egypte et en Jordanie, puis entreprend une série de voyages au Maroc, en Tunisie, au Liban et en France. Les évènements qui se déroulent en Méditerranée (Maghreb et Moyen-Orient) le préoccupent. Le 17 septembre, fête des Stigmates de saint François, il accompagne au Mont Alverne le second fils de Maometto V, prince Moulay Abdallah, “pour rendre la visite que Saint François fit au Sultan d’Egypte” et en souvenir de la double tentative de François de rencontrer le Sultan du Maroc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès 1958 débute la série des <em>Colloques méditerranéens,</em> pour «&nbsp;<em>unir les peuples de la famille d’Abraham&nbsp;»</em>. Ils se situent sur une ligne liant la paix au développement. En marge du premier colloque ont eu lieu les premières discussions entre les représentants français et algériens, qui mèneront aux accords d’Evian (1962) sur l’indépendance de l’Algérie. Puis ces colloques se sont ouverts aux peuples sub-sahariens sur le thème «&nbsp;<em>Unité et égalité de la famille humaine</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1959, il fait un voyage en URSS à Moscou, à l’invitation de Kroutchev. Il s’est exprimé devant le Soviet suprême, plaidant pour une politique de détente et pour la liberté religieuse, source de paix. Malgré les remarques suscitées dans la Pravda sur son propos, ses échanges avec Kroutchev ont continué. La classe politique italienne, opposée à son orientation, a désapprouvé cette initiative qui n’entrait pas dans ses plans. Mais Mikhail Gorbatchev, dans la préface de l’édition de 1996 du <em>Sentier d’Isaïe </em>(un recueil de textes de La Pira) a mentionné l’impact positif en URSS de ce voyage peu commun de l’autre côté du rideau de fer. Avant de se rendre à Moscou, il est allé en pèlerinage à Fatima, pour demander la protection de la Vierge, et écrit aux Monastères féminins de clôture pour demander leur prière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Homme de paix reconnu, Giorgio La Pira a été invité à intervenir dans de nombreuses instances&nbsp;: Congrès international de la Croix Rouge à Genève en 1954, Journée internationale de Florence le 14 mai 1955, réunion des Tables Rondes Est-Ouest de Moscou, Florence, Belgrade, Paris, sessions de l’UNESCO et beaucoup d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’action internationale de Giorgio La Pira et l’Eglise</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira a toujours confessé sa foi avec une grande simplicité, non pour convaincre mais parce que c’était pour lui une réalité. Son propos a d’ailleurs été bien accueilli par ses interlocuteurs, croyants et incroyants, à cause de son désintéressement, de la cohérence de sa vie et de sa vision du monde qui n’était pas altérée par les préjugés et les petits calculs. Dans ses interventions publiques il citait les Ecritures et donnait à l’action politique une visée et un fondement chrétiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors qu’il engageait en quelque sorte implicitement l’Eglise catholique en liant son action personnelle à sa foi, il a toujours informé la hiérarchie de l’Eglise de ses projets. Sa correspondance suivie avec les Papes Pie XII, Jean XXIII et Paul VI en témoigne et a contribué au cheminement de l’Eglise sur plusieurs sujets tels que la place des laïcs ou celle du Tiers Monde. Il ressort de la lecture des lettres rendues publiques, que Giorgio La Pira exposait au Pape les objectifs et les modalités de ses projets, en lien avec les exigences évangéliques. S’il ne lui demandait pas l’autorisation d’agir dans le domaine de l’ordre temporel, c’est qu’il était conscient de sa vocation et de sa mission de laïc confirmées par l’Eglise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’occasion de ses voyages, il rendait visite aux autorités religieuses des pays visités. Par une lettre adressée à Jean XXIII en 1960, au retour d’un voyage en Egypte, nous apprenons comment il a été à l’origine de la future rencontre entre Paul VI et le patriarche Athénagoras.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;J’ai vu tous les patriarches (catholiques et séparés), tant au Caire (Coptes) qu’à Alexandrie (Grèce) qu’à Istanbul, la conclusion&nbsp;? La ’barque de Dieu’ est en plein mouvement, la proue est tournée vers un seul point&nbsp;: l’unité de l’Eglise… Vendredi soir, le patriarche Athénagoras m’a dit&nbsp;: nous avons besoin d’aller voir le Saint Père, nous Patriarches, le moment de voyager tous unis est venu…Et il m’a dit&nbsp;: faites le savoir au Saint Père. Nous désirons être reçus par lui…nous sommes à un tournant historique, nous ne pouvons pas être désunis&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lettre à Jean XXIII 1960 Fondation Giorgio La Pira.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vatican II</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Giorgio La Pira a accueilli avec beaucoup d’enthousiasme la convocation par le Pape Jean XXIII du Concile Vatican II et la poursuite des travaux par Paul VI.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Comment je le vois&nbsp;? Comment je me le représente&nbsp;? Avant tout, comme saint Jean dans l’Apocalypse…Et vers cette cité précieuse qui descend du ciel, de Dieu, et qui porte en elle la gloire de Dieu (Ap. 21-14), qui brille comme une pierre précieuse, comme une pierre de jaspe, tous les peuples et toutes les nations de la terre sont venus (Ap. 21-24,26) […] Cherchons à faire converger notre attention intérieure et notre prière fervente vers lui […] cherchons ainsi à préparer les chemins du Concile à l’Esprit Saint qui veut répandre sur l’Eglise et sur les peuples ces divins dons de grâce, d’unité, de paix, d’élévation pour introduire tous les peuples dans un printemps et un été historiques pour faire fleurir ainsi tous les peuples…&nbsp;». (</em>Lettre du 16 août 1962 aux moniales cloîtrées. Fondation Giorgio La Pira.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 28 septembre 1962, il ouvre un cycle de conférences théologiques de haut niveau en préparation au Concile, au <em>Palazzo Vecchio</em>, avec notamment les pères H. Feret, J. Danielou, Y. Congar, E. Balducci. Le 4 octobre, lors de la cérémonie de clôture à Santa Maria Novella, retransmise par la RAI (radio-télévision italienne) à une époque où les images étaient encore assez rares pour marquer les esprits, en présence de nombreux invités, le Président de la république du Sénégal, Léopold Sedar Senghor a adressé aux Pères conciliaires un message en faveur de la paix, de la fraternité et du dialogue, consacrant ainsi la place des «&nbsp;peuples nouveaux&nbsp;» dans le processus en cours dans l’Eglise et le lien entre paix et développement.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Spes contra spem</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les initiatives de Giorgio La Pira n’ont pas toujours rencontré l’approbation ni le succès. L’élaboration de démarches originales, la nécessité de convaincre, la préparation de toutes ces réunions internationales lui demandaient une somme de travail considérable et la réalisation de nombreux déplacements lointains dans des conditions souvent précaires. Ajoutées à celles de sa fonction quotidienne de Maire à laquelle il était entièrement dévoué, les fatigues qui en résultaient l’ont parfois terrassé, mais pour peu de temps. Son indéfectible espérance l’a porté à ne jamais renoncer à promouvoir la paix, don de Dieu, et à en rechercher inlassablement les chemins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa politique sociale à Florence a progressé au prix de conflits qui l’ont parfois laissé meurtri, mais il a toujours préféré le bien commun à son confort. Largement élu pour la quatrième fois Maire de Florence en tête des candidats aux élections municipales des 22 et 23 novembre 1964, il renonce définitivement en mars 1965 au mandat de Maire, du fait du climat politique et des conflits entre les courants de son parti. Ce fut douloureux pour lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette même année, après avoir organisé à Florence en avril un grand Symposium international sur la question du Viet-Nam et du Sud-Est asiatique, à l’automne il s’est rendu au Viet-Nam où il a rencontré le 11 novembre le Premier Ministre Pham Van Dong et le Président Ho Chi Minh. Il en est revenu avec une proposition de paix qu’il devait soumettre secrètement au Président de l’Assemblée Générale de l’ONU d’alors, Amintore Fanfani et au Président des Etats Unis. Ho Chi Minh acceptait de négocier sous réserve de l’arrêt des bombardements, sans exiger le retrait des troupes américaines. Pour des raisons qui sont encore mal connues, cette proposition a été divulguée dans un journal américain, entraînant le désaveu de La Pira par Ho Chi Minh. Cette affaire a jeté le discrédit sur Giorgio La Pira qui connut une période d’isolement, même si Fanfani l’a publiquement soutenu. Il a dû attendre 1973 pour être réhabilité sur ce dossier&nbsp;: à l’ouverture de la conférence de paix de Paris, il a été le seul occidental invité par le chef de la délégation nord-vietnamienne, et les discussions ont débuté sur les bases qu’il avait proposées 8 ans plus tôt. Mais entre temps, la guerre avait fait des milliers de victimes innocentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1967 il est élu Président de la Fédération Mondiale des Cités Unies (FMCU) avec son siège à Paris. Organisation reconnue par l’ONU. Avec pour slogan “Unir les cités pour unir les nations”. La Fédération est considérée par lui comme l’autre face institutionnelle et intégrative des Nations Unies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La “guerre des six jours” qui éclata en juin entre Israël et les Etats arabes voisins porta dramatiquement sur la scène mondiale le problème de la paix au Moyen-Orient et mis en évidence la croissance de l’autonomie et l’importance pour la politique internationale des mouvements palestiniens réunis autour de l’OLP.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre Noël 1967 et l&rsquo;Epiphanie 1968 il accomplit le même voyage-pèlerinage qu’il y a dix ans avec les mêmes buts&nbsp;: la paix et les Colloques. Il se rend, avec Giorgio Giovannoni, d’abord en Israël, puis en Egypte où il eut de longs entretiens avec le Ministre des Affaires Étrangères d’Israël Abba Eban, avec le Président égyptien Nasser et avec les Maires de Hebron, de Bethléem et les représentants palestiniens de Jérusalem Est dans la Cisjordanie occupée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1968 il participe à Tunis au Congrès mondial des jeunes de la FMCU et tient un discours sur la contestation, ajoutant «&nbsp;les jeunes sont comme les hirondelles, ils vont vers le printemps. » C’est l’année de mai 68. Il suit avec une attention spéciale les événements du Mouvement Etudiant. Il se rend à Paris plusieurs fois, pour parler aux jeunes réunis en assemblée à la Sorbonne, avec le metteur en scène Roberto Rossellini.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme Président de la FMCU, il est invité par le Maire de Prague à suivre les développements du «&nbsp;printemps tchécoslovaque&nbsp;». Parmi toutes les rencontres, celle qui eut une importance particulière fut avec le Ministre des Etrangers Hayeck.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’université de Florence le propose comme premier candidat au Prix Nobel de la Paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1969-1970&nbsp;: durant ces années, Giorgio La Pira rend les villes adhérentes à la FMCU protagonistes du processus de détente est-ouest ouvert avec l&rsquo;Ostpolitik de Willy Brandt; à Helsinki, à Stockholm, à Berlin Est, à Budapest, à Vienne, au Postdam il pose le problème de la reconnaissance de droit de la République Démocratique allemande et celle du désarmement nucléaire en Europe pour aider la détente, la paix et l&rsquo;unité du continent européen en encourageant à tous les niveaux des villes et des Nations l&rsquo;ouverture des travaux d&rsquo;une Conférence pan-européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs fois à Paris, de nouveau à Stockholm, Helsinki, Moscou, où il a répété les contacts avec la délégation vietnamienne pour accélérer l&rsquo;ouverture de la Conférence de Paris pour la paix au Vietnam. À Jérusalem, Tel-Aviv, Bethléem, Hébron il expose publiquement la « thèse triangulaire » (Israël, Palestine, État arabes) sur laquelle puisse être édifiée la vraie négociation pour la paix au Moyen-Orient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Congrès de la FMCU se tient à Leningrad, et le système des ponts qui uni les villes prend de plus en plus consistance. Giorgio La Pira propose une nouvelle structure de jumelages&nbsp;: les jumelages coopératifs entre villes de l&rsquo;Ouest, de l&rsquo;Est, du Sud.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1968 une grave crise touche l&rsquo;Eglise de Florence avec le cas de Don Mazzi et l’Isolotto. Au moment le plus délicat de cette crise, le 3 septembre 1969, Giorgio La Pira prend position nette en se rangeant du côté de l&rsquo;Évêque, le Cardinal Florit. <em>Ubi Petrus et episcopus ibi « Ecclesia »&nbsp;:</em> par cette définition caractéristique, énoncée publiquement par Giorgio La Pira, la question de l’Isolotto prend une dimension différente. Comme toujours, dans ses choix, La Pira privilégie la fidélité et l&rsquo;unité de l&rsquo;Église aux sentiments personnels, même si cela comporte des souffrances. La valeur de l&rsquo;attitude de La Pira dans le cas de l’Isolotto, qui lui valut des critiques de la part de quelques amis, fut mise en relief dans la déclaration du Cardinal Florit à l&rsquo;occasion de la mort de La Pira: « &#8230; <em>Le choix impopulaire fait par un tel homme il y a neuf ans, quand l&rsquo;Eglise de Florence et son évêque eurent à souffrir des moments douloureux, n’étonne pas. Il me fut alors proche comme un frère et cela me fut une aide pour accomplir un pénible et fatigant devoi</em>r ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1970, la clinique du Professeur Palumbo via Venezia dû fermer, et Giorgio La Pira s&rsquo;établit près de l&rsquo;Oeuvre pour la Jeunesse, fondée par Pino Arpioni, son collaborateur dans l&rsquo;administration communale qui avait dédié sa vie à l&rsquo;éducation chrétienne des jeunes. La proximité avec les jeunes rendit plus heureuse et encore plus engagée la vie de Giorgio La Pira dans ses dernières années de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1971-1973. Les « conférences de convergence » pour lesquelles il avait tant œuvré durant ces dernières six années, se réalisaient: en juillet 1973 s&rsquo;ouvrait à Helsinki la Conférence pour la Sûreté et la Coopération en Europe, CSCE&nbsp;; à Paris s&rsquo;ouvrait la Conférence sur la fin de la guerre et le maintien de la paix au Vietnam »; à Genève se déroulait dans le cercle de l’ONU une conférence pour le cesser le feu au Moyen-Orient après la quatrième guerre Arabo-israélienne (1973).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Infatigable fut encore l&rsquo;activité de La Pira pour la réalisation de ces objectifs, et nombreux furent ses voyages: à Moscou, Varsovie, Bonn, Berlin, Budapest, Sofia pour l&rsquo;Europe; au Caire, à Jérusalem, à Beyrouth pour le Moyen Orient; à New York et au Québec (Canada) pour le Vietnam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il se rend au Chili aussi dans la tentative de conjurer le coup d&rsquo;État contre l&rsquo;expérience de démocratie socialiste du Président Salvador Allende.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Houston, il participe à un séminaire promu par la Fondation de Menyll entre des personnalités qualifiées de la culture et de la science, entre les premiers prix Nobels convoqués pour discuter pendant trois jours sur le thème «&nbsp;Projets pour le futur&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Zagorsk, en URSS, La Pira rencontre le Patriarche de l&rsquo;Église Orthodoxe Russe Pimen et le Chef de Département des Affaires Étrangères Nikodim. Le sujet de l&rsquo;entretien fut l&rsquo;unité des Églises chrétiennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En décembre 1973 il est à Dakar où s’achève son mandat de Présidence de la FMCU. Il est confirmé Président pour la troisième fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1974-1975&nbsp;: il est invité à Paris à la cérémonie pour la conclusion des accords pour la paix au Vietnam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant qu&rsquo;il suit de Paris et de Florence les multiples événements des « Conférences de la convergence », il se consacre avec un particulier engagement à la situation politique italienne en participant activement à la campagne pour le référendum sur le divorce et en suivant avec une préoccupation croissante les agitations déstabilisantes des complots noirs et les premiers avertissements terroristes des Brigades Rouges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la conclusion de la Conférence de Helsinki, en août1975, il est invité en octobre par l&rsquo;UNESCO à un Congrès qui définit la nouvelle carte de navigation des peuples européens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1976, il s&rsquo;engage fortement dans la bataille contre l&rsquo;avortement en affrontant non seulement le problème du point de vue religieux mais aussi civil. Le 19 mars 1976 « L&rsquo;observateur Romain » publie en première page son article, de grande tenue culturelle et religieuse, sous le titre&nbsp;: « Face à l&rsquo;avortement. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">La situation politique italienne est grave, Contestations, scandales, terrorisme mettent en danger les institutions démocratiques elles-mêmes. Le Secrétaire National de la Démocratie Chrétienne, Benigno Zaccagnini demande de nouveau, par un pressant appel à La Pira d’être chef de liste à Florence pour les élections politiques. Malgré les problèmes de santé, Giorgio La Pira accepte de continuer la politique du désarmement, de l’unité et de la paix et pour affirmer la primauté des valeurs humaines et chrétiennes dans une société de plus en plus violente et matérialiste. Il est élu à la Chambre des Députés avec une forte majorité de 30.000 voix, et aussi au Sénat dans le collège de Montevarchi. Il opte pour la Chambre des Députés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le samedi 5 novembre 1977, Giorgio La Pira meurt à Florence dans la Clinique des Soeurs Anglaises via Cherubini. Peu de temps auparavant, il avait reçu une lettre autographe du Pape Paul VI. Ce fut pour lui sa dernière grande joie. Le sceau final de l&rsquo;Église qu’il a si profondément et filialement aimée. Le Cardinal Giovanni Benelli, Archevêque de Florence, sera le premier à bénir son corps quelques minutes après sa mort. Tard dans la nuit, une Messe est célébrée dans sa chambre par Don Giuseppe Dossetti, en présence des familiers et des amis les plus proches.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, apprenant sa mort, les Florentins rendent un immense hommage au<em> saint Maire</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, jusqu’à la fin de sa vie, tant que la santé lui en a laissé la possibilité, il a œuvré pour la paix, participant aux rencontres internationales et instruisant de ces sujets les jeunes du foyer où il résidait à Florence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La phase diocésaine de son procès en béatification ouvert le 9 janvier 1986, s’est achevée le 4 avril 2005.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son cercueil a été transféré dans la basilique du couvent San Marco.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quel fut le secret de sa vie et la motivation de son action&nbsp;? Laissons la parole à Giorgio La Pira lui-même&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;L’oraison est l’unique racine de l’action apostolique, et quand je dis oraison, j’entends comme les saints l’ont entendu, cet état d’union ininterrompu avec Dieu que le Seigneur nous indique quand il dit&nbsp;: il convient de toujours prier et non pas dire [cf. Matthieu 6- 7…]. De même qu’aimer Dieu est un devoir auquel nous ne pouvons nous soustraire…ainsi aimer nos frères n’est pas un devoir qui peut rester inaccompli…&nbsp;». (</em>Article de Giorgio La Pira dans Vita cristiana (1938)).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Voici ma vie&nbsp;: une vie d’union pacifique avec le Christ, d’apostolat, de paix intérieure, d’apostolat extérieur d’envergure limitée, dans les limites de la paix, de la douceur, de la suavité intime de l’âme&nbsp;! Une vie toute centrée sur l’Eucharistie, pleine d’Esprit Saint, résumée dans une seule parole&nbsp;: repos en Dieu.&nbsp;» (</em>Lettre du 27 mai 1947).</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Le petit cercueil de La Pira fut porté à bras d’hommes par le peuple florentin, comme ce fut le cas pour Don Giulio Facibeni et le Cardinal Elie Dalla Costa. Les petits et les grands, sans se l’expliquer, ont uni ensemble les trois personnages: un prêtre, un cardinal, un maire, tous trois complètement dépossédés de soi, et des choses du monde, tous trois autorisés à s’approprier le todo et le nada, le tout et le rien de Saint Jean de la Croix: ‘Pour posséder tout, ne posséder rien de rien. Pour être tout, n’être rien de rien…’.” (Monseigneur Loris F. Capovilla)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="http://www.lapira.org/index2.php?file=onenews&amp;form_id_notizia=20">http://www.lapira.org/index2.php?file=onenews&amp;form_id_notizia=20</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie en langue française</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211;&nbsp;<em>Espérer contre toute espérance, Giorgio La Pira. </em>Par <em>Elisabeth de Miribel Ed. Desclée de Brouwer (1992).</em>En bibliothèque (ouvrage épuisé).</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Revue <em>La Vie spirituelle </em>Juillet 2006&nbsp;: <em>Giorgio La Pira, l’espérance au service de la politique</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2004, année du centenaire de sa naissance </strong>(<a href="http://www.zenit.org/">ZENIT.org</a>) 6 novembre 2003</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Nous voyons en Giorgio La Pira un modèle lumineux de sainteté laïque »: ce sont les paroles par lesquelles l’archevêque de Florence, le cardinal Ennio Antonelli, a évoqué le «Saint Maire», au cours de la Messe pour le 26° anniversaire de sa mort. Le cardinal a rappelé qu’en 1932 déjà La Pira avait affirmé: « La sainteté moderne de notre siècle aura cette caractéristique : ce sera une sainteté de laïcs. Nous croisons dans les rues ceux qui, d’ici cinquante ans, seront peut-être sur les autels : dans les rues, dans les usines, au Parlement, dans les salles des Universités ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Giorgio La Pira a centré toute sa vie sur le Christ et sur Dieu. Et pour cette raison il est saint. Ainsi, à partir du Christ et de Dieu, il a aimé passionnément le monde et les réalités terrestres. Et pour cela, il est un saint laïc », a poursuivi le cardinal Antonelli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS A LA FONDATION </strong><em><strong>GIORGIO LA PIRA</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vendredi 23 novembre 2018</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chers frères et sœurs,</p>



<p class="wp-block-paragraph">(…) A une époque où la complexité de la vie politique italienne et internationale a besoin de fidèles laïcs et d’hommes d’Etat d’une grande valeur humaine et chrétienne pour le service du bien commun, il est important de redécouvrir Giorgio La Pira, figure exemplaire pour l’Eglise et pour le monde contemporain. Il fut un témoin enthousiaste de l’Evangile et un prophète des temps modernes; ses attitudes s’inspiraient toujours d’une optique chrétienne, tandis que son action était souvent en avance sur son temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son activité d’enseignant universitaire, surtout à Rome mais aussi à Sienne et à Pise, fut variée et multiforme. A côté de celle-ci, il donna vie à diverses œuvres caritatives, comme la «Messe du Pauvre» à Saint Procule et la Conférence de Saint Vincent «Bienheureux Angelico». A partir de 1936, il demeura dans le couvent Saint-Marc, où il se consacra à l’étude de la patristique, dirigeant également la publication de la revue&nbsp;Principi,&nbsp;où ne manquaient pas les critiques du fascisme. Recherché par la police de ce régime, il se réfugia au Vatican, où il séjourna pendant un temps dans l’appartement du substitut Mgr Montini, qui avait pour lui une grande estime. En 1946, il fut élu à l’Assemblée constituante, où il apporta sa contribution à la rédaction de la Constitution de la République italienne. Mais sa mission au service du bien commun trouva son apogée pendant la période où il fut maire de Florence, dans les années cinquante. Giorgio La Pira choisit une ligne politique ouverte aux exigences du catholicisme social et toujours rangée du côté des derniers et des couches les plus fragiles de la population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’engagea aussi dans un grand programme de promotion de la paix sociale et internationale, avec l’organisation de congrès internationaux «pour la paix et la civilisation chrétienne» et avec de vibrants appels contre la guerre nucléaire. Pour la même raison, il effectua un voyage historique à Moscou en août 1959. Son engagement politique et diplomatique devint de plus en plus incisif: en 1965, il convoqua à Florence un symposium pour la paix au Vietnam, se rendant ensuite personnellement à Hanoï, où il put rencontrer Ho Chi Min et Phan Van Dong.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chers amis, je vous encourage à garder vivant et à diffuser le patrimoine d’action ecclésiale et sociale du vénérable Giorgio La Pira; en particulier son témoignage intégral de foi, l’amour pour les pauvres et pour les personnes marginalisées, le travail pour la paix, la mise en œuvre du message social de l’Eglise et la grande fidélité aux indications catholiques. Autant d’éléments qui constituent un message valide pour l’Eglise et la société d’aujourd’hui, confirmé par l’exemplarité de ses gestes et de ses paroles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son exemple est précieux, en particulier pour ceux qui œuvrent dans le secteur public, qui sont appelés à être vigilants à l’égard des situations négatives que saint Jean-Paul ii a définies comme «structures de péché» (cf. Lett. enc.&nbsp;<a href="http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_30121987_sollicitudo-rei-socialis.html">Sollicitudo rei socialis</a>, n. 36). Celles-ci sont la somme des facteurs qui agissent dans le sens contraire de la réalisation du bien commun et du respect de la dignité de la personne. On cède à ces tentations quand, par exemple, on recherche exclusivement son profit personnel ou celui d’un groupe plutôt que l’intérêt de tous; quand le clientélisme l’emporte sur la justice; quand l’attachement excessif au pouvoir empêche de fait le renouvellement générationnel et l’accès à de nouvelles recrues. Comme le disait Giorgio La Pira: «La politique est un engagement d’humanité et de sainteté». C’est donc une voie exigeante de service et de responsabilité pour les fidèles laïcs, appelés à animer de façon chrétienne les réalités temporelles, comme l’enseigne le Concile Vatican II (cf. Décr. Sur l’apostolat des laïcs&nbsp;<a href="http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19651118_apostolicam-actuositatem_fr.html">Apostolicam actuositatem</a>, n. 4).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Frères et sœurs, l’héritage de Giorgio La Pira, que vous préservez dans vos différentes expériences associatives, constitue pour vous comme une «poignée» de talents que le Seigneur vous demande de faire fructifier. Je vous exhorte donc à valoriser les vertus humaines et chrétiennes qui font partie du patrimoine immatériel et aussi spirituel du vénérable Giorgio La Pira. Ainsi, vous pourrez, dans les territoires où vous vivez, être des acteurs de paix, des artisans de justice, des témoins de solidarité et de charité; être un ferment de valeurs évangéliques dans la société, surtout dans le monde de la culture et de la politique; vous pourrez renouveler l’enthousiasme de se dépenser pour les autres, en leur donnant la joie et l’espérance. Dans son discours, votre président a prononcé deux fois le mot «printemps»: aujourd’hui, il faut un «printemps». Aujourd’hui, il faut des prophètes d’espérance, des prophètes de sainteté, qui n’aient pas peur de se salir les mains pour travailler et aller de l’avant. Aujourd’hui, il faut des «hirondelles»: c’est vous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec ces vœux que je confie à l’intercession de la Vierge Marie, je vous bénis tous de tout cœur, ainsi que vos proches et vos initiatives. Et je vous demande, s’il vous plaît, de vous souvenir de prier pour moi. Merci!</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 9 janvier 1896, jour d’anniversaire de la naissance de Giorgio La Pira, le Cardinal Silvano Piovanelli, archevêque de Florence, a ouvert la phase diocésaine de son procès en béatification.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 juillet 2018, le Pape François a autorisé la Congrégation pour la Cause des Saints à publier le décret concernant le reconnaissance des vertus héroïques de Giorgio La Pira.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela ouvre la voie à la béatification de l’homme politique italien.</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/venerable-giorgio-la-pira/">Vénérable Giorgio La Pira</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d’Ars</title>
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		<dc:creator><![CDATA[francois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:40:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>patron de tous les curés du monde 1786-1859 prêtre franciscain séculier Jean-Marie Vianney Au soir du 19 février 1818, après avoir parcouru à pied les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>patron de tous les curés du monde</strong></p>





<p class="wp-block-paragraph"><strong>1786-1859</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>prêtre franciscain séculier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Marie Vianney</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au soir du 19 février 1818, après avoir parcouru à pied les trente kilomètres qui séparent Écully du village d&rsquo;Ars (près de Lyon), Jean-Marie Vianney, jeune prêtre, demande le chemin de sa nouvelle paroisse à un petit berger. Celui-ci remet sur la voie cet inconnu, et entend comme remerciement: «Mon petit ami, tu m&rsquo;as montré le chemin d&rsquo;Ars; je te montrerai le chemin du Ciel».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>UN PETIT BERGER SOUS LA TERREUR</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">1793. La Terreur. À Lyon, sur la place des Terreaux, la guillotine ne chôme pas. Les églises sont closes. Sur les chemins, il n&rsquo;y a plus que le socle des calvaires: des hommes venus de Lyon ont abattu les croix. Seul, chez les vrais fidèles, le sanctuaire des cœurs demeure inviolé. Jean-Marie Vianney, né en 1786, passe ses jeunes années dans ce climat de révolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il garde avec beaucoup de précautions une statuette de la Sainte Vierge, l&#8217;emportant même aux champs, dans une poche de sa blouse. Il la place dans le tronc d&rsquo;un vieil arbre, l&rsquo;entoure de mousses, de branchages et de fleurs, puis, les genoux dans l&rsquo;herbe, égrène son chapelet. Les bords du ruisseau ont remplacé l&rsquo;église désaffectée où personne ne prie plus. D&rsquo;autres bergers gardent leurs troupeaux aux alentours. Cette compagnie n&rsquo;est pas toujours sage; mais Jean-Marie ne peut l&#8217;empêcher de venir à lui. Et voilà que, sans y penser, il devient apôtre. Catéchiste de ses camarades, il redit ce qu&rsquo;il a entendu lui-même dans le silence des nuits, et enseigne les prières qu&rsquo;il a apprises de sa mère. Une vocation sacerdotale vient d&rsquo;éclore: au profond de son âme se fait entendre ce <em>suis-moi</em> (Mt 8, 22) qui, sur la rive du lac de Galilée, attira Pierre, André, Jacques et Jean à la suite de Jésus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À 19 ans, il commence ses études de séminariste. Hélas! la grammaire latine lui paraît rébarbative. Le jeune homme a la répartie vive et fine; on aime l&rsquo;entendre parler, mais les études sont difficiles; dès qu&rsquo;il tient une plume entre les doigts, il devient lent, embarrassé. Au grand séminaire de Lyon, ses efforts semblent stériles. L&rsquo;épreuve est grande quand, au bout de cinq ou six mois, les directeurs, croyant qu&rsquo;il ne peut réussir, le prient de se retirer. Beaucoup de ses condisciples sont très affligés de le voir quitter le séminaire. Profondément peiné lui-même, il se confie à la Providence. Après une longue et studieuse attente, son directeur spirituel le présente à l&rsquo;un des vicaires généraux, M. Courbon, qui gouverne l&rsquo;archidiocèse de Lyon:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L&rsquo;abbé Vianney est-il pieux? demande celui-ci. A-t-il de la dévotion envers la Sainte Vierge? Sait-il dire son chapelet? &#8211; Oui, c&rsquo;est un modèle de piété. &#8211; Un modèle de piété! Eh bien, je l&rsquo;appelle. La grâce de Dieu fera le reste&#8230; L&rsquo;Église n&rsquo;a pas besoin seulement de prêtres savants, mais encore et surtout de prêtres pieux».</p>



<p class="wp-block-paragraph">M. Courbon est bien inspiré. Par la grâce de Dieu et un travail assidu, l&rsquo;abbé Vianney accomplit de réels progrès dans ses études. Lors de l&rsquo;examen canonique en vue du sacerdoce, l&rsquo;examinateur l&rsquo;interroge pendant plus d&rsquo;une heure sur les points les plus difficiles de la théologie morale. Ses réponses nettes et précises donnent entière satisfaction. Toute sa vie, le saint Curé attachera une grande importance à la connaissance de la saine doctrine. Il préparera avec soin ses sermons. Pour entretenir ses connaissances, il se remettra à l&rsquo;étude les soirs d&rsquo;hiver.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;OBSESSION DU SALUT DES ÂMES</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;accès au sacerdoce est désormais ouvert à l&rsquo;abbé Vianney qui reçoit la prêtrise le 13 août 1815. <em>Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que par Lui le monde soit sauvé</em> (Jn 3, 17). La mission des prêtres est précisément de rendre cette œuvre de salut présente et efficiente partout dans le monde. C&rsquo;est pourquoi le Curé d&rsquo;Ars pourra dire: «Sans le prêtre, la mort et la Passion de Notre-Seigneur ne serviraient à rien. C&rsquo;est le prêtre qui continue l&rsquo;œuvre de la Rédemption sur la terre».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;image du Bon Pasteur, il va passer sa vie à rechercher les brebis perdues pour les ramener à la bergerie. «Si un pasteur reste muet en voyant Dieu outragé et les âmes s&rsquo;égarer, dira-t-il un jour, malheur à lui!» Il a un attrait particulier pour la conversion des pécheurs. Ses gémissements sur la perte des âmes fendent le coeur: «Encore si le Bon Dieu n&rsquo;était pas si bon, mais Il est si bon!&#8230; Sauvez votre pauvre âme!&nbsp; Que c&rsquo;est dommage de perdre une âme qui a tant coûté à Notre-Seigneur! Quel mal vous a-t-il donc fait pour le traiter de la sorte?» Il fait un jour une instruction mémorable sur le jugement dernier, répétant à plusieurs reprises au sujet des damnés : «Maudit de Dieu!&nbsp; Maudit de Dieu!&nbsp; Quel malheur, quel malheur!» Ce ne sont plus des paroles mais des sanglots qui arrachent des larmes à tous ceux qui sont présents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autant qu&rsquo;il le peut, il se rend disponible pour offrir aux âmes repenties le pardon de Dieu. Il a, en effet, une grande horreur du mal: «Par le péché, nous chassons le Bon Dieu de nos âmes, nous méprisons le Bon Dieu, nous Le crucifions, nous défions sa justice, nous contristons son cœur paternel, nous Lui ravissons des adorations, des hommages qui ne sont dus qu&rsquo;à Lui&#8230; Le péché jette dans notre esprit des ténèbres affreuses qui bouchent les yeux de l&rsquo;âme, il obscurcit la foi comme les brouillards épais obscurcissent le soleil à nos yeux&#8230; Il nous empêche d&rsquo;aller au ciel. Oh! que le péché est un grand mal!» C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il emploie un temps considérable à administrer le sacrement de Pénitence, moyen ordinaire pour retrouver l&rsquo;état de grâce et l&rsquo;amitié du Seigneur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>UN CONFESSIONNAL ASSIÉGÉ</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le grand miracle du Curé d&rsquo;Ars, a-t-on pu dire, c&rsquo;est son confessionnal assiégé nuit et jour». Le saint vit dans cet étroit réduit les trois quarts de son existence: de novembre à mars, il n&rsquo;y passe pas moins de 11 à 12 heures chaque jour, et pendant la belle saison, de 16 à 18 heures. L&rsquo;hiver, quand ses doigts craquelés d&rsquo;engelures sont trop engourdis, il enflamme vaille que vaille un bout de journal pour les réchauffer. Quant à ses pieds, de son propre aveu, «de la Toussaint à Pâques, je ne les sens pas!» Cela est si vrai qu&rsquo;il lui arrive, le soir, en retirant ses bas, d&rsquo;enlever en même temps la peau de ses talons. Mais que lui importent ses souffrances, pour sauver des âmes, il est prêt à tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Pour bien effacer ses péchés, il faut bien se confesser!» a-t-il l&rsquo;habitude de dire. « Bien se confesser »: cela signifie d&rsquo;abord qu&rsquo;il faut se préparer par un examen de conscience sérieux. Le Pape Jean-Paul II a rappelé que «la confession doit être complète en ce sens qu&rsquo;elle doit énoncer tous les péchés mortels&#8230; Aujourd&rsquo;hui, de nombreux fidèles s&rsquo;approchant du sacrement de la Pénitence ne s&rsquo;accusent pas entièrement des péchés mortels, et, parfois, ils s&rsquo;opposent au prêtre confesseur, qui, conformément à son devoir, les interroge pour parvenir à une description exhaustive et nécessaire des péchés, comme s&rsquo;il se permettait une intrusion injustifiée dans le sanctuaire de la conscience. Je souhaite et prie pour que ces fidèles peu éclairés soient convaincus que la règle selon laquelle on exige l&rsquo;énumération spécifique et exhaustive des péchés, dans la mesure où la mémoire interrogée de façon honnête permet de s&rsquo;en souvenir, n&rsquo;est pas un poids qui leur est imposé arbitrairement, mais un moyen de libération et de sérénité» (Allocution aux étudiants en théologie morale, le 22 mars 1996).</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le péché lie l&rsquo;homme avec ses liens honteux», enseigne le saint Curé. Selon le mot de Notre-Seigneur: <em>Celui qui commet le péché est esclave du péché</em> (Jn 8, 34). En effet, le péché crée un entraînement au péché; il engendre le vice et obscurcit la conscience (cf. Catéchisme de l&rsquo;Église Catholique, 1865). L&rsquo;absolution sacramentelle, reçue avec les dispositions requises, rend à l&rsquo;âme la vraie liberté intérieure et lui donne des forces pour vaincre les mauvaises habitudes. «C&rsquo;est beau de penser que nous avons un sacrement qui guérit les plaies de notre âme!» s&rsquo;exclame saint Jean-Marie Vianney. «Dans le sacrement de Pénitence, dit-il encore, Dieu nous montre et nous fait part de sa miséricorde jusqu&rsquo;à l&rsquo;infini&#8230; Vous avez vu ma chandelle: cette nuit, ce matin elle a fini de brûler. Où est-elle? Elle n&rsquo;existe plus, elle est anéantie: de même les péchés dont on a reçu l&rsquo;absolution n&rsquo;existent plus: ils sont anéantis».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable « résurrection spirituelle », une restitution de l&rsquo;amitié divine. Un des fruits secondaires en est la joie de l&rsquo;âme, la paix de la conscience. Ils sont nombreux, les pénitents d&rsquo;Ars, à l&rsquo;avoir expérimenté. L&rsquo;un d&rsquo;eux, vieillard incrédule qui ne s&rsquo;était pas confessé depuis plus de trente ans, avoua après l&rsquo;aveu de ses fautes avoir ressenti «un bien-être indéfinissable».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La bonté du saint envers les pécheurs ne tourne pas en faiblesse. Avant de donner l&rsquo;absolution, il exige des indices suffisants de conversion. Deux choses sont absolument nécessaires: tout d&rsquo;abord la contrition, c&rsquo;est-à-dire «la douleur d&rsquo;avoir péché, fondée sur des motifs surnaturels, car le péché viole la charité envers Dieu, Bien suprême, il a causé les souffrances du Rédempteur et il nous occasionne la perte des Biens éternels» (Jean-Paul II, <em>ibid.</em>). Le saint Curé reprend un jour un pénitent mal disposé, en ces termes: «Votre repentir ne vient pas de Dieu, ni de la douleur de vos péchés, mais seulement de la crainte de l&rsquo;enfer». Le ferme propos de ne plus pécher est tout autant nécessaire. «Il est en outre évident que l&rsquo;accusation des péchés doit comprendre l&rsquo;intention sérieuse de ne plus en commettre à l&rsquo;avenir. Si cette disposition de l&rsquo;âme venait à manquer, il n&rsquo;y aurait pas en réalité de repentir» (JP II, <em>ibid.</em>). L&rsquo;intention de ne plus pécher implique la volonté de mettre en œuvre les moyens appropriés et, si nécessaire, le renoncement à certains comportements. À cet égard, le Curé d&rsquo;Ars manifeste une fermeté qui lui vaut des critiques, par exemple lorsqu&rsquo;il exige de ses pénitents l&rsquo;abandon de la danse et des tenues vestimentaires indécentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>CONFIANCE EN LA GRÂCE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«L&rsquo;intention de ne pas pécher doit se fonder sur la grâce divine que le Seigneur ne refuse jamais à celui qui fait ce qui est en son pouvoir pour agir honnêtement. Nous attendons de la Bonté divine, en raison de ses promesses et des mérites de Jésus-Christ, la vie éternelle et les grâces nécessaires pour l&rsquo;obtenir» (Jean-Paul II, <em>ibid.</em>). Le saint Curé encourage ses pénitents à puiser aux sources de la grâce: «Il y a deux choses pour s&rsquo;unir avec Notre-Seigneur et pour faire son salut: la prière et les sacrements». Avec la grâce tout devient possible et même facile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est à la communion eucharistique que saint Jean-Marie Vianney veut surtout conduire ses fidèles. Communier, c&rsquo;est recevoir le Christ lui-même et augmenter notre union avec Lui. Cela suppose l&rsquo;état de grâce: «Celui qui veut recevoir le Christ dans la communion eucharistique doit se trouver en état de grâce. Si quelqu&rsquo;un a conscience d&rsquo;avoir péché mortellement, il ne doit pas accéder à l&rsquo;Eucharistie sans avoir reçu préalablement l&rsquo;absolution dans le sacrement de Pénitence» (CEC, 1415). Aux âmes bien disposées et désireuses de progresser, le Curé d&rsquo;Ars, contrairement à la coutume de son époque, conseille de communier fréquemment: «La nourriture de l&rsquo;âme, c&rsquo;est le corps et le sang d&rsquo;un Dieu! ô la belle nourriture! l&rsquo;âme ne peut se nourrir que de Dieu! il n&rsquo;y a que Dieu qui puisse la remplir! il n&rsquo;y a que Dieu qui puisse rassasier sa faim! il lui faut absolument son Dieu! allez donc à la communion, allez à Jésus avec amour et confiance!»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui-même a fait de l&rsquo;Eucharistie le centre de sa vie. On sait la place que tient la Messe dans chacune de ses journées, avec quel soin il s&rsquo;y prépare et la célèbre. Il encourage aussi beaucoup les visites au Saint-Sacrement, et aime à raconter l&rsquo;anecdote suivante: «Il y avait ici, dans la paroisse, un homme qui est mort voilà quelques années. Entré le matin dans l&rsquo;église pour faire sa prière avant d&rsquo;aller dans les champs, il laissa sa pioche à la porte et s&rsquo;oublia là devant Dieu. Un voisin, qui travaillait vers le même endroit et qui avait l&rsquo;habitude de l&rsquo;apercevoir, fut étonné de son absence. S&rsquo;en retournant, il s&rsquo;imagina de pénétrer dans l&rsquo;église, pensant qu&rsquo;il y serait peut-être. Il l&rsquo;y trouva en effet. « Que fais-tu là si longtemps? » lui demanda-t-il. L&rsquo;autre lui répondit: « J&rsquo;avise le bon Dieu, et le bon Dieu m&rsquo;avise »».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>MA PLUS VIEILLE AFFECTION</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps qu&rsquo;à l&rsquo;Eucharistie, le saint Curé conduit les âmes à la Sainte Vierge, la Mère de miséricorde et le Refuge des pécheurs. Il reste de nombreuses heures en prière au pied de son autel. Dans ses catéchismes, ses prédications, ses entretiens, il en parle de l&rsquo;abondance du cœur: «La Très Sainte Vierge se tient entre son Fils et nous. Plus nous sommes pécheurs et plus elle a de tendresse et de compassion pour nous. L&rsquo;enfant qui a coûté le plus de larmes à sa mère est le plus cher à son cœur. Une mère ne court-elle pas toujours au plus faible et au plus exposé? Un médecin, dans un hôpital, n&rsquo;a-t-il pas plus d&rsquo;attention pour les plus malades?» Il confie, un jour, à Catherine Lassagne, une de ses filles spirituelles, franciscaine séculière: «Je l&rsquo;ai aimée [la Vierge] avant même de la connaître; c&rsquo;est ma plus vieille affection!» La Très Sainte Vierge est la lumière de ses jours sombres. Le 8 décembre 1854, le Pape Pie IX définit le dogme de l&rsquo;Immaculée Conception. Malgré sa fatigue, le Curé d&rsquo;Ars tient à chanter lui même la grand-messe. L&rsquo;après-midi, à l&rsquo;issue des Vêpres, toute la paroisse se rend en procession à l&rsquo;école des Frères où il bénit une statue de l&rsquo;Immaculée installée dans le jardin et dont il est le donataire. Le soir, dans le village, on illumine le clocher, les murs de l&rsquo;église, les façades des maisons. Cette fête est vraiment l&rsquo;un des plus beaux jours de sa vie. Presque septuagénaire, il paraît rajeuni de vingt ans. Jamais enfant ne fut plus heureux de voir triompher sa mère: «Quel bonheur, quel bonheur! J&rsquo;ai toujours pensé qu&rsquo;il manquait ce rayon à l&rsquo;éclat des vérités catholiques. C&rsquo;est une lacune qui ne pouvait pas demeurer dans la religion».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« JE ME REPOSERAI EN PARADIS »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son amour pour les âmes, saint Jean-Marie Vianney n&rsquo;oublie pas les pauvres. Il fonde un foyer pour les jeunes filles abandonnées, qu&rsquo;il appelle: « la Providence ». Cet établissement reçoit cinquante ou soixante jeunes filles, de douze à dix-huit ans. Venues de toutes les régions et reçues sans argent, elles passent là un temps indéterminé, puis sont placées dans les fermes du pays. Pendant leur séjour, elles apprennent à connaître, à aimer, à servir Dieu. Elles forment une famille, dans laquelle les aînées donnent exemple, conseil et enseignement aux plus jeunes. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une institution ordinaire, mais plutôt d&rsquo;une émanation de la sainteté du fondateur. Ressources, vie, esprit et gouvernement viennent de lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les âmes ne se sauvent pas sans beaucoup de souffrances. Des contradictions, des croix, des luttes, des embûches, viennent de toutes parts au saint Curé, tant du côté des hommes que du côté du « Grappin » (sobriquet par lequel il désigne habituellement le démon). Sa vie est un combat contre les forces du mal. Pour le soutenir il n&rsquo;a de ressource que sa patience, ses prières et son jeûne qui dépasse parfois les limites de la prudence humaine. Il développe la vertu de douceur au point de faire croire qu&rsquo;il est sans passions et incapable de s&#8217;emporter. Cependant les personnes qui le voient de plus près et fréquemment s&rsquo;aperçoivent assez vite qu&rsquo;il a l&rsquo;imagination vive, le caractère bouillant. Parmi les preuves étonnantes de sa patience, on raconte qu&rsquo;un homme d&rsquo;Ars se rendit au presbytère pour l&rsquo;accabler d&rsquo;insultes: il le reçoit, l&rsquo;écoute sans un mot, puis l&rsquo;accompagne par politesse et lui donne l&rsquo;accolade avant de le quitter. Le sacrifice lui coûte tant qu&rsquo;il remonte aussitôt dans sa chambre et doit se mettre sur son lit. Son corps est couvert de boutons, à cause de la violence qu&rsquo;il a dû se faire&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette patience héroïque, le saint la doit à son amour pour Jésus-Christ. Notre-Seigneur est sa vie, son ciel, son présent, son avenir, et l&rsquo;adorable Eucharistie est le seul étanchement possible à la soif qui le consume. «O Jésus! s&rsquo;écrie-t-il souvent, les yeux remplis de larmes, vous connaître, c&rsquo;est vous aimer&#8230; Si nous savions comme Notre-Seigneur nous aime, nous mourrions de plaisir! Je ne crois pas qu&rsquo;il y ait des cœurs assez durs pour ne pas aimer en se voyant tant aimés&#8230; C&rsquo;est si beau la charité! C&rsquo;est un écoulement du Cœur de Jésus, qui est tout amour&#8230; Le seul bonheur que nous ayons sur la terre, c&rsquo;est d&rsquo;aimer Dieu et de savoir que Dieu nous aime&#8230;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé au terme de sa vie, dont nous n&rsquo;avons rapporté que quelques traits, le saint Curé aspire ardemment au Ciel. «Nous le verrons! nous le verrons!&nbsp; ô, mes frères! y avez-vous jamais pensé? nous verrons Dieu! nous le verrons tout de bon! nous le verrons tel qu&rsquo;Il est&nbsp; face à face!&nbsp; nous le verrons! nous le verrons!!!» avait-il dit un jour. Comme l&rsquo;ouvrier qui a bien rempli sa tâche, il part voir Dieu et se reposer en paradis le 4 août 1859.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après Dom Antoine Marie osb, abbé <em><u>Source</u></em><em>&nbsp;: </em><a href="http://www.clairval.com/"><em>www.clairval.com</em></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>La prière du Curé d’Ars</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous aime, ô mon Dieu,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et mon seul désir est de vous aimer</p>



<p class="wp-block-paragraph">jusqu’au dernier soupir de ma vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous aime, ô Dieu infiniment aimable,</p>



<p class="wp-block-paragraph">et j’aime mieux mourir en vous aimant,</p>



<p class="wp-block-paragraph">que de vivre un seul instant sans vous aimer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous aime, Seigneur,</p>



<p class="wp-block-paragraph">et la seule grâce que je vous demande,</p>



<p class="wp-block-paragraph">c’est de vous aimer éternellement…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon Dieu,</p>



<p class="wp-block-paragraph">si ma langue ne peut dire à tous moments que je vous aime,</p>



<p class="wp-block-paragraph">je veux que mon cœur vous le répète</p>



<p class="wp-block-paragraph">autant de fois que je respire…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon Dieu, faites-moi la grâce de souffrir en vous aimant</p>



<p class="wp-block-paragraph">et de vous aimer en souffrant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous aime, ô mon Divin Sauveur,</p>



<p class="wp-block-paragraph">parce que vous avez été crucifié pour moi&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vous aime, ô mon Dieu,</p>



<p class="wp-block-paragraph">parce que vous me tenez ici-bas crucifié pour vous…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon Dieu, faites-moi la grâce</p>



<p class="wp-block-paragraph">de mourir en vous aimant et en sentant que je vous aime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon Dieu, à proportion que je m’approche de ma fin,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faites-moi la grâce d’augmenter mon amour</p>



<p class="wp-block-paragraph">et de me perfectionner. Amen !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Voici le récit de Mgr Henri Convert</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>concernant la vocation franciscaine séculière de Jean-Marie Vianney.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fut un grand connaisseur du Saint, ce document est du plus grand intérêt:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Une des gloires du Père Léonard ofmCap. est d’avoir été le confident, l’ami, le directeur du Curé d’Ars. C’est lui qui l’a soutenu, aidé, encouragé au moment où il éprouvait les plus rudes assauts du démon. Le Vénérable Abbé Vianney, tourmenté par le désir de se faire religieux capucin, et craignant de ne pouvoir sauver son âme au milieu de ces foules qui envahissaient sa petite paroisse, venait trouver notre bon Père Léonard à Lyon, au couvent des Brotteaux, pour recevoir ses conseils. Mais toujours notre saint religieux le détournait de ses projets. Il l’obligeait à retourner à son labeur apostolique, en lui disant qu’il n’était pas appelé à être capucin, et que le bon Dieu le voulait à Ars, où il sauverait beaucoup plus d’âmes. Consolé, fortifié par les paroles du Père, le saint Curé reprenait à pied le chemin de sa paroisse. Un jour, plus triste que de coutume devant le bruit qui se faisait autour de sa personne, il vint se lamenter et conjura de nouveau le Père Léonard de le faire accepter dans l’Ordre de Saint François. Le saint religieux, plein d’expérience, et animé de l’Esprit de Dieu, s’y refusa formellement. Cependant, pour satisfaire son pieux désir de vie religieuse, il lui parla du Tiers-Ordre, et le reçut quelque temps après&nbsp;; bien plus, afin de le consoler davantage, il alla lui-même à Ars pour y établir une Fraternité Séculière du Tiers-Ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1891, cédant aux instances du Père Ephrem, le Père Léonard alla, malgré ses 80 ans, revoir la commune d’Ars pour y entendre Mgr Freppel et y voir deux franciscaines séculières contemporaines du saint Curé, qu’il avait reçues dans l’Ordre Franciscain Séculier, le jour de l’érection de la Fraternité. C’est alors qu’il profita de l’occasion pour dresser un procès-verbal dont voici la teneur&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Je soussigné, certifie avoir reçu dans le Tiers-Ordre de Saint François d’Assise, au couvent des Brotteaux, à Lyon, en l’an 1847, Monsieur Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars, et l’avoir admis à la Profession, l’année suivante, à Ars, dans son église où j’ai établi le Tiers-Ordre, en le nommant Directeur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En foi de quoi je délivre la présente attestation.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le 4 août 1891. Fr. Léonard, capucin.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 4 août 1859&nbsp;: entrée dans la vie du Saint Curé d’Ars</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 3 octobre 1872&nbsp;: le Pape Pie IX le déclare vénérable</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 8 janvier 1905&nbsp;: le Pape Pie X le déclare bienheureux</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 31 mai 1925&nbsp;: le Pape Pie XI le canonise en la solennité de Pentecôte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et proclame Jean-Marie Vianney curé d’Ars&nbsp;: &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Patron de tous les curés du monde »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Ce que prêchait le Curé d’Ars (p. 32-36)</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Laissez-vous conduire par l’Esprit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oh, que c&rsquo;est beau, mes enfants&nbsp;! Le Père est notre Créateur, le Fils est notre Rédempteur, et le Saint Esprit, notre conducteur</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;homme n&rsquo;est rien par lui-même, mais il est beaucoup avec l&rsquo;Esprit Saint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;homme est tout terrestre et tout animal&nbsp;; il n&rsquo;y a que le Saint Esprit qui puisse élever son âme et le porter en haut. Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut pas se tromper. L&rsquo;Esprit Saint est une lumière et une force. C&rsquo;est lui qui nous fait distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Comme ces lunettes qui grossissent les objets, le Saint Esprit nous fait voir le bien et le mal en grand. Avec le Saint Esprit, on voit tout en grand&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gens du monde n&rsquo;ont pas l&rsquo;Esprit Saint&nbsp;; ou s&rsquo;ils l&rsquo;ont, ils ne l&rsquo;ont qu&rsquo;en passant&nbsp;; il ne s&rsquo;arrête pas chez eux&nbsp;: le bruit du monde le fait partir. Un chrétien qui est conduit par l&rsquo;Esprit Saint n&rsquo;a pas de peine à laisser les biens de ce monde pour courir après les biens du Ciel, il sait faire la différence. L&rsquo;œil du monde ne voit pas plus loin que la vie… L&rsquo;œil du chrétien voit jusqu&rsquo;au fond de l&rsquo;éternité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est le Saint Esprit qui forme les pensées dans le cœur des justes et qui engendre les paroles dans leur bouche&#8230; Ceux qui ont le Saint Esprit ne produisent rien de mauvais; aussi lorsqu&rsquo;on sent que la ferveur se perd, il faut vite faire une neuvaine au Saint Esprit pour demander la foi et l&rsquo;amour&#8230; – Voyez&nbsp;! Lorsqu&rsquo;on a fait une retraite ou un jubilé, on est plein de bons désirs. Ces désirs sont le souffle de l&rsquo;Esprit Saint qui a passé sur notre âme et qui a tout renouvelé, comme ce vent chaud qui fond la glace et qui ramène le printemps&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous qui n&rsquo;êtes pas cependant de grands saints, vous avez bien des moments où vous goûtez les douceurs de la prière et de la présence de Dieu&nbsp;: ce sont des visites du Saint Esprit. Il y en a qui trouvent la religion ennuyeuse, c&rsquo;est qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas le Saint Esprit. Si l&rsquo;on disait aux saints&nbsp;: « Pourquoi êtes-vous au Ciel&nbsp;? », ils répondraient : « Pour avoir écouté le Saint Esprit ». Quand il nous vient de bonnes pensées, c&rsquo;est le Saint Esprit qui nous visite. Le Saint Esprit est une force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Bon Dieu, en nous envoyant le Saint Esprit, a fait à notre égard comme un grand roi qui chargerait son ministre de conduire un de ses sujets, disant&nbsp;: « Vous accompagnerez cet homme partout, et vous me le ramènerez sain et sauf. » &#8211; Que c&rsquo;est beau, mes enfants, d&rsquo;être accompagné par le Saint Esprit! C&rsquo;est un bon guide, celui-là&#8230; Et dire qu&rsquo;il y en a qui ne veulent pas le suivre ! Le Saint Esprit est comme un homme qui aurait une voiture avec un bon cheval et qui voudrait nous mener à Paris. Nous n&rsquo;aurions qu&rsquo;à dire oui et à monter dedans&nbsp;! &#8230; C&rsquo;est une bien belle affaire que de dire oui&nbsp;!&nbsp;! Eh bien, le Saint Esprit veut nous mener au Ciel: nous n&rsquo;avons qu&rsquo;à dire oui et à nous laisser conduire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Saint Esprit est comme un jardinier qui travaille notre âme&#8230; Le Saint Esprit est notre domestique&nbsp;! &#8211; Voilà un fusil&nbsp;: bon&nbsp;! &#8211; Vous le chargez&#8230; Mais il faut quelqu&rsquo;un pour y mettre le feu et pour le faire partir&#8230; De même il y a en nous de quoi faire le bien&#8230; C&rsquo;est le Saint Esprit qui met le feu et les bonnes œuvres partent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Saint Esprit se repose dans les âmes justes, comme la colombe dans son nid. Il couve les bons désirs dans une âme pure, comme la colombe couve ses petits. L&rsquo;Esprit Saint nous conduit comme une mère conduit son enfant de deux ans par la main&#8230; comme une personne qui y voit conduit un aveugle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudrait dire chaque matin&nbsp;: « Mon Dieu, envoyez-moi votre Esprit qui me fasse connaître ce que je suis et ce que vous êtes ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Du Pape BENOÎT XVI</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mercredi 5 août 2009</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Saint Jean-Marie Vianney, curé d&rsquo;Ars</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la catéchèse d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, je voudrais reparcourir brièvement l&rsquo;existence du saint curé d&rsquo;Ars en soulignant certains traits de celle-ci, qui peuvent servir d&rsquo;exemple aux prêtres de notre époque, assurément différente de celle où il vécut, mais marquée, sous de nombreux aspects, par les mêmes défis humains et spirituels fondamentaux. C&rsquo;est précisément hier que l&rsquo;on fêtait les cent cinquante ans de sa naissance au ciel: il était en effet deux heures du matin le 4 août 1859, lorsque saint Jean Baptiste Marie Vianney, au terme de son existence terrestre, alla à la rencontre du Père céleste pour recevoir en héritage le royaume préparé depuis la création du monde pour ceux qui suivent fidèlement ses enseignements (cf.&nbsp;<em>Mt</em>25, 34). Quelle grande fête il dut y avoir au Paradis pour l&rsquo;arrivée d&rsquo;un pasteur si zélé! Quel accueil doit lui avoir réservé la multitude des fils réconciliés avec le Père, grâce à son œuvre de curé et de confesseur! J&rsquo;ai voulu saisir l&rsquo;occasion de cet anniversaire pour&nbsp;proclamer&nbsp;l&rsquo;Année sacerdotale&nbsp;qui, comme on le sait, a pour thème:&nbsp;<em>Fidélité du Christ, fidélité du prêtre</em>. C&rsquo;est de la sainteté que dépend la crédibilité du témoignage et, en définitive, l&rsquo;efficacité même de la mission de chaque prêtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie Vianney naquit dans le petit village de Dardilly le 8 mai 1786, dans une famille de paysans, pauvre en biens matériels, mais riche d&rsquo;humanité et de foi. Baptisé, comme le voulait le bon usage à l&rsquo;époque, le jour même de sa naissance, il consacra les années de l&rsquo;enfance et de l&rsquo;adolescence aux travaux dans les champs et à paître les animaux, si bien qu&rsquo;à l&rsquo;âge de dix-sept ans, il était encore analphabète. Mais il connaissait par cœur les prières que lui avait enseignées sa pieuse mère et il se nourrissait du sentiment religieux que l&rsquo;on respirait chez lui. Les biographes racontent que, dès sa prime jeunesse, il essaya de se conformer à la divine volonté même dans les tâches les plus humbles. Il nourrissait dans son âme le désir de devenir prêtre, mais il ne lui fut pas facile de le satisfaire. Il parvint en effet à l&rsquo;ordination sacerdotale après de nombreuses adversités et incompréhensions, grâce à l&rsquo;aide de sages prêtres, qui ne s&rsquo;arrêtèrent pas à considérer ses limites humaines, mais surent regarder au-delà, devinant l&rsquo;horizon de sainteté qui se profilait chez ce jeune homme véritablement singulier. Ainsi, le 23 juin 1815, il fut ordonné diacre et le 13 août suivant, prêtre. Enfin, à l&rsquo;âge de 29 ans, après de nombreuses incertitudes, un certain nombre d&rsquo;échecs et beaucoup de larmes, il put monter sur l&rsquo;autel du Seigneur et réaliser le rêve de sa vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le saint curé d&rsquo;Ars manifesta toujours une très haute considération du don reçu. Il affirmait: « Oh! Quelle grande chose que le sacerdoce! On ne le comprendra bien qu&rsquo;une fois au Ciel.. si on le comprenait sur la terre, on mourrait, non d&rsquo;effroi mais d&rsquo;amour! » (Abbé Monnin,&nbsp;<em>Esprit du Curé d&rsquo;Ars</em>, p. 113). En outre, dans son enfance, il avait confié à sa mère: « Si j&rsquo;étais prêtre, je voudrais conquérir beaucoup d&rsquo;âmes » (Abbé Monnin,<em>Procès de l&rsquo;ordinaire</em>, p. 1064). Et il en fut ainsi. Dans le service pastoral, aussi simple qu&rsquo;extraordinairement fécond, ce curé anonyme d&rsquo;un village isolé du sud de la France parvint si bien à s&rsquo;identifier à son ministère, qu&rsquo;il devint, également de manière visible et universellement reconnaissable,&nbsp;<em>alter Christus</em>, image du Bon Pasteur, qui à la différence du mercenaire, donne la vie pour ses brebis (cf.&nbsp;<em>Jn</em>&nbsp;10, 11). A l&rsquo;exemple du Bon Pasteur, il a donné la vie au cours des décennies de son service sacerdotal. Son existence fut une catéchèse vivante, qui trouvait une efficacité toute particulière lorsque les personnes le voyaient célébrer la Messe, s&rsquo;arrêter en adoration devant le tabernacle ou passer de longues heures dans le confessionnal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au centre de toute sa vie, il y avait donc l&rsquo;Eucharistie, qu&rsquo;il célébrait et adorait avec dévotion et respect. Une autre caractéristique fondamentale de cette extraordinaire figure sacerdotale, était le ministère assidu des confessions. Il reconnaissait dans la pratique du sacrement de la pénitence l&rsquo;accomplissement logique et naturel de l&rsquo;apostolat sacerdotal, en obéissance au mandat du Christ: « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (cf.&nbsp;<em>Jn</em>&nbsp;20, 23). Saint Jean-Marie Vianney se distingua donc comme un confesseur et maître spirituel excellent et inlassable. En passant « d&rsquo;un même mouvement intérieur, de l&rsquo;autel au confessionnal », où il passait une grande partie de la journée, il cherchait par tous les moyens, par la prédication et par le conseil persuasif, à faire redécouvrir aux paroissiens la signification et la beauté de la pénitence sacramentelle, en la montrant comme une exigence intime de la Présence eucharistique (cf.&nbsp;<a href="http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/letters/2009/documents/hf_ben-xvi_let_20090616_anno-sacerdotale_fr.html"><em>Lettre aux prêtres pour l&rsquo;Année sacerdotale</em></a>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les méthodes pastorales de saint Jean-Marie Vianney pourraient apparaître peu adaptées aux conditions sociales et culturelles actuelles. Comment en effet un prêtre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pourrait-il l&rsquo;imiter, dans un monde qui a tant changé? S&rsquo;il est vrai que les temps changent et que de nombreux charismes sont typiques de la personne, et donc inimitables, il y a toutefois un style de vie et un élan de fond que nous sommes tous appelés à cultiver. A bien y regarder, ce qui a rendu saint le curé d&rsquo;Ars a été son humble fidélité à la mission à laquelle Dieu l&rsquo;avait appelé; cela a été son abandon constant, empli de confiance, entre les mains de la Providence divine. Il a réussi à toucher le cœur des personnes non en vertu de ses dons humains, ni en s&rsquo;appuyant exclusivement sur un effort, même louable, de la volonté, il a conquis les âmes, même les plus réfractaires, en leur communiquant ce qu&rsquo;il vivait de manière intime, à savoir son amitié avec le Christ. Il fut « amoureux » du Christ, et le vrai secret de son succès pastoral a été l&rsquo;amour qu&rsquo;il nourrissait pour le Mystère eucharistique, annoncé, célébré et vécu, qui est devenu amour pour le troupeau du Christ, les chrétiens et pour toutes les personnes qui cherchent Dieu. Son témoignage nous rappelle, chers frères et sœurs, que pour chaque baptisé, et plus encore pour le prêtre, l&rsquo;Eucharistie « n&rsquo;est pas simplement un événement avec deux protagonistes, un dialogue entre Dieu et moi. La Communion eucharistique tend à une transformation totale de notre propre vie. Elle ouvre avec force le moi tout entier de l&rsquo;homme et crée un nouveau nous » (Joseph Ratzinger,<em>La Communion dans l&rsquo;Eglise</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, loin de réduire la figure de saint Jean-Marie Vianney à un exemple, même admirable, de la spiritualité dévotionnelle du XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle, il est nécessaire au contraire de saisir la force prophétique qui distingue sa personnalité humaine et sacerdotale d&rsquo;une très grande actualité. Dans la France post-révolutionnaire qui faisait l&rsquo;expérience d&rsquo;une sorte de « dictature du rationalisme » visant à effacer la présence même des prêtres et de l&rsquo;Eglise dans la société, il vécut, d&rsquo;abord &#8211; pendant sa jeunesse &#8211; une clandestinité héroïque en parcourant des kilomètres dans la nuit pour participer à la Messe. Puis &#8211; comme prêtre &#8211; il se distingua par une créativité pastorale singulière et féconde, en mesure de montrer que le rationalisme, qui régnait alors sans partage, était en réalité loin de satisfaire les authentiques besoins de l&rsquo;homme et qui, en définitive, n&rsquo;était pas vivable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chers frères et sœurs, à 150 ans de la mort du saint curé d&rsquo;Ars, les défis de la société d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne sont pas moins difficiles, ils sont même devenus peut-être plus complexes. Si à l&rsquo;époque régnait la « dictature du rationalisme », à l&rsquo;époque actuelle, on note dans de nombreux milieux, une sorte de « dictature du relativisme ». Elles apparaissent toutes deux comme des réponses inadaptées au juste besoin de l&rsquo;homme d&rsquo;utiliser pleinement sa propre raison comme élément distinctif et constitutif de son identité. Le rationalisme fut inadapté parce qu&rsquo;il ne tint pas compte des limites humaines et prétendit élever la seule raison comme mesure de toute chose, en la transformant en déesse; le relativisme contemporain mortifie la raison, parce que, de fait, il en vient à affirmer que l&rsquo;être humain ne peut rien connaître avec certitude au-delà du domaine scientifique positif. Mais aujourd&rsquo;hui, comme alors, l&rsquo;homme « assoiffé de signification et d&rsquo;accomplissement » va à la recherche constante de réponses exhaustives aux questions de fond qu&rsquo;il ne cesse de se poser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Pères du&nbsp;<a href="http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/index_fr.htm">Concile œcuménique Vatican II</a>&nbsp;avaient bien présents à l&rsquo;esprit cette « soif de vérité » qui brûle dans le cœur de tout homme, lorsqu&rsquo;ils affirmèrent que c&rsquo;est aux prêtres, « comme éducateurs de la foi », qu&rsquo;il revient de former « une authentique communauté chrétienne » capable de « frayer la route à tous les hommes vers le Christ » et d&rsquo;exercer « une véritable maternité » à leur égard, en indiquant ou en facilitant à celui qui ne croit pas « un chemin vers le Christ et son Eglise » et « pour réveiller les fidèles, les nourrir, leur donner des forces pour le combat spirituel » (cf.&nbsp;<a href="http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19651207_presbyterorum-ordinis_fr.html"><em>Presbyterorum ordinis</em></a>, n. 6). L&rsquo;enseignement que continue de nous transmettre le saint curé d&rsquo;Ars à cet égard est que, à la base de cet engagement pastoral, le prêtre doit placer une union personnelle intime avec le Christ, qu&rsquo;il faut cultiver et accroître jour après jour. C&rsquo;est seulement s&rsquo;il est amoureux du Christ que le prêtre pourra enseigner à tous cette union, cette amitié intime avec le divin Maître, qu&rsquo;il pourra toucher les cœurs des personnes et les ouvrir à l&rsquo;amour miséricordieux du Seigneur. C&rsquo;est seulement ainsi, par conséquent, qu&rsquo;il pourra transmettre enthousiasme et vitalité spirituelle aux communautés que le Seigneur lui confie. Prions pour que, par l&rsquo;intercession de saint Jean-Marie Vianney, Dieu fasse don à son Eglise de saints prêtres, et pour que croisse chez les fidèles le désir de soutenir et d&rsquo;aider leur ministère. Confions ces intentions à Marie, que nous invoquons précisément aujourd&rsquo;hui comme Vierge des Neiges.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>MARIE VIANNEY</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La maman de Jean Marie Baptiste Vianney, le saint Curé d’Ars</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui-même a attribué aux prières de sa mère, après Dieu, tout ce qu’il a été.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie était la fille de pieux paysans du nom de Béluse, d’Ecully près de Lyon, un petit village qui devait avoir plus tard une grande importance dans l’histoire du saint curé. En 1778 elle épousa Mathieu Vianney, de Dardilly. Ils eurent la joie d’accueillir dans leur foyer trois fils et trois filles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie Vianney nous est décrite comme une femme d’un grand charme et d’une certaine délicatesse dans son extérieur et ses manières. Dans ses rapports avec les autres, dans son langage, dans toute sa manière d’être, il y avait quelque chose qui dépassait le niveau d’une simple paysanne. Le reflet de son cœur profond et noble était répandu sur toute sa personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle était pénétrée d’une piété dénuée d’affectation. Une grâce circulait entre elle et ses enfants à qui elle apprenait à prier et à louer Dieu, non seulement par ses paroles, mais par son exemple spontané. Chez tous ses enfants, cette éducation porta des fruits abondants. La fille aînée, Catherine épouse Melin, mourut jeune et sans enfants. Le fils aîné, François, eut une vie longue et exemplaire. Il se distinguait par sa profonde soumission à la volonté de Dieu. Se plaignait-on en sa présence du mauvais temps lors de la moisson, il disait simplement&nbsp;:&nbsp;«Hé quoi, celui qui a mouillé la terre peut aussi la sécher.». Nous trouvons la même pureté et la même clarté dans la vie du dernier des fils, et d’une fille demeurée célibataire, Marguerite, qui survécut à son frère Jean-Marie. Le sixième enfant était mort tout petit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Baptiste était le quatrième des six enfants. C’est dans ses entretiens avec son petit Jean-Marie que le caractère de la mère trouva son plus bel épanouissement. Lorsqu’elle le portait encore dans son sein, elle l’offrit à Dieu et à sa Mère d’une façon particulière. Elle fit vœu, si Dieu l’appelait au sacerdoce, de tout faire pour lui permettre d’atteindre ce but. A cause de cette espérance, elle donna à l’enfant, en plus de son prénom, celui de Marie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Mon petit Jean-Marie, si je te voyais offenser le bon Dieu, cela me ferait plus de peine que si c’était un autre de mes enfants&nbsp;», lui disait-elle plus tard. Il ne se doutait pas que cette sollicitude particulière venait de son désir de l’aider s’il devait un jour être prêtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A 18 mois, l’enfant savait prononcer les noms de Jésus et de Marie, et mettre ses mains jointes dans celles de sa mère lorsqu’elle priait. Le saint curé a toujours attribué à sa mère son précoce amour de la prière. Le premier cadeau qu’elle lui fit fut une statuette en bois de la Vierge, dont il ne voulut plus se séparer, même pour se coucher. S’il pleurait, ce qui arrivait rarement, la mère lui mettait dans la main une image de saint ou un chapelet, et ses larmes s’arrêtaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il ne fallait pas que ces objets devinssent pour lui un fétiche ou un objet d’avarice enfantine. Un jour que sa sœur désirait vivement son beau chapelet, la mère lui dit tout de suite d’accéder à son désir pour l’amour de Dieu. Il le fit, quoique non sans larmes, comme il le racontait encore dans sa vieillesse. La mère ne voulait pas non plus que la dévotion dégénère en excentricité. Aussi fut-elle fort émue lorsqu’un voisin, qui n’était pas des plus dévots, lui demanda un jour en plaisantant si son brunet le tenait pour le diable.&nbsp;«&nbsp;Il se tue de faire des signes de croix en ma présence&nbsp;». La mère demanda immédiatement des explications à l’enfant. Celle qu’il fournit la rassura&nbsp;: il n’avait pas vu le voisin et avait fait le signe de croix en commençant et en finissant une prière muette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre fois – il avait quatre ans – il s’était caché à l’étable où il priait, immobile, agenouillé dans un coin. Après de longues recherches, sa mère le trouva et fut très émue. Mais elle ne voulait pas le montrer et lui demanda, d’un ton de reproche&nbsp;: «&nbsp; Pourquoi m’as-tu donné tant d’inquiétude&nbsp;? Quelle idée de te cacher comme cela&nbsp;!&nbsp;». L’enfant n’y avait pas réfléchi. Il se jeta en pleurant dans les bras de sa mère en répétant, au milieu de ses sanglots&nbsp;: «&nbsp;Mère, pardonnez-moi, je n’ai pas voulu vous faire de la peine. Je n’y retournerai plus, je n’y retournerai plus.&nbsp;» Cette petite scène éclaire d’une vive lumière les rapports entre la mère et l’enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas seulement dans la piété et la soumission à Dieu que Marie Vianney était pour ses enfants un exemple entraînant. Elle n’oubliait jamais que l’amour du prochain a été mis par le Christ lui-même au même niveau que l’amour de Dieu. Ses propres penchants se rencontraient avec la tradition de la famille Vianney, où l’on avait toujours pratiqué une charité étonnante pour de petits paysans. Tous ceux qui frappaient à la porte recevaient à manger. A l’époque de la Révolution, la misère prit des proportions énormes. Il arrivait alors que vingt pauvres frappent à la fois à la porte de l’hospitalière maison&nbsp;; on les couchait dans la grange, sur le foin ou la paille. La mère faisait cuire pour tout le monde, dans la cheminée, une grande marmite de soupe ou de pommes de terre, aliment encore assez rare à l’époque. Toute la famille récitait le Bénédicité avec les pauvres et mangeait avec eux. Les enfants devaient les servir. Lorsque tout le monde était à peu près rassasié, le père se mettait à parler de choses spirituelles, bien secondé par son jeune fils, tandis que la mère, aidée de ses filles, desservait et lavait la vaisselle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi la vie s’écoulait dans la prière et le travail, les soucis et les joies. De même que la mère elle-même s’activait dans la maison, au jardin, aux champs, elle exigeait la même chose de ses enfants. Elle n’exceptait nullement du précepte du travail le fils qu’elle avait particulièrement offert au Seigneur. Au contraire, elle y veillait spécialement. Elle n’élevait aucune protestation lorsque le petit garçon, encore tout jeune, avait à garder les bêtes de son père – quatre ou cinq vaches, un âne, trois moutons. Il emportait sa statuette de la Vierge, pour être sous la protection de Marie. Il dut aussi, comme son frère de deux ans plus âgé, aider de bonne heure au labourage et aux autres travaux des champs. Enfin c’était la vie de toute maison paysanne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais lorsque la vocation de l’enfant le porta plus nettement vers le sacerdoce, que le vieux curé Belley en parla avec insistance et encouragea les parents à lui faire faire ses études, ce fut la mère qui, la première, consentit avec joie. Le père hésitait malgré sa grande piété. L’avenir d’un prêtre, en ce temps là, lui apparaissait trop incertain. La mère dut finalement consentir à différer encore un peu le projet. Lorsque fut conclu le Concordat entre Napoléon et l’Eglise, en 1801, toute hésitation disparut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une épreuve nouvelle attendait le jeune homme, et en même temps ses parents. Par suite d’une erreur, il n’avait pas été inscrit sur la liste des étudiants en théologie&nbsp;; il fut en conséquence appelé au service militaire, et, par un enchaînement de circonstances malheureuses, il fut soupçonné d’être déserteur. Il lui fallut se tenir caché, et longtemps les parents restèrent sans nouvelles de lui. La mère en tomba malade de chagrin, jusqu’à ce qu’enfin la noble dame chez qui son fils avait trouvé asile vint la trouver et la rassurer. Alors elle retrouva la vie. Elle ne se lassait pas de s’enquérir de tous les détails de son existence, et ne voulut pas laisser partir sa bienfaitrice avant qu’on ait trouvé une messagère entre la mère et le fils. Que cette simple paysanne sût lire et écrire, c’est là une preuve d’instruction exceptionnelle pour l’époque. L’année suivante, son plus jeune fils se présenta au service militaire comme remplaçant de son frère. Il fut accepté, et Jean-Baptiste put rentrer dans son pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui avait d’abord paru un évènement heureux devint pour la mère une douleur nouvelle. Le plus jeune fils fut tué à la guerre au début de 1813. Elle connut une seconde fois la douleur de perdre un enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle ne devait plus jouir bien longtemps du développement spirituel de plus en plus fécond de son Jean-Marie. Certes, elle avait été pleine de joie lorsqu’il rentra d’exil et put reprendre ses études auprès du vieux curé d’Ecully. Mais ses forces étaient brisées. Elle ne vécut pas assez pour voir son fils séminariste. Nous ne savons rien de précis sur sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son fils disait qu’un enfant ne devrait pas regarder sa mère sans pleurer, et que la vertu passait du cœur de la mère dans celui de l’enfant. Ces paroles disent quel cœur maternel aimant et vraiment chrétien a battu dans la poitrine de cette simple paysanne.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>***</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La statuette de Marie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie a 4 ans</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie a 4 ans. Il possède un joli chapelet auquel il tient beaucoup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gothon, sa sœur plus jeune de 18 mois, veut l’avoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une dispute éclate entre le frère et la sœur&nbsp;: cris et trépignements…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Gothon</em>&nbsp;: &#8211; Donne-moi&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Jean-Marie</em>&nbsp;: &#8211; Non, c’est à moi&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Gothon</em>&nbsp;: &#8211; Je le veux&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Jean-Marie</em>&nbsp;: &#8211; Non&nbsp;! C’est à moi&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Gothon</em>&nbsp;: &#8211; Donne, donne&nbsp;! Je le veux&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie appelle maman au secours&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Maman, Gothon veut me prendre mon chapelet&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maman lui dit&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Mon petit Jean-Marie, donne ton chapelet à Gothon. Donne-le pour l’amour du bon Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussitôt, Jean-Marie, sanglotant, tend le chapelet à Gothon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour sécher ses larmes, maman lui fait cadeau d’une petite statue de la sainte Vierge en bois qui était sur la cheminée de la cuisine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie est très heureux. Il ne peut plus s’en séparer ni le jour ni la nuit. Il n’aurait pas dormi tranquille s’il ne l’avait pas eue à côté de lui dans son petit lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelquefois on voit Jean-Marie se placer dans un coin de la maison et déposer sa chère statuette sur une chaise ou un tabouret. Alors, il prie devant elle avec un grand recueillement. Il sait que ce n’est qu’une statue, mais qui lui rappelle la présence invisible mais réelle de Marie, Maman de Jésus et sa Maman.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un soir, Jean-Marie sort sans rien dire. Sa maman s’aperçoit de sa disparition. Elle le cherche dans la maison, l’appelle.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Jean-Marie, où es-tu&nbsp;? Réponds-moi. Où es-tu&nbsp;?</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune réponse. Inquiète, maman Vianney cherche le petit dans la cour, puis se dirige vers l’étable. Là, dans un coin d’ombre, elle le découvre, agenouillé entre deux animaux qui ruminent paisiblement. Jean-Marie prie, les yeux fermés, les mains jointes sur sa statuette de Marie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maman Vianney s’approche et serre Jean-Marie sur son cœur en lui disant&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>ô mon petit, tu étais là&nbsp;? Je t’ai cherché&nbsp;! J’étais si inquiète&nbsp;!</li>



<li>pardon, maman, je ne savais pas. Je ne l’ai pas fait exprès.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment Maman Vianney apprend à ses enfants à «&nbsp;bénir l’heure&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Maman Vianney apprend à ses enfants à «&nbsp;bénir l’heure&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Mes enfants, dès qu’une heure sonne à l’horloge, pensez à Dieu, parlez-lui, demandez-lui de bénir ce que vous allez faire, offrez-lui votre travail ou votre jeu…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, où qu’il soit, à la maison, dans le jardin, dans la rue, Jean-Marie, dès que l’heure sonne, fait silence et parle à Dieu, parle à Marie…</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le petit Jean-Marie accompagne Maman Vianney à la Messe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Maman Vianney va presque chaque jour à la Messe du matin. Quand la sonnerie de la cloche de l’église toute proche annonce la Messe, Jean-Marie appelle sa maman&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>ô maman, emmène-moi à l’église. Je veux aller avec toi à la Messe. S’il te plaît, maman&nbsp;!</li>



<li>d’accord, habille-toi vite mon Jean-Marie&nbsp;!</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Maman Vianney est heureuse d’emmener son Jean-Marie à la Messe. Elle le prend tout près d’elle et lui explique tout bas les différents moments.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Maintenant, c’est le Kyrie. On dit «&nbsp;Seigneur, prends pitié&nbsp;» pour demander pardon à Dieu pour notre manque d’amour.</li>



<li>Maintenant, on écoute la Parole de Dieu, ce que Jésus a fait et ce qu’il a dit.</li>



<li>Maintenant, on offre à Dieu le pain et le vin, fruit du travail des hommes pour qu’il les transforme en son Corps et en son Sang. Et on lui offre toute notre vie pour qu’il la transforme en amour.</li>



<li>Maintenant, le prêtre montre le Corps du Christ. Tu dis dans ton cœur&nbsp;: «&nbsp;Jésus, c’est toi&nbsp;! Je t’adore et je t’aime.&nbsp;»</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie regarde avec envie l’enfant de chœur qui sert la Messe. Il voudrait faire pareil. Mais il est encore trop petit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La première confession de Jean-Marie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie a 11 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la révolution, les prêtres sont en péril. Ils doivent se cacher. Un jour, Monsieur Groboz, prêtre qui se cache en se faisant passer pour un cuisinier, est de passage en cachette à la ferme des Vianney. Le soir, il bénit les enfants l’un après l’autre&nbsp;: Catherine, François, Marguerite, François le cadet… Il interroge Jean-Marie&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Quel âge as-tu&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Onze ans</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Depuis quand ne t’es-tu pas confessé&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Je ne me suis encore jamais confessé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Eh bien, faisons cela tout de suite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie reste seul avec le prêtre. Le prêtre s’assoit sur une chaise. Jean-Marie se met à genoux à côté de lui au pied de l’horloge et fait sa première confession. Quel bonheur pour lui&nbsp;! Il sait qu’à travers le prêtre, Jésus lui donne son pardon et tout son amour !</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La première communion de Jean-Marie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie a 13 ans</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la révolution, il faut se cacher pour prier. Jean-Marie a treize ans. Il va enfin pouvoir faire sa première communion. C’est dans ce contexte de la Révolution qu’il évolue. Certains soirs, à la tombée de la nuit, sa mère rassemblait ses enfants et les emmenait secrètement. Elle avait appris qu’un missionnaire &#8211; on ignorait même son nom &#8211; était de passage dans une ferme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici comment Mgr Trochu évoque cette période tourmentée.&nbsp;: « Les Vianney partaient le soir sans bruit et ils marchaient parfois longtemps dans les ténèbres. Jean-Marie, tout heureux d’aller à cette fête, allongeait vaillamment ses petites jambes. Ses frères et ses soeurs murmuraient quelquefois, trouvant la distance exagérée, mais leur mère leur disait&nbsp;: «&nbsp;Imitez donc Jean-Marie qui est toujours empressé ». Arrivés à l’endroit convenu, on les introduisait dans une grange ou dans une chambre retirée, éclairée à peine. Près d’une pauvre table, priait un inconnu aux traits fatigués, au suave sourire. Les mains accueillantes, il s’avançait vers les nouveaux venus. Puis, dans l’angle le plus reculé, s’échangeaient des confidences. Derrière un rideau de fortune, à voix très basse, le bon prêtre conseillait, rassurait, absolvait les consciences. Quelquefois aussi, de jeunes fiancés demandaient qu’on bénît leur mariage. Enfin, c’était la messe tant désirée des grands et des petits. Le prêtre disposait sur la table l’ardoise consacrée qu’il avait apportée avec lui, le missel, le calice et plusieurs hosties, car il ne serait pas seul à communier cette nuit-là ; il se revêtait à la hâte de ses ornements plissés et ternis. Puis, au milieu d’un silence profond, il commençait les prières liturgiques : « Je monterai à l’autel du Seigneur ». Quelle ferveur dans sa voix et, dans l’assistance, quel recueillement, quelle émotion ! Combien fut remuée, en ces minutes inoubliables, l’âme du petit Vianney. ». Jean-Marie regardait, participait. Il avait sous les yeux le visage de ces prêtres héroïques qui risquaient leur vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ces conditions qu’il fit sa première communion à Ecully dans la maison aux volets clos de Mme Pingon de bon matin, avec des chars de foin devant les fenêtres, que des hommes s’employaient à décharger tranquillement pour éviter d’éveiller toute curiosité. Jean-Marie Vianney avait alors treize ans passé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De très bon matin, les 16 communiants de Dardilly sont conduits séparément sous leurs habits ordinaires dans une grande chambre de la maison de Mme Pingon. Les volets sont fermés, car il ne faut pas que du dehors on aperçoive la lueur des cierges des communiants. Par précaution, devant les fenêtres, on a rangé des charrettes de foin, et pendant la cérémonie, les hommes travaillent à les décharger pour que l’on ne se doute de rien. Les mères apportent, dissimulés sous leurs longues capes, les voiles et les brassards blancs. Chacune apprête son enfant pour la visite de Jésus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la Messe, chacun prie de tout son cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la communion, Jean-Marie est si content qu’il ne pense pas à sortir de la chambre où il a eu le bonheur de communier pour la première fois. Il faut que maman l’appelle&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Viens, Jean-Marie, il faut partir.</li>



<li>«&nbsp;O mon Dieu&nbsp;! quelle joie pour un chrétien qui s’en va avec tout le Ciel dans son cœur&nbsp;!&nbsp;» dira Jean-Marie plus tard quand il sera prêtre.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Marie aux champs avec la statue de Marie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand Jean-Marie approche des 13 ans, il doit laisser à Gothon et à François Cadet la garde du troupeau et aider aux cultures. Le premier jour, quand il va avec son frère François travailler à la vigne, il a beau vouloir avancer autant que son aîné âgé de 18 ans, le soir il rentre exténué.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Jean-Marie</em>&nbsp;: &#8211; Je me suis épuisé à vouloir suivre François.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Maman Vianney</em>&nbsp;: &#8211; François, va donc moins vite, ou bien aide-le un peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>François</em>&nbsp;: &#8211; Oh&nbsp;! Jean-Marie n’est pas obligé d’en faire autant que moi. Que diraient les gens si l’aîné n’avançait pas plus vite que le cadet&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, une religieuse de Lyon passe à la ferme des Vianney. Elle donne à chacun une image. Elle a aussi une petite statue de la Sainte Vierge dans un étui. Elle en fait cadeau à Jean-Marie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand Jean-Marie retourne travailler à la vigne avec François, avant de se mettre au travail, il baise les pieds de la statue, puis la jette devant lui aussi loin qu’il le peut. Quand il l’a atteinte, il la prend avec respect et recommence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour à la maison le soir, il dit à Maman Vianney&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Maman, aie toujours bien confiance en la Sainte Vierge. Je l’ai bien invoquée aujourd’hui et elle m’a bien aidé&nbsp;: j’ai pu suivre mon frère et je ne suis pas trop fatigué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le grand au milieu des petits </strong>Jean-Marie a 19 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Papa Vianney a enfin accepté que son fils de 19 ans quitte la ferme familiale pour se préparer à devenir prêtre. Jean-Marie commence ses études de séminariste au presbytère d’Ecully avec l’Abbé Balley.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans sa faute, sa mémoire s’était rouillée. Il ne retient pas le latin qu’il apprend. Il travaille avec les enfants Loras et le fils Deschamps qui ont 12 et 13 ans. L’Abbé Balley demande aux élèves d’aider Jean-Marie à apprendre la grammaire latine. Un jour, Matthieu Loras, énervé par les incompréhensions de Jean-Marie, le gifle en présence des autres élèves&nbsp;: «&nbsp;espèce d’âne&nbsp;!&nbsp;». Jean-Marie a envie de rétorquer, mais il se met à genoux devant cet enfant qui vient de le frapper et lui demande pardon&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Pardonne-moi, Matthias, je te donne trop de peine. Rien ne veut entrer dans ma caboche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mathieu qui avait bon cœur mais qui manquait de patience, touché jusqu’aux larmes, tombe dans les bras de Jean-Marie encore agenouillé&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Oh&nbsp;! Jean-Marie, c’est moi qui te demande pardon. Tu es le dernier pour le latin mais le premier par le cœur&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le prêtre au milieu de sn peuple</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Marie Vianney, on le sait, commença par passer de longues heures d’adoration devant le Saint-Sacrement. Mais, en même temps, il allait systématiquement visiter les paroissiens. C’était, à l’époque, une véritable révolution ! Le Père Nodet décrit la pastorale du Curé d’Ars: «&nbsp;Jean-Marie Vianney s’était lié corps et âme à ses gens d’Ars. Sa prière était leur prière. Leur labeur était son labeur. Ce fut une attitude étonnante pour les curés, ses voisins, qui étaient persuadés que la perfection était de rester dans leur presbytère à l’ombre de l’église pour y prier, y étudier, quand ils en avaient le goût, et cultiver leur petit jardin traditionnel. Ils attendaient que la cloche fêlée suspendue à la porte d’entrée, s’agite pour qu’ils se donnent le droit de se pencher sur les difficultés ou les projets de quelque paroissien. Ce n’était qu’en « cas d’urgence » qu’ils considéraient comme une obligation d’aller les voir. Jean-Marie, qui avait longtemps vécu du travail de la terre, avait senti qu’il était souhaitable de changer la tradition. Dès son arrivée, il avait prétendu connaître tous ses gens et les connaître chez eux. À l’heure de midi et contre toutes les habitudes, il allait visiter les familles les unes après les autres. En pénétrant dans la cour, il appelait, de sa voix éraillée, le maître de maison par son prénom et, avant que l’émotion ne fût retombée autour de la table, il entrait de son pas rapide, priait tous les présents de se rasseoir et de poursuivre leur repas qui fumait discrètement dans chaque écuelle. Debout, appuyé sur un bahut ou sur le rebord d’une fenêtre, il parlait à ces pauvres gens des travaux en retard, des méfaits de la grêle ou de la gelée, des bêtes qu’il avait entendu remuer en passant devant l’écurie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, insensiblement, il en venait à parler des enfants. Alors, il engageait les parents à ne pas gronder toujours mais à prendre conscience de leur responsabilité. «&nbsp;Vos enfants se souviendront bien plus de ce que vous aurez été que de ce que vous aurez dit. ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’aperçut bientôt du manque total d’instruction des enfants du village. La plupart ne savaient ni lire, ni écrire, pas même signer leur nom. A ses yeux, l’ignorance était l’une des plus grandes pauvretés. Il prit le parti de lutter contre elle. Dans le minuscule village d’Ars, il ouvrit une école pour les filles, puis une pour les garçons. Mais surtout, il fut profondément touché par la misère de ces petites filles et de ces adolescentes que l’on rencontrait le long des chemins. Abandonnées par leurs parents, elles allaient de ferme en ferme chercher de quoi manger et où se loger. La tourmente révolutionnaire, les guerres de Napoléon, l’instabilité politique avaient provoqué d’immenses détresses dans la population. Jean-Marie Vianney se fit donc maçon ! Il transforma une ancienne maison qu’il avait achetée et y accueillit gratuitement toutes les orphelines de la région, avec le concours de trois jeunes filles d’Ars. Ce fut le fameux orphelinat de la « Providence ». Il y reçut jusqu’à 80 pensionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait trop long de rappeler ici tous les aspects de sa pastorale. L’action du nouveau curé fut considérable et transforma le village. Ses prédications impressionnaient. L’un des points sur lesquels il insistait régulièrement était le repos du dimanche. « Le dimanche, c’est le bien du Bon Dieu. C’est son jour à lui, le Jour du Seigneur. Il a fait tous les jours de la semaine, il pouvait les garder tous : il vous en a donné six, il ne s’est réservé que le septième. De quel droit touchez-vous à ce qui ne vous appartient pas ? Vous savez que le bien volé ne profite jamais. Le jour que vous volez au Seigneur ne vous profitera pas non plus. Je connais deux moyens bien sûrs de devenir pauvre: c’est de travailler le dimanche et de prendre le bien d’autrui. ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait remarqué que les femmes surtout n’avaient jamais un instant de répit le dimanche. Il invita alors les familles à faire « un maximum de travail le samedi, afin de pouvoir se reposer le dimanche. » « Il y a en a, disait-il, qui font exprès et laisseront tomber beaucoup de choses à arranger dans la semaine pour les faire le dimanche, comme nettoyer, ranger, plier le linge dans une armoire. Il faut au contraire faire tout ce que l’on peut le samedi, pour être libre le dimanche ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">De leur côté, les domestiques et les journaliers, sous la pression des propriétaires, étaient constamment à la tâche. Les interventions du curé finirent par produire leurs effets. Un nommé Rousset, fermier du petit domaine du château, déclara que ses domestiques ne travailleraient plus le dimanche. Ce geste fut imité par presque la totalité des gros fermiers, qui n’en diminuèrent pas pour autant le salaire de leurs employés. Il est évident que les domestiques de tout le pays l’apprirent et réclamèrent leur dimanche à leur patron.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie de famille retrouva ses droits. De même, la disparition des cabarets dans le village eut pour effet de diminuer le nombre des alcooliques; les hommes rentraient le soir à la maison sans violence ni agressivité. L’atmosphère dans les familles s’en ressentit fortement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi que Jean-Marie Vianney, sans l’avoir expressément voulu, en ne recherchant que le bien des âmes, fit oeuvre sociale. Il s’ingénia à prendre des initiatives adaptées à son temps et à ses paroissiens, relevant ainsi le défi évangélique de son époque. Mais il le fit toujours comme « pasteur », et non comme « agent social » préoccupé du seul bon ordre de la société. Si Jean-Marie Vianney fut très proche de ses paroissiens, ce fut toujours « dans une perspective qui était celle de leur salut et du progrès du Royaume de Dieu ». Car le prêtre est le témoin et le dispensateur d’une vie autre que la vie terrestre. Il est essentiel à l’Église que l’identité du prêtre soit sauvegardée, avec sa dimension verticale. La vie et la personnalité du Curé d’Ars en sont une illustration particulièrement éclairante et vigoureuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Telle fut une des caractéristiques du ministère de Jean-Marie Vianney comme curé. Les saints ont ce pouvoir de transformer la vie dans ses plus humbles réalités, en étant simplement imprégnés de la vie de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pour cette raison profonde que le Curé d’Ars est devenu « un modèle sacerdotal pour tous les pasteurs ». Le secret de sa générosité se trouve dans son amour de Dieu, vécu sans mesure. Significative est sa dernière prière, au soir de sa vie:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>« Ô mon Dieu, j’aime mieux mourir en vous aimant,</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>que de vivre un seul instant sans vous aimer. »</strong></em></p>



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		<title>Pauline Jaricot</title>
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		<dc:creator><![CDATA[francois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:32:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1799-1862 Fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la foi Franciscaine séculière Printemps 1805. Au lendemain de la Révolution française, le Pape Pie VII, regagnant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">1799-1862</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="853" height="1024" src="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione-853x1024.jpg" alt="" class="wp-image-60" srcset="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione-853x1024.jpg 853w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione-250x300.jpg 250w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione-768x922.jpg 768w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione-50x60.jpg 50w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/Paulione.jpg 948w" sizes="(max-width: 853px) 100vw, 853px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscaine séculière</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Printemps 1805. Au lendemain de la Révolution française, le Pape Pie VII, regagnant Rome après avoir couronné Napoléon à Paris, fait halte à Lyon. Antoine Jaricot, négociant en soie dans cette ville, en profite pour placer sa famille sur le passage du Pontife, implorant une bénédiction particulière. Pie VII pose ses mains sur la tête de la petite Pauline. Bénie par le Vicaire du Christ, cette enfant se distinguera très tôt par son amour pour Jésus et sa tendresse pour tous les malheureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline Jaricot est née le 22 juillet 1799 à Lyon. Ses parents, Antoine Jaricot et Jeanne Lattier sont profondément chrétiens. Pauline écrira plus tard: «Heureux ceux qui ont reçu de leurs parents les premières semences de la foi. Soyez béni, Seigneur, de m&rsquo;avoir donné un homme juste pour père, et pour mère une femme pleine de vertu et de charité». Six enfants forment déjà la couronne de cette famille, lorsque Pauline vient au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la cour de la maison familiale se trouve un puits profond. Un jour que sa mère vient de puiser un plein seau d&rsquo;eau, Pauline, âgée de sept ans, s&rsquo;inquiète: «Dis, maman, est-ce qu&rsquo;il reste encore de l&rsquo;eau dans le puits? – Mais oui, la source ne diminue pas. – Oh! que je voudrais avoir un puits d&rsquo;or pour en donner à tous les malheureux, afin qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus du tout de pauvres et que personne ne pleure plus». À l&rsquo;âge de dix ans, l&rsquo;enfant est mise dans un pensionnat. «J&rsquo;eus le malheur, reconnaîtra-t-elle, de me lier avec une compagne qui, n&rsquo;ayant ni la candeur ni la simplicité de son âge, connaissait déjà les calculs et les artifices de la coquetterie. Elle me racontait toutes les «conquêtes» qu&rsquo;elle croyait avoir réussies sur les coeurs». D&rsquo;abord effrayée et troublée, Pauline sent bientôt naître et grandir en elle le besoin de plaire et d&rsquo;être aimée. Heureusement, à l&rsquo;approche de sa première Communion, elle se sépare de sa compagne douteuse: «Jésus-Christ triompha alors dans mon cœur, écrit-elle, et quand il fût décidé que je Le recevrais bientôt, je ne pensais plus qu&rsquo;à Lui préparer une demeure qui ne fût pas trop indigne de Lui». Après un long examen de conscience, elle fait une bonne confession, puis reçoit Jésus-Hostie avec une immense joie. Le même jour, elle est fortifiée par le sacrement de Confirmation. Cependant, la belle société la tente encore. Elle apprécie les tenues élégantes et écoute avec complaisance les flatteries.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, Pauline tombe d&rsquo;un escabeau; il s&rsquo;ensuit une maladie étrange: elle marche comme une personne ivre, l&rsquo;air égaré, et perd entièrement la parole. Sa mère, qui la veille jour et nuit, tombe elle-même gravement malade, puis meurt, loin de Pauline, le 26 novembre 1814, en offrant sa vie à Dieu pour sa fille. Cette mort est assez longtemps cachée à celle-ci pour qu&rsquo;elle puisse recouvrer la santé. Avec la convalescence, Pauline retrouve son désir de plaire: parmi les jeunes filles de son milieu, elle se distingue comme la plus élégante. Pourtant, elle n&rsquo;est pas heureuse: «Mon cœur éprouvait une soif ardente que rien ne calmait, parce que ce pauvre cœur, toujours esclave de la créature, ne trouvait qu&rsquo;un vide infini dans une affection périssable, et une torture inouïe dans ses résistances à l&rsquo;appel divin».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>L&rsquo;illusion de la vanité</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un des derniers dimanches du Carême 1816, un prêtre de grande vertu, l&rsquo;abbé Jean Wendel Würtz, vicaire à la paroisse Saint-Nizier de Lyon, donne le sermon. Pauline est venue l&rsquo;entendre, vêtue de sa belle robe de printemps. Les paroles du prédicateur sur les dangers et les illusions de la vanité mondaine conquièrent la jeune fille. Elle se reconnaît dans chaque détail du sermon. L&rsquo;office terminé, elle se rend à la sacristie et s&rsquo;ouvre à l&rsquo;homme de Dieu. Après une confession générale, la pénitente, radieuse et baignée de larmes, est radicalement changée. Elle s&rsquo;habille avec une robe violette très ordinaire, un bonnet blanc sur la tête. Mais, écrira-t-elle, «il m&rsquo;était si terrible de briser avec mes habitudes de luxe et d&rsquo;élégance que, les premiers mois de ma conversion, je souffrais cruellement quand je me montrais en public avec mon costume ridicule. J&rsquo;évitais alors de regarder les jolies robes de mes amies; car ces choses avaient encore pour moi un si grand attrait, que jamais je n&rsquo;aurais pu vaincre cette vanité, si je l&rsquo;eusse ménagée».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;âme purifiée, Pauline entend clairement l&rsquo;appel à une vie plus parfaite. Elle s&rsquo;adonne avec ferveur à la prière et à la pénitence, visite les pauvres et les malades dont elle panse avec beaucoup de délicatesse les plus répugnants ulcères. Elle refait le geste d’amour de saint François d’Assise, et devient sa disciple dans l’Ordre Franciscain Séculier. Elle organise un petit atelier de fabrication de fleurs artificielles, pour jeunes filles sans emploi. Dans la nuit de Noël, à la chapelle de Fourvière, Pauline se place devant l&rsquo;autel de la Vierge Noire et offre sa vie à Dieu par le vœu de virginité perpétuelle. Gratifiée de nombreuses grâces célestes et douée d&rsquo;un haut degré de contemplation et d&rsquo;intimité avec le Seigneur, elle entend l&rsquo;appel de Dieu à se consacrer au service des autres. Au contact du Christ dans la Sainte Eucharistie, des lumières profondes sur le mystère du Rédempteur lui sont communiquées; elle désire les transmettre à d&rsquo;autres âmes. De fait, d’ardentes filles, ouvrières ou domestiques, partageant son désir de faire réparation au Cœur de Jésus inconnu et méprisé, se groupent autour d&rsquo;elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>La Propagation de la Foi</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les bouleversements de la Révolution ont tari les ressources et le recrutement des congrégations missionnaires. À la lecture des Bulletins des Missions Étrangères, Pauline s&rsquo;émeut de la situation et commence à recueillir quelques aumônes pour les Missions. Après avoir prié et réfléchi, elle reçoit, en automne 1819, l&rsquo;inspiration d&rsquo;une œuvre d&rsquo;aide aux Missions: «Un soir que je cherchais en Dieu le secours, c&rsquo;est-à-dire le plan désiré, la claire vue de ce plan me fut donnée et je compris la facilité qu&rsquo;aurait chaque personne de mon intimité à trouver dix associés donnant un sou chaque semaine pour la Propagation de la Foi. Je vis en même temps l&rsquo;opportunité de choisir, parmi les plus capables des associés, ceux qui inspireraient le plus de confiance pour recevoir de dix chefs de dizaine la collecte de leurs associés, et la convenance d&rsquo;un chef, réunissant les collectes de dix chefs de centaine, pour verser le tout au centre commun». Consulté, l&rsquo;abbé Würtz lui dit: «Pauline, vous êtes trop bête pour avoir inventé ce plan&#8230; Évidemment, il vient de Dieu. Aussi, non seulement je vous permets, mais je vous engage fortement à le mettre à exécution!»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré bien des oppositions et des incompréhensions, l&rsquo;œuvre de la Propagation de la Foi se répand avec la rapidité de l&rsquo;éclair, en France puis dans le monde entier, apportant aux Missions des secours considérables. Un conseil de gestion est créé. Pauline s&rsquo;efface devant lui: «Je laissai à qui voulut le prendre, l&rsquo;honneur de cette fondation divine dont l&rsquo;inspiration était du Ciel». Dans sa prière, elle rend grâces à Dieu: «Vous avez jeté les yeux sur ce que vous avez trouvé de plus petit ici-bas, pour en faire l&rsquo;instrument de votre Providence et procurer la gloire de votre adorable Nom, afin que nulle chair ne puisse se glorifier devant vous».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le zèle intense de Pauline en faveur des Missions s&rsquo;inspire directement de l&rsquo;Évangile. Avant de monter aux Cieux, le Seigneur Jésus a envoyé ses disciples en disant: Allez dans le monde entier, proclamez l&rsquo;Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé (Mc 16, 15-16; cf. Mt 28, 18-20). Ce mandat missionnaire révèle la bonté de Dieu qui veut que les hommes connaissent la vérité et soient sauvés (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, «le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l&rsquo;Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut; mais l&rsquo;Église, à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C&rsquo;est parce qu&rsquo;elle croit au dessein universel de salut, qu&rsquo;elle doit être missionnaire» (Déclaration Dominus Jesus, Congrégation de la Doctrine de la Foi, 6 août 2000, n. 22).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Pourquoi la Mission?</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, de nos jours, constate le Pape, «certains s&rsquo;interrogent: la mission auprès des non-chrétiens est-elle encore actuelle?&#8230; Le respect de la conscience et de la liberté n&rsquo;exclut-il pas toute proposition de conversion? Ne peut-on faire son salut dans n&rsquo;importe quelle religion?&#8230; En remontant aux origines de l&rsquo;Église, nous voyons clairement affirmé que le Christ est l&rsquo;unique Sauveur de tous, Celui qui seul est en mesure de révéler Dieu et de conduire à Dieu&#8230; <em>Car il n&rsquo;y pas sous le ciel d&rsquo;autre Nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés</em> (Ac 4, 12). Cette affirmation, adressée par saint Pierre au Sanhédrin, a une portée universelle, car pour tous – Juifs et païens –, le salut ne peut venir que de Jésus-Christ&#8230; Cette révélation définitive que Dieu fait de lui-même (en Jésus-Christ) est la raison fondamentale pour laquelle l&rsquo;Église est missionnaire par sa nature. Elle ne peut pas ne pas proclamer l&rsquo;Évangile, c&rsquo;est-à-dire la plénitude de la vérité que Dieu nous a fait connaître sur Lui-même. Le Christ est l&rsquo;unique médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tm 2, 5-7). Les hommes ne peuvent donc entrer en communion avec Dieu que par le Christ, sous l&rsquo;action de l&rsquo;Esprit. Sa médiation unique et universelle, loin d&rsquo;être un obstacle sur le chemin qui conduit à Dieu, est la voie tracée par Dieu Lui-même» (Jean-Paul II, Encyclique <em>Redemptoris Missio</em>, <em>RM</em>, 7 décembre 1990, n. 4 et 5). À la question: «Pourquoi la Mission?», le Saint-Père répond que dans le Christ, «et en Lui seulement, nous sommes libérés de toute aliénation et de tout égarement, de la soumission au pouvoir du péché et de la mort. Le Christ est véritablement <em>notre paix</em> (Ep 2, 14), et <em>l&rsquo;amour du Christ nous presse</em> (2 Co 5, 14), donnant à notre vie son sens et sa joie» (<em>RM,</em> n. 11).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec les saints de tous les temps, Pauline a reconnu la nécessité de la Mission. L&rsquo;oeuvre qu&rsquo;elle a fondée se poursuit aujourd&rsquo;hui: la Propagation de la Foi vient en aide à plus de 900 diocèses en Afrique, Asie, Amérique Latine, et Océanie, attribuant à chaque diocèse un subside ordinaire annuel et des subsides extraordinaires selon les besoins. L&rsquo;argent vient de quêtes et de dons faits dans le monde entier et rassemblés à Rome.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre 1822 et 1826, la maladie ainsi que le besoin d&rsquo;une plus grande intimité avec le Seigneur, forcent Pauline à se retirer dans le silence. Les lumières divines qu&rsquo;elle reçoit alors la poussent de nouveau à l&rsquo;action. Très attachée au Saint Rosaire, elle souhaite en propager la dévotion. Constatant que peu de personnes ont assez de temps et de ferveur pour le réciter en entier, elle a l&rsquo;inspiration de le répartir entre quinze personnes qui n&rsquo;auraient qu&rsquo;une dizaine à réciter par jour en méditant sur un mystère. «Il me sembla que l&rsquo;heure était venue, écrira-t-elle plus tard, de réaliser le dessein, formé depuis longtemps, d&rsquo;une association accessible pour tous, qui produirait l&rsquo;union avec la prière, et dont l&rsquo;unique et courte pratique, n&rsquo;effrayant personne, faciliterait aux fidèles l&rsquo;usage de la méditation quotidienne, cette méditation ne fût-elle que de quelques minutes, sur les mystères de la vie et de la mort de Jésus-Christ». Ainsi fut fondé en 1826 «le Rosaire Vivant». Avec l&rsquo;aide d&rsquo;un Père jésuite, Pauline adjoint à cette œuvre la distribution d&rsquo;objets religieux et de bons livres pour réveiller et maintenir la foi. Par la prière et la diffusion de la bonne doctrine, le Rosaire Vivant contribuera à d&rsquo;innombrables conversions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Percevoir la détresse</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de donner un cadre de vie aux jeunes filles qui se sont groupées autour d&rsquo;elle, Pauline fonde l&rsquo;institut des Filles de Marie, consacrées au soin des malades, dans une petite maison qu&rsquo;elle appelle «Nazareth», sur la colline de Fourvière. Puis elle achète une grande propriété voisine, «Lorette», qui devient le siège officiel du Rosaire Vivant. Au mois d&rsquo;avril 1834, Pauline est gravement malade au point de recevoir l&rsquo;Onction des malades. Elle se rend tout de même en Italie et, encouragée par le Pape Grégoire XVI, implore et obtient de sainte Philomène sa guérison. Le Saint-Père, rempli d&rsquo;admiration et de joie à la nouvelle de ce miracle, la reçoit au Vatican. Rentrée à Lyon en 1836, Pauline constate que «Lorette» devient un lieu de rencontre et de vie spirituelle de plus en plus fréquenté où les hôtes sont accueillis avec respect et cordialité. On compte parmi eux saint Pierre-Julien Eymard, saint Jean-Marie Vianney, sainte Thérèse Couderc, sainte Claudine Thévenet&#8230; Toujours à son poste, Pauline écoute, réconforte, éclaire, ouvre son cœur et sa bourse. Un jour de 1842, une jeune fille, Françoise Dubouis, lui apporte une lettre du Curé d&rsquo;Ars: «Mademoiselle Jaricot, je vous adresse une âme, que le bon Dieu a faite bien sûr pour Lui et pour vous&#8230; La Sainte Vierge l&rsquo;a gardée jusqu&rsquo;à présent de tout mal, gardez-la donc à votre tour, et apprenez-lui à aimer davantage Jésus et Marie». Françoise deviendra la confidente de Pauline jusqu&rsquo;à sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis longtemps, Pauline a perçu la détresse provoquée chez les ouvriers par la révolution industrielle. La situation des ouvriers en soierie est particulièrement tragique à Lyon: certains sont logés et nourris par le chef d&rsquo;atelier qui les emploie, entassés avec leur famille dans d&rsquo;étroits logements, gagnant une somme dérisoire pour seize heures de travail par jour. Pauline note: «Chez l&rsquo;ouvrier, la misère affaiblit peu à peu le courage et la vertu. Les personnes riches ne se doutent pas, au sein de l&rsquo;abondance et de la sécurité, de ce qu&rsquo;éprouvent un père, une mère à qui des enfants demandent du pain, quand le travail manque, ou que la maladie le rend impossible&#8230; Du pain!&#8230; Mais alors, pour en avoir, il faut mendier; et tous n&rsquo;ont pas la force d&rsquo;en venir là&#8230; Il me semble avoir acquis la certitude qu&rsquo;il faudrait d&rsquo;abord rendre à l&rsquo;ouvrier sa dignité d&rsquo;homme, en l&rsquo;arrachant à l&rsquo;esclavage d&rsquo;un travail sans relâche; sa dignité de père, en lui faisant retrouver les douceurs et les charmes de la famille; sa dignité de chrétien, en lui procurant, avec les joies du foyer domestique, les consolations et les espérances de la religion». Après avoir longtemps prié, Pauline décide de consacrer sa fortune à la création d&rsquo;un centre industriel où un travail réglé avec prudence et rétribué selon la justice permettrait à Jésus de régner sur les cœurs. Profitant d&rsquo;une occasion favorable, elle jette les bases d&rsquo;une entreprise qui lui sera un véritable chemin de croix pendant vingt années, de 1841 à sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour lancer l&rsquo;usine, Pauline confie la somme de 700 000 francs-or à des personnes qu&rsquo;on lui a recommandées. Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;entreprise semble fonctionner de façon satisfaisante: les comptes-rendus présentés sont optimistes. Mais les hommes d&rsquo;affaires auxquels elle a fait confiance, détournent à leur profit les capitaux. «Je tombai, écrit-elle, comme l&rsquo;homme descendant de Jérusalem à Jéricho, entre les mains de voleurs». Pauline perd sa fortune et se retrouve grevée de dettes, talonnée par les créanciers. Dans cette situation dramatique, son souci se porte d&rsquo;abord sur les nombreux pauvres qui lui ont prêté de petites sommes d&rsquo;argent pour l&rsquo;usine; elle tient fermement à les rembourser pour leur éviter la misère, et, dans ce but, se résout à mendier. Mais cette affaire lui a coûté sa réputation. La direction de l&rsquo;œuvre de la Propagation de la Foi, qu&rsquo;elle a elle-même fondée, statue ainsi sur sa demande de secours: «Vu qu&rsquo;on ne saurait lui reconnaître la qualité de fondatrice, dont elle se prévaut, le conseil se refuse à accorder un secours financier».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Plus que d&rsquo;autres, dira le Pape Paul VI, Pauline devait rencontrer, accepter et dépasser dans l&rsquo;amour une somme de contestations, d&rsquo;échecs, d&rsquo;humiliations, d&rsquo;abandons qui donnèrent à son œuvre la marque de la Croix et sa fécondité mystérieuse». Toutes les portes, en effet, se ferment devant celle qui en a tant ouvert pour d&rsquo;autres, et, à chaque nouvelle souffrance, elle répète: «Mon Dieu, pardonnez-leur et comblez-les de bénédictions à mesure qu&rsquo;ils m&rsquo;abreuvent de plus de douleurs». Le saint Curé d&rsquo;Ars, s&rsquo;exclamera un jour en chaire: «Mes frères! moi, je connais une personne qui sait bien accepter les croix, même les croix les plus lourdes, et qui les porte avec grand amour. Cette personne, mes frères, c&rsquo;est Mademoiselle Jaricot, de Lyon!»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Le véritable bonheur</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1852, on suggère à Pauline d&rsquo;aménager à travers le clos de «Lorette» un raccourci pour accéder au sanctuaire de Fourvière, moyennant l&rsquo;acquittement d&rsquo;un droit de passage. Séduite par cette idée, Pauline obtient les autorisations municipales et met en oeuvre le projet. Les revenus ainsi obtenus lui permettent, au bout de plusieurs années, de rembourser la totalité des dettes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l&rsquo;usine n&rsquo;existe plus: elle a été vendue au profit d&rsquo;un des créanciers. En apparence, Pauline a donc échoué. En réalité, elle a fécondé par ses souffrances bien acceptées d&rsquo;autres oeuvres du même genre qui seront entreprises après elle. Au sein de l&rsquo;Église, elle a été l&rsquo;une des premières voix à s&rsquo;élever contre les abus de la révolution industrielle, préparant ainsi l&rsquo;Encyclique <em>Rerum Novarum</em> (1891) de Léon XIII, sur les droits des ouvriers à un juste salaire et à des conditions de vie décentes. De nos jours, l&rsquo;Église, confrontée à des situations nouvelles, continue d&rsquo;insister sur les devoirs de justice et de solidarité. Le 4 novembre 2000, le Pape Jean-Paul II a déclaré aux responsables politiques, lors de leur jubilé à Rome: «Avec le phénomène de la mondialisation des marchés, les pays riches et développés tendent à améliorer davantage encore leur situation économique, tandis que les pays pauvres tendent à sombrer dans des formes de pauvreté toujours plus pénibles&#8230; C&rsquo;est l&rsquo;esprit de solidarité qui doit croître dans le monde, pour vaincre l&rsquo;égoïsme des personnes et des nations&#8230; Les chrétiens qui se sentent appelés par Dieu à la vie politique ont pour tâche de soumettre les lois du marché «sauvage» aux lois de la justice et de la solidarité. C&rsquo;est l&rsquo;unique moyen d&rsquo;assurer à notre monde un avenir pacifique, en détruisant à la racine les causes de conflits et de guerres: la paix est le fruit de la justice».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après un répit de 35 ans, la maladie de cœur de Pauline s&rsquo;aggrave. Affaiblie pendant plusieurs mois, la servante de Dieu reçoit à nouveau l&rsquo;Onction des malades le soir du premier dimanche de l&rsquo;Avent 1861. Le 9 janvier suivant, bien avant l&rsquo;aube, on l&rsquo;entend murmurer: «<em>Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés&#8230; Marie! Marie! Oui, oui, fiat!</em>» enfin: «<em>Marie, ma Mère&#8230; je suis&#8230; tout à vous&#8230;!</em>» Ce sont ses ultimes paroles. À cinq heures du matin, le sourire aux lèvres, Pauline exhale son dernier souffle et entre, toute jeune, toute belle, toute radieuse dans la vraie vie, la Vie Éternelle. Le 25 février 1963, le bienheureux Pape Jean XXIII a déclaré l&rsquo;héroïcité de ses vertus, ce qui lui vaut le titre de Vénérable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Six ans avant sa mort, Pauline avait rédigé un testament spirituel où on peut lire: «<em>Mon seul trésor est la Croix! En m&rsquo;abandonnant à vous, Seigneur, je souscris à mon véritable bonheur; je prends possession de mon seul vrai bien. Que m&rsquo;importe donc, ô volonté tout aimée et tout aimable de mon Dieu, que vous m&rsquo;ôtiez les biens terrestres, la réputation, l&rsquo;honneur, la santé, la vie, que vous me fassiez descendre par l&rsquo;humiliation jusque dans le puits et l&rsquo;abîme le plus profond&#8230; J&rsquo;accepte votre calice. Je m&rsquo;en reconnais tout à fait indigne, mais c&rsquo;est encore de vous que j&rsquo;attends le secours, la transformation, l&rsquo;union et la consommation du sacrifice pour votre plus grande gloire et le salut de mes frères</em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du 17 au 19 septembre 1999, ont eu lieu à Lyon et à Paris des célébrations en l&rsquo;honneur du bicentenaire de la naissance de Pauline Jaricot. À cette occasion, le Pape Jean-Paul II a adressé à l&rsquo;archevêque de Lyon une lettre élogieuse pour la Vénérable: «Par sa foi, sa confiance, sa force d&rsquo;âme, sa douceur et l&rsquo;acceptation sereine de toutes les croix, Pauline se montra vraie disciple du Christ&#8230; Mettre en évidence cette figure marquée très tôt par une volonté inouïe d&rsquo;entreprendre, doit stimuler l&rsquo;amour de l&rsquo;Eucharistie, la vie d&rsquo;oraison et l&rsquo;activité missionnaire de toute l&rsquo;Église dont la fin propre est de s&rsquo;unir au Sauveur, de le faire connaître et d&rsquo;attirer à Lui tous les hommes&#8230; En se mettant à l&rsquo;école de Pauline, l&rsquo;Église doit trouver un encouragement pour affermir sa foi, qui ouvre à l&rsquo;amour des frères, et pour suivre sa tradition missionnaire, sous les formes les plus variées».</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après Dom Antoine Marie osb, abbé <em><u>Source</u></em><em>&nbsp;: </em><a href="http://www.clairval.com/"><em>www.clairval.com</em></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pauline Jaricot</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le génie de la simplicité, le réalisme de la vie mystique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">(Auteur :&nbsp;Agnès Renault &#8211; Parution F&amp;L n° 183 d&rsquo;Avril 2000)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>J’encourage les catholiques de France à connaître davantage cette vocation exceptionnelle qui embellit une longue tradition de témoins du Christ, remontant aux martyrs de Lyon et à saint Irénée.</em>(Jean-Paul II)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Son message répond aux besoins de notre temps… Elle peut être un modèle pour une femme jeune, dynamique, active, mais aussi pour une contemplative.</em>(Cardinal Tomko)</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la fin de la Messe de l’église Saint-Nizier, un dimanche du carême 1816, l’abbé Wurtz, qui vient de prêcher sur la vanité, est interpellé par une très jeune fille aux yeux noirs et au visage avenant, habillée au goût du jour avec raffinement et élégance : robe de taffetas rose, chapeau de paille d’Italie orné de roses sur de belles boucles brunes. Monsieur l’abbé, lui dit-elle, votre sermon m’a touchée au plus haut point, en quoi consiste la vanité coupable ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’abbé n’hésite pas : « Pour certains, elle est tout entière dans l’amour de ce qui retient le cœur captif, quand Dieu l’invite à s’élever plus haut ! »</p>



<p class="wp-block-paragraph">La jeune fille déjà ébranlée par le sermon, comprend que ces paroles sont pour elle ; c’est le coup de foudre, sa vie en quelques jours&nbsp; bascule dans le don total d’elle-même : « vivante de sa propre vie », comme elle l’écrira. C’est Pauline Jaricot que Dieu confiait en ce jour à l’abbé qui, fidèle à l’Esprit Saint, saura conduire cette âme exceptionnelle sur le chemin de la sainteté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une enfance choyée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle était née le 22 juillet 1799 et fut baptisée le lendemain. La famille Jaricot, des soyeux de Lyon, connaissait une honnête prospérité. Pauline a quatre grands avant elle, Paul, Sophie, Laurette et Narcisse handicapé, qui mourra à vingt ans ; Philéas lui, a deux ans de plus qu’elle, c’est son cher compagnon qui deviendra son âme sœur. Le petit garçon rêve de mission en Chine, la petite sœur de toute sa fougue, l’assure qu’elle le suivra, mais lui ne veut rien entendre : que faire d’une fille ? « Toi, tu prieras pour moi, et aussi tu prendras un râteau, tu ramasseras des tas d’or et tu me les enverras par barils. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le frère et la sœur semblent l’un et l’autre bien loin de ces projets enfantins dans la vie mondaine dont ils sont esclaves à l’adolescence. Pauline est belle, la toilette lui va bien, elle est remarquée admirée, et… heureuse de l’être : Il aurait fallu être morte ou de glace pour ne pas ressentir l’impression des flatteries, des attentions et des paroles doucereuses qui m’étaient prodiguées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour de sa première communion, elle avait promis à Dieu de lui être fidèle et lui avait demandé de la punir si elle manquait aux engagements de son baptême. Mais la vanité faillit bien l’emporter : Toutes mes actions étaient faites pour plaire…</p>



<p class="wp-block-paragraph">A 16 ans, elle fait une chute d’un tabouret fort haut dont les pieds se cassèrent. Elle en est si gravement atteinte qu’on pense ses jours en danger, sa mère offre sa vie à Dieu qui accepte l’offrande, la maman meurt, Pauline guérit. Une fois le deuil passé, sa santé rétablie, elle reprend sa vie mondaine mais son âme n’est pas en paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tu prends le bouillon trop chaud, vas-y avec plus de mesure</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle a 17 ans, quand sa rencontre avec l’abbé Wurtz, suivie d’une confession générale bouleverse sa vie. Elle remplace ses belles parures par une robe de drap violet avec pèlerine comme en portent les femmes du peuple. Plus de chapeau de paille d’Italie, ni de cheveux bouclés avec soin, mais un bonnet blanc de servante. Son frère se rit d’elle, pense qu’il s’agit de lubies qui ne tarderont pas à passer : « Tu prends le bouillon trop chaud, vas-y avec plus de mesure. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais elle sait très bien ce qu’elle fait : Si je n’avais pas tout brisé à la fois, je n’aurais rien gagné, j’étais si confuse de paraître en public avec le triste costume violet, que j’en tremblais de tous mes membres. Il fallait cela pour abattre mon orgueil. Un juste milieu eût été insuffisant pour rendre ma résolution inébranlable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A Noël 1816</strong>, elle fait vœu de virginité perpétuelle. Peu à peu ses amis l’abandonnent mais elle découvre chez les pauvres beaucoup d’amour, une grande ferveur, de vrais adorateurs. L’argent que son père ne lui refusait pas est maintenant mis au service des pauvres, des malades, du placement des jeunes filles abandonnées. Son temps se partage entre la tenue de la maison, ses œuvres de charité et la prière près du tabernacle : le désir de sauver les âmes grandit en elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je cherchais partout mon Dieu, je le voyais partout, dans les fleurs, dans les arbres, dans les étoiles, dans la lune…</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une vocation eucharistique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La veille des Rameaux 1817, le Seigneur appelle Pauline à une vie de réparation pour la France et pour l’Église, mission dont elle se sait incapable : Je m’abaissai devant le Seigneur en me reconnaissant indigne d’apaiser sa justice. Mais il me fut répondu que si je voulais être bien obéissante et fidèle, Jésus-Christ se servirait de la sainte Communion pour me transformer en lui et m’absorber en son Etre infini !</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là le secret de sa vie, la source dont toutes ses œuvres jailliront, l’agent de sa transformation intime jusqu’à l’union à Jésus dans l’abandon, l’agonie et la déréliction.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Toute la terre m’a paru fécondée par la présence de ce divin Sauveur dans le Très Saint Sacrement. De cela résulte la correspondance avec mon frère… De cette correspondance et de cette disposition personnelle, est venue la Propagation de la Foi.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline sait que sa vocation est de rester laïque dans le monde. Elle recrute parmi les ouvrières des jeunes de son âge, les Réparatrices du Cœur de Jésus méconnu et méprisé et les entraîne dans la vie qu’elle a embrassée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le sou hebdomadaire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour répondre à l’appel de son frère qui, devenu prêtre, se dévoue pour les missions d’Asie, Pauline à dix-neuf ans lance auprès des deux cents ouvrières de l’usine de son beau-frère l’opération « du sou hebdomadaire »: chaque semaine, une quêteuse recueille le sou que les volontaires donnent pour les enfants abandonnés de Chine. (Un sou = un peu moins d’un franc). Les recettes sont maigres et Pauline demande à Dieu de lui inspirer un plan: elle désire intéresser tous les fidèles à l’œuvre missionnaire universelle. Dieu répond : La claire vue de ce plan me fut donnée et je compris la facilité qu’aurait chaque personne de mon intimité à trouver dix associés donnant un sou chaque semaine pour la Propagation de la Foi*… Chaque associé doit en trouver dix autres, qui à leur tour, en trouve dix autres, chacun formant ainsi des « centaines » puis des « milliers » jusqu’à l’infini. Les « dizaines », les « centaines » et les « milliers » recueillent respectivement la collecte hebdomadaire de dix, de cent, de mille personnes associées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pauline vous êtes trop bête pour avoir inventé ça !</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est sur un ton admiratif que l’Abbé Guichardot adresse ces paroles à la jeune fille venue lui exposer son plan : s’il ne vient pas de moi pense Pauline, il vient de Dieu, c’est la confirmation attendue. Quelques Réparatrices s’engagent : l’une pour assurer son sou par semaine, remplace son bonnet blanc par un bonnet noir, le sou donné pour&nbsp; le repassage ira aux missions ; d’autres resteront debout pendant la messe et le sou destiné aux chaisières prendra la même direction…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 20 octobre 1820, après onze mois seulement de fonctionnement plus de cinq cents associés ont rassemblé 1439,35 F versés aux Missions Étrangères de Paris*.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La semence jetée en terre par Pauline est devenue un grand arbre, l’œuvre de la Propagation de la Foi. Dans son sillage toute l’Église est invitée à cet engagement concret.</em> Paul VI</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une œuvre universelle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuvre de la Propagation de la Foi dans sa formule définitive, universelle, va prendre corps le 3 mai 1822. De hauts et riches personnages prennent à leur compte le plan de Pauline, en la dépossédant ils assurent à l’œuvre une solidité et un avenir que notre jeune missionnaire n’aurait jamais pu lui conférer. La prodigieuse extension de l’œuvre dont Pauline eut « l’intuition, l’initiative et la méthode » (Paul VI, 1972) se réalise sans elle, fécondée par le sacrifice qu’elle accepte même si elle dut bouillir intérieurement !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Messieurs à mon titre de fondatrice je peux, sans mentir, ajouter celui de nourrice de l’œuvre ; car pendant trois ans j’ai soutenu le zèle de mes associés, en leur communiquant les lettres de mon frère. Ces lettres furent comme les premières Annales de la Propagation de la Foi.</em> Lettre de Pauline écrite par obéissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le pauvre ver à soie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline à 23 ans suspend toutes ses activités : Après quelques années de ce remue-ménage, de greniers d’hôpital, de petites mendiantes à placer, mon confesseur, éclairé de Dieu sans doute, me signifia d’avoir à cesser ce métier, pour songer à me retirer dans les Plaies du Seigneur, afin d’entrer dans la voie de la prière… A ma honte, je vous avouerai que j’eus bien du mal à comprendre… Ce nouvel état de vie fut bien un peu celui du pauvre ver à soie qui, privé de la verdure, travaille dans les branches de bruyère sèche à s’enfermer dans son tombeau…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’œuvre du Rosaire-vivant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De 23 à 26 ans, la bouillante Pauline cesse toutes ses activités. En une nuit elle écrit un petit traité eucharistique. Ce temps d’enfouissement imposé par son directeur trouvera sa fécondité dans l’œuvre du Rosaire-Vivant. Cette belle dévotion laissée aux dévotes de profession, peut revivifier l’Église affaiblie en cette époque troublée, pense-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe est le même que pour la Propagation de la Foi. Quinze personnes, une pour chacun des quinze mystères… Chacune récitera tous les jours une dizaine de chapelet en méditant sur un mystère de la vie de Jésus, tiré au sort et qui change chaque mois. Chacune cherchera cinq autres membres qui, à leur tour, chercheront à multiplier les adhérents. Il y aura des bons, des médiocres et quelques autres personnes qui n’ont que de la bonne volonté… « Quinze charbons, un seul est bien allumé, trois ou quatre le sont à demi et les autres non. Rapprochez-les, c’est un brasier ! » (H. Ramière, sj). Grégoire XVI donne son approbation officielle. Le Rosaire-Vivant s’étend comme un incendie en France, puis dans tous les pays du monde : plus de 2 millions d’associés en 1862.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lorette</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline a trente-trois ans quand elle achète sur les pentes de Fourvières, une maison à laquelle elle donne le nom de Lorette, où avec plusieurs compagnes, laïques comme elle, elle répond aux énormes obligations créées par le Rosaire Vivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant l’année 1832 sont partis de Lorette cent quarante mille livres ou brochures, quatre-vingt mille images, quarante mille médailles, dix-neuf mille chapelets ou crucifix !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son souci est aussi de préserver le coteau de Fourvières, non de dangers imaginaires et à venir, mais de celui très réel&nbsp; et imminent d’être envahi par des bâtisses et petits rendez-vous de plaisir… Elle acheta, dans ce but, des propriétés à l’intention de plusieurs congrégations. Elle jouissait d’une fortune conséquente et fut aidée par plusieurs membres de sa famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comme un enfant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La spiritualité à laquelle elle invite ses filles se résume à une consigne : vivre devant Dieu comme un enfant : mon but était d’accoutumer mes chères filles à aimer Jésus et Marie comme les petits enfants aiment leur père et leur mère, sans façon, tout simplement… à ne pas craindre de les avoir présents dans nos moments de distraction, dans les&nbsp; conversations ordinaires, dans les repas, le travail, les tentations, comme font les enfants qui s’amusent, parlent, mangent, dorment, travaillent, prennent même leurs caprices sous les yeux de leur père et de leur mère…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que ses filles et elle-même soient comme des jouets dans la main du Maître… Si plus jeune elle se sentait appelée à devenir victime et réparatrice, avec le temps, elle comprit que cela même était une ambition trop prétentieuse : elle se donne et se livre à son Jésus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle ne savait pas quel Calvaire l’attendait en ses dernières années !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Maria Dubouis, prémonition du Curé d’Ars ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Maria fut la compagne fidèle dans les temps d’épreuve. Elle fut confiée à Pauline par le saint Curé d’Ars : « Je vais vous confier à une mère qui saura vous faire avancer dans l’amour de Jésus-Christ… » En 1842, il l’envoie à Pauline avec une lettre : « Je vous adresse une âme que le Bon Dieu a faite pour lui et pour vous… »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline alors est heureuse : « Quand j’arrivai à Lorette, écrira Maria, c’était le beau temps où l’on venait chez notre mère comme on va chez le Bon Dieu, demander et recevoir tout ce dont on avait besoin. » La maison ne désemplissait pas de visiteurs appartenant à toutes les classes de la société, y compris des évêques et des cardinaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le temps de l’épreuve</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La santé de Pauline, pourtant, n’est pas bonne, elle faillit mourir et guérit miraculeusement, une fois à Lorette, une autre fois à Rome, en 1835. Malgré cela elle ne désarme pas. La grande misère des ouvriers torture son cœur. Elle en vient à acheter une usine, aidée par des hommes d’affaire frauduleux qui la conduisent à la ruine. Étrange permission de Dieu pour une personne si avisée et prudente en affaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline tenta l’impossible pour sauver l’entreprise. Elle se porta garante des dettes contractées ne voulant pas léser ses débiteurs. Pendant trois ans, à la cinquantaine, affaiblie par l’âge et la maladie elle parcourt la France, souffrant affreusement des jambes, mais surtout moralement car elle ne rencontre que mépris et ingratitude : elle plaide la cause de ses usines et l’œuvre des ouvriers. Heureusement, Maria est là, présence d’un ange donné par Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’y fit, tous l’abandonnent, elle boit le calice jusqu’à la lie, méprisée, injuriée, harcelée par ses débiteurs, obligée de recourir aux tribunaux.<br>Souffrant dans son corps et dans son âme elle vécut jusqu’à 63 ans, onze années d’agonie jusqu’à sa mort le 9 janvier 1862. Ses funérailles furent celles d’une pauvresse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Notre mère faisait pitié : certaines personnes la tourmentaient du matin jusqu’au soir, résolues à se faire rembourser sur l’heure. Les pauvres gens, eux, ne l’accablaient pas ; ils pleuraient avec elle, ce qui lui perçait le cœur bien plus que les reproches des riches.</em> Maria Dubouis</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Visite au curé d’Ars</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Début mars 1859, Pauline se rend à Ars pour exposer au Saint l’impossibilité où elle se trouve de rembourser ses dettes : <em>« Ma Sœur, acceptez courageusement cette cruelle épreuve… Vous ne pouvez faire l’impossible. »</em> Il remet à Pauline une croix, sur le bois on pouvait lire : Dieu seul pour témoin, le Christ pour modèle, Marie pour soutien, et puis : rien… rien qu’amour et sacrifice.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a></a> <strong>Le projet social de Pauline Jaricot</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ballotté sur le marché du travail, à la merci d’opérations financières qui lui échappent, l’ouvrier n’a pas confiance dans l’avenir, ni prise sur lui. Il désespère de l’épargne, tandis que l’or étend son empire et le nombre de ses victimes. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudrait d’abord rendre à l’ouvrier sa dignité d’homme en l’arrachant à l’esclavage d’un travail sans relâche ; sa dignité de père, en lui faisant goûter les douceurs et les charmes de la famille ; sa dignité de chrétien, en lui procurant avec les joies du foyer domestique les consolations et les espérances de la religion. En un mot je voudrais qu’on rendît l’époux à l’épouse, le père à l’enfant, et Dieu à l’homme car il est le bonheur et la fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* * *</p>



<p class="wp-block-paragraph">* Les Missions étrangères : Société de la rue du Bac à Paris, fondée au XVIIème siècle pour envoyer des missionnaires en Asie. C’est à elle que furent envoyées les premières quêtes de Pauline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Association de la Propagation de la Foi : groupe Lyonnais fondé sur l’inspiration de Pauline Jaricot le 3 mai 1822, « œuvre temporelle de quête».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pie XI a institué une collecte lors de la journée missionnaire mondiale qui se fait dans toutes les Églises catholique l’avant-dernier dimanche d’octobre. L’intégralité de la somme est recueillie à Rome pour les besoin de l’Église universelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Je connais quelqu’un qui a beaucoup de croix et de très lourdes, et qui les porte avec un grand amour, c’est mademoiselle Jaricot.</em>&nbsp;Curé d’Ars</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pauline Jaricot</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">1799 &#8211; 1862</p>



<p class="wp-block-paragraph">On connaît son œuvre&nbsp;: la Propagation de la Foi, le Rosaire vivant. Mais Pauline-Marie Jaricot, qui a semé, a laissé à d’autres le soin de récolter les fruits. Elle s’est totalement dépossédée de son œuvre, et les hommes ont fini par la déposséder de tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline Jaricot n’est pas d’abord l’initiatrice d’une œuvre qui a essaimé dans le monde entier. Elle est une femme que Dieu a saisie, et que l’on ne peut comprendre sans s’efforcer de la rencontrer dans son expérience mystique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La radicalité de son oui à Dieu qui a pour pendant la radicalité d’un non à l’esprit du monde, la conduit dès le début sur les hauts plateaux de la vie contemplative. Dans cette période de jeunesse elle est gratifiée de signes tangibles de la présence du Seigneur, qui la préparent à affronter par la suite un long chemin de croix. Jésus se présente à elle tout à la fois comme l’Epoux, qui sans cesse l’assure de son amour, et comme un Maître intérieur qui conduit son disciple vers la pleine offrande de sa vie. Le oui de Pauline à Jésus fut un oui à sa croix. Et c’est à travers la croix, durant les dix dernières années de sa vie, qu’elle aura pu mesurer ce que voulait dire le oui de ses dix-sept ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie tout entière de Pauline, dont on ne peut séparer l’expérience mystique de l’engagement social et missionnaire, témoigne du chemin de la grâce dans un cœur qui, sans retour, dit oui à l’Amour divin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline Jaricot est née à Lyon le 22 juillet 1799 dans une famille de soyeux, profondément chrétienne. Après une enfance fervente, lors de son adolescence elle tombe dans une certaine tiédeur et mène une vie chrétienne médiocre. Elle se laisse séduire par les illusions du monde. Mais elle n’est pas heureuse. Après une lutte de plusieurs mois, qui la rendit bien malheureuse, elle finit par être vaincue par l’appel de Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le coup décisif qui fixa définitivement son orientation fut un sermon entendu un dimanche de Carême 1816. Le prédicateur, l’abbé Wurtz, prêche sur la vanité. Pauline est touchée. Elle se convertit totalement et renonce définitivement au monde. Elle décide de se donner à Dieu et déclare à son entourage&nbsp;: Désormais, Jésus-Christ sera tout pour moi. Elle a 17 ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entraînée par la force de l’amour, elle se lance dans les œuvres de charité en visitant les malades et les pauvres. En même temps elle se plonge longuement dans la prière, spécialement au pied du Saint-Sacrement dans l’église de Saint Nizier sa paroisse. Le Seigneur va la combler de grâces précieuses. Son confesseur lui enjoint alors de s’abstenir des œuvres extérieures pour se consacrer uniquement à la prière. Bien que Pauline soit faite, comme elle le dit elle-même, pour aimer et agir, elle obéit. De 1816 à 1824, elle va s’enfoncer dans une vie purement contemplative. Elle va être submergée par le Seigneur de grâces et de faveurs exceptionnelles destinées à la sanctifier et à la préparer pour sa mission ecclésiale. Enracinée dans la contemplation, elle pourra se lancer dans une action de grande envergure pour l’Eglise&nbsp;: la Propagation de la Foi et le Rosaire vivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de la veille de la fête des Rameaux en 1817, alors qu’elle priait auprès du Saint-Sacrement, elle avait entendu le Seigneur lui demander&nbsp;: Veux-tu souffrir et mourir pour moi&nbsp;? Elle comprit que cette demande avait trait à la conversion des pécheurs. Sous l’inspiration de la grâce, elle s’est offerte comme victime pour le salut du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A propos de sa consécration, elle écrit dans «&nbsp;Histoire de ma vie&nbsp;»&nbsp;: <em>Je prononçai enfin le vœu irrévocable qui fixait tous les mouvements de mon cœur. […] je lui promis avec serment de n’avoir jamais d’autre Epoux que lui […]. Ô Marie, ô ma Mère, vous fûtes le témoin fidèle de mon bonheur, vous reçûtes mes vœux pour les présenter à votre Fils et par là vous devîntes doublement ma tendre Mère&nbsp;! […] Je me considérais comme la conquête de l’amour divin et je me redisais&nbsp;: je suis l’épouse de Jésus-Christ. J’osais prendre avec lui la tendre familiarité d’une épouse qui se confie à son époux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa forme de vie est «&nbsp;dans le monde&nbsp;». Jésus lui dira (citation libre de mémoire)&nbsp;: dans le monastère où tu résides, l’Abbesse c’est Marie. Elle ne souffrirait que son enfant donne le nom de Mère à une autre qu’elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline accueille simplement ce que le Seigneur lui donne. Elle ne se rend pas compte immédiatement du caractère extraordinaires des grâces reçues. Le Seigneur va intervenir de différentes façons&nbsp;: par des illuminations intérieures, par des impressions dans son entendement, aussi par la «&nbsp;voix&nbsp;» du Christ.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les grandes dévotions de Pauline</strong>&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>envers l’Eucharistie&nbsp;: «&nbsp;J’ai tout appris au pied de votre autel&nbsp;», écrira-t-elle. Jésus lui demande de devenir une eucharistie vivante par la communion quotidienne.</li>



<li>envers la Passion de Jésus&nbsp;: Jésus lui parle du trône sur lequel il veut la placer, qui est la Croix.</li>



<li>envers le Sacré-Cœur&nbsp;</li>



<li>envers Marie comme sa Mère, sa protectrice, celle qui a obtenu de Jésus toutes ses grâces. Marie est témoin de son vœu de virginité. Elle la regarde aussi par rapport à sa place et son rôle dans l’Eglise&nbsp;: Mère de l’Eglise.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps que sa vocation personnelle, Pauline reçoit sa vocation ecclésiale. C’est un seul bloc. Pauline est l’épouse. L’épouse est occupée du bien de l’Epoux. L’amour du prochain chez Pauline dérive de sa vie d’union au Christ, chef du Corps mystique&nbsp;: le bien de l’Epoux est celui de l’épouse. Pauline aime l’Eglise passionnément à la mesure de son amour du Christ.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sainte Eglise de Dieu, ma Mère, combien je vous ai aimée&nbsp;!&#8230; […] Je ne me repentirai jamais de n’avoir vécu que pour vous, dès ma jeunesse.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Seigneur lui prédit qu’elle devra souffrir pour le salut du peuple&nbsp;: <em>En te dévouant pour le salut de tous, tu souffriras tout ce que les impies désireraient faire souffrir à l’Eglise, ils épuiseront sur toi leur haine contre elle.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Extraits des «&nbsp;Ecrits de Jeunesse&nbsp;» (18-25 ans)</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai aimé Jésus-Christ plus que tout sur la terre et pour l’amour de Lui, j’ai aimé plus que moi-même tous ceux qui étaient dans le travail ou dans la douleur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon enfant, parle-moi toujours. Demande-moi le salut de mon peuple. Ne crains pas de me fatiguer par ta conversation de quelque manière que tu la fasses, l’amour ne se lasse jamais d’entendre la voix de l’objet aimé. Ma croix, mes blessures ne te disent-elles pas le sujet de ma tendresse pour toi&nbsp;? (…) pour ton amour, je me fais pain et me donne tous les jours en nourriture à ton âme (…)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon enfant, tes infirmités me font plus pitié qu’elles ne m’irritent. Je les ressens en mon cœur. J’ai compassion de ta misère. Lors donc que tes fautes te troubleront tu viendras te baigner dans mon sang, tu trouveras tous les jours ce bain préparé dans mon cœur, lorsque tu seras dans la peine tu te réfugieras dans mon cœur toujours ouvert pour te recevoir et tu y trouveras la paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste avec moi dans le fond de ton cœur, je suis avec toi et ton cœur est mon tabernacle. Tu es vraiment une église vivante que j’ai consacrée par les saintes onctions et dans laquelle j’habite par la communion que tu fais tous les jours. Prie, adore, sois saisie de respect en ma présence et comme dans l’église lorsque tu es obligée de parler par nécessité tu ne perds pas mon autel de vue, de même quand tu es obligée de parler aux créatures, ne perds pas de vue ma présence en ton cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Souviens-toi ma fille, de tenir toujours la lampe de la foi, de l’espérance et de la charité allumée dans mon église vivante et de ne jamais cesser de faire fumer en ma présence l’encens de tes prières. C’est toi ma fille, qui est chargée de mon culte. Tu es le prêtre de cette église, obligé d’offrir la victime au Seigneur, et de même que les prêtres offrent le pain et le vin pour être changés en mon corps et en mon sang, ainsi dois-tu t’offrir pour être l’apparence sous laquelle je dois me cacher. De même que les prêtres m’offrent moi-même à mon Père après que le pain et le vin sont changés en moi-même, ainsi dois-tu m’offrir à moi-même en toi après la communion. De même encore que le prêtre doit m’adorer, me bénir, me faire réparation de l’humiliation que j’ai choisie pour l’amour des hommes, ainsi dois-tu t’anéantir, t’humilier en ma présence à la vue de la plus grande des humiliations que j’aie pu choisir. Oui, ma fille, tu dois te pénétrer de tous les sentiments que j’ai envers mon Père dans la divine Eucharistie pour être toi-même une eucharistie vivante, qui m’adore, s’humilie, s’anéantisse pour ma gloire comme je le fais dans mon sacrement pour la gloire de mon Père. (…) Imite-moi, ma fille, et souviens-toi que pendant ma vie mortelle mon humanité adorait, s’anéantissait, priait sans cesse en présence de ma divinité. Veille donc sur ton cœur pour le tenir fermé aux choses extérieures. Entretiens-toi sans cesse avec moi. C’est le règlement que je te donne, la pénitence que je t’impose et le travail que j’exige de toi parce qu’avec cela tu acquerras toutes les vertus qui te manquent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’on a fait à Dieu le sacrifice de sa réputation, de sa santé, de ses affections, de toute sa personne en un mot, il ne faut pas s’inquiéter de ce qu’on deviendra, ni des humiliations qui pourront survenir car si je donne un tableau à quelqu’un et que venant dans sa maison je le trouve placé quelque part où je ne le voudrais pas et que je lui dise, sortez ce tableau de cette place pour le mettre à celle-ci, je montrerai que je n’ai pas donné mon tableau de bon cœur et que je veux y conserver un droit de propriété. De même que si je donne un chien à quelqu’un et que je vienne ensuite tous les jours le caresser, demander si on le nourrit bien et même me fâcher, faire la mine quand on ne prend pas de cet animal tous les soins que je désirerais, on peut dire que je n’ai pas donné mon chien mais que je l’ai mis en pension pour qu’on en prît encore plus soin que je ne pouvais en prendre moi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Consulte-moi toujours avant de parler, tiens-toi unie à moi et prends soin d’être modeste et retenue en présence des personnes d’un sexe différent&nbsp;; n’affecte pas de ne rien craindre avec de telles personnes, aie l’air au contraire de craindre beaucoup afin d’être en sûreté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce serait un désordre dans la nature si les pommiers portaient des poires et les poiriers des oranges, quelque préférable que peut être l’un de ces fruits comparé à l’autre, parce que j’ai créé chaque espèce d’arbre pour produire chaque espèce de fruit. De même tu ne dois vouloir produire des œuvres que je ne te demande pas de toi, mais au contraire celles que je te demande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu ne peux croire combien toutes les attaches, quelques petites qu’elles soient, empêchent les effets de ma grâce et nuisent à mon amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fais attention de bien faire ce que tu fais, sans t’inquiéter ni de ce que tu as fait précédemment, ni de ce que tu dois faire à l’avenir, afin de ne pas faire tout avec inquiétude et mal (impression intérieure)</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre jour pour profiter du parapluie d’une dame, j’ai pensé perdre la bénédiction qui était près de se donner à Fourvière parce que cette dame allant fort doucement j’étais obligée de ralentir mon pas. Une autre dame montait devant nous, elle était sans parapluie et pressée d’un côté par la pluie, de l’autre par la bénédiction qu’on sonnait, elle avançait à grands pas. Voici ce que j’ai compris&nbsp;: cette dame qui va si vite est semblable à ceux qui n’ayant point d’appui humain et ne trouvant point de moyens pour se soustraire aux afflictions passagères de ce monde sont pressés d’une part par ces afflictions, de l’autre par la grâce de Dieu de hâter le pas pour arriver plus vite dans le Cœur Sacré de Jésus. Au lieu donc de se réjouir d’avoir trouvé des créatures qui compatissent à nos maux temporels et qui cherchent à les adoucir par les consolations humaines, une âme consacrée à Dieu doit s’attrister quand on s’intéresse à elle et qu’on lui donne des preuves d’attachement parce que toutes ces consolations terrestres ne servent qu’à ralentir sa marche dans la route de la perfection&nbsp;; pour en profiter elle est obligée de conformer son pas à celui de ces personnes officieuses, elle n’est point libre de courir pour recevoir mes bénédictions célestes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je permets tes chutes pour t’apprendre à te connaître et à te confier en ma grâce toute-puissante&nbsp;; plus tu te connaîtras, plus ta confiance augmentera et plus ma grâce deviendra abondante pour te soutenir&nbsp;; mais le démon veut te faire perdre les fruits de la connaissance de ta misère en t’inspirant du découragement. Ne fais pas attention à sa malice et relève-toi. Marche avec courage comme si tu n’étais pas tombée. Ne te trouble pas du passé, ne t’inquiète pas de l’avenir, fais seulement bien ce que tu fais présentement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma fille, pourquoi n’obéis-tu pas de suite à ma grâce&nbsp;? Pourquoi penses-tu que tu as le temps de te lever, que la nuit est assez longue, lorsque je voudrais que tu te levasses de suite&nbsp;? Apprends que lorsque je t’éveille dans la nuit pour te faire prier, j’ai au même moment des raisons particulières pour que ta prière se fasse de suite. Tu veux être une Eucharistie vivante, considère donc avec quelle promptitude j’obéis aux prêtres dès qu’ils m’appellent. Pense qu’au moment où tu remets à un autre moment pour obéir à ma grâce, j’obéis moi-même sans retardements à la volonté des prêtres qui m’offrent dans d’autres contrées où le jour paraît lorsqu’il fait nuit ici. Apprends donc à m’obéir promptement, si tu veux recevoir mes grâces, et à l’avenir, lève-toi dès que je te réveillerai.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ta chaumière est peinte au dehors. Je l’ai voulu ainsi me réservant seul la connaissance de ta pauvreté intérieure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A mon exemple tu dois m’aimer et aimer mon peuple, t’occuper de ses malheurs, tu dois te tenir cachée aux yeux du monde, souffrir d’être oubliée des créatures, d’être comptée pour rien. Tu dois aimer le silence et si ma gloire te force de parler, tu dois te laisser diriger par mon inspiration sans chercher à faire briller ton esprit (…). En un mot, t’abandonner à mon Esprit, ne point faire connaître au monde les vertus que tu peux pratiquer, ne point désirer d’être louée et aimée des créatures, ne point souhaiter d’être plainte par elles quand tu souffres (…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne puis souffrir les regards d’un homme sur mon épouse et je veux qu’elle les évite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Où est ta foi&nbsp;? Tu en as manqué en te plaignant contre les personnes qui t’avaient fait de la peine par leurs péchés puisque ceux à qui tu en as parlé ne pouvaient rien y faire et moi seul pouvais remédier à ces maux. Viens donc, oui, viens à moi pour te plaindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire la plus pressée d’une épouse n’est-elle pas de converser avec son époux&nbsp;? dès son arrivée, ne laisse-t-elle pas tout ce qu’elle faisait dans le ménage pour rester avec lui seul&nbsp;? et s’il en était autrement, l’époux pourrait-il être content de la voir travailler, même pour lui, abandonnant pour cela sa compagnie&nbsp;? Viens auprès de moi et laisse à mes serviteurs le soin de faire les choses qui t’empêcheraient de rester avec ton céleste Epoux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre Seigneur pour soumettre ma volonté à la sienne se plaît singulièrement à me contrarier en tout. Je fais un projet, quelque bon qu’il soit, il le déjoue en me conduisant ailleurs par mille incidents qu’il fait naître. «&nbsp;Ne dis pas cela à tout le monde, m’a-t-il dit, ce sont les secrets de mon amour. Une épouse ne dit pas ce qui se passe dans son ménage&nbsp;; ne divulgue pas non plus ce qui se passe dans le nôtre. Dis à la bonne heure que tu iras dans tels et tels endroits si je le veux, parce que tout le monde sait bien qu’une épouse fidèle consulte en tout son époux, mais ne dis pas que je te contrarie.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour entre autre où j’avais été remplie d’ardeur dans la prière et que je revenais de l’église toute pleine de consolations intérieures, il me dit en souriant&nbsp;: «&nbsp;tu crois m’aimer dans ce moment plus qu’à l’ordinaire, n’est-ce pas&nbsp;? eh bien&nbsp;! tu te trompes, ce que tu éprouvais vient de ma grâce et non de toi-même, et lorsque tu souffrais la privation des consolations sensibles, tu me prouvais mieux ton amour qu’en ce moment où tu te sens pleine d’ardeur pour moi.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu fais souvent parler ton imagination&nbsp;; quand tu la feras parler, je me tairai.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prie ma Mère, car si je te comble de mes grâces, c’est elle qui te les a obtenues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne rejette pas la pensée qu’un jour, tu seras sainte, mais travaille à le devenir. Jusqu’ici tu n’as rien fait pour le mériter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reste sur ta langue pour la purifier de tant de paroles inutiles. (L’Eucharistie purifie la langue des paroles inutiles)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parcours la route où je t’ai placée, mais va à grands pas&nbsp;; le jour s’avance pour atteindre la croix&nbsp;; il ne faut plus perdre de temps. Crois en ma présence en ton cœur, et ton âme languissante deviendra forte. Tu parcourras des lieux comme un lion plein de courage. Pourquoi crains-tu&nbsp;? Pourquoi es-tu faible quand la force même s’est faite le compagnon de ton voyage&nbsp;? Garde-toi de laisser amollir ton cœur par une tendresse charnelle&nbsp;; pense que je suis devenu ton partage et que tu n’as autre chose à faire que voyager avec moi. Oublie tes parents, ta santé, ta vie et toutes tes craintes pour t’appuyer sur moi seul. Tu n’as pas d’autre époux que moi, je te veux toute entière avec moi. Tu dois sans cesse me prier. C’est là la route que tu dois suivre. Voilà quels sont tes devoirs. Garde-toi d’écouter ceux qui te crieront de t’arrêter. Va toujours. Prie, c’est l’unique béquille qui te fera arriver à mon trône, c&rsquo;est-à-dire à la croix. [….] Ma santé, c’est de vous obéir, ma réputation, c’est de vous plaire, ma gloire, c’est de marcher avec vous&nbsp;; mes parents, c’est vous, vous seul, divin Epoux à qui je suis uniquement.[…] Brisez, Seigneur, les faibles liens qui retiennent mon âme sur le rivage. Faites en moi ce que je veux et que je n’ai pas le courage de faire moi-même afin que je m’éloigne de tout pour voguer en pleine liberté sur la mer de vos miséricordes et de votre vérité. Remplissez surtout ma barque d’une bonne provision de soumission, d’amour, de dévouement pour la sainte Eglise catholique apostolique romaine qui est l’unique pavillon que je veuille toujours arborer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ô mon âme, console-toi, voici ce que te dit ton Seigneur et ton Dieu&nbsp;: «&nbsp;je fais à ton égard comme une tendre Mère fait à l’égard de son enfant quand elle veut lui apprendre à marcher&nbsp;; elle met son enfant devant elle et, se retirant à quelques pas de lui, elle lui tend les bras pour l’encourager à venir à elle, mais lorsqu’il est prêt de s’y jeter, elle se retire encore à peu de distance afin de le forcer à marcher encore. Elle recommence plusieurs fois le même stratagème pour fortifier son enfant et l’habituer à se soutenir sur ses jambes sans appui. Mais l’enfant qui a commencé de marcher en riant, croyant se jeter de suite dans les bras de sa mère, souffre avec peine qu’elle s’éloigne quand il est prêt de l’atteindre. Cependant, il le souffre une fois ou deux, et quand il voit que toujours elle s’éloigne quand il avance, il s’impatience, il pleure, il se croit perdu et si l’on pouvait démêler ce qu’il pense, on verrait qu’il croit que sa Mère se rit de sa douleur et l’abandonne malgré sa faiblesse, tandis qu’elle ne le perd pas de vue et qu’elle est prête à voler à son secours dès qu’elle le verra chanceler.&nbsp;» Rassure-toi donc ô mon âme&nbsp;! rassure-toi pour toujours par ces paroles, la porte vient de t’être ouverte. […] souviens-toi qu’il faut enfin apprendre à marcher seule, qu’il est temps de devenir courageuse et forte. Oui, mon Dieu, je m’en souviendrai et cette douce leçon ne sortira pas de mon cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Couverte de misère, remplie de défauts, n’ayant presque pas la force de soulever mon propre poids, veuillez, ô mon Jésus, me brûler du feu de votre charité, afin que, comme le feu convertit en lui tout ce qu’il touche (que ce soit des immondices ou des objets précieux), je sois aussi (moi qui ne suis qu’un fumier) toute convertie et changée en Vous-même par votre charité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’ardeur missionnaire</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>et la contemplation du mystère eucharistique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Zenit ZF05050606.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ascension 5 mai 2005&nbsp;: le Pape Benoît XVI souhaite que «&nbsp;l’ardeur missionnaire » soit ravivée chez les chrétiens de France, et pour cela il recommande aux fidèles « <em>d’enraciner leur vie et leur action dans la contemplation du mystère eucharistique</em> », à l’instar de Pauline Jaricot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pape Benoît XVI a adressé le 5 mai, par le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano, un message au cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules à l’occasion du rassemblement des délégués nationaux des Œuvres pontificales missionnaires qui se tient à Lyon et de l’inauguration de la maison rénovée de Pauline-Marie Jaricot&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Le Saint-Père s’associe volontiers par la prière à tous les participants. Il souhaite que le rassemblement des Œuvres pontificales missionnaires et les célébrations en l’honneur de Pauline Jaricot ravivent l’ardeur missionnaire parmi les chrétiens de France, afin qu’ils aient l’audace, comme leur devancière lyonnaise, d’annoncer l’Evangile et le salut qui nous vient de l’unique Sauveur, par un témoignage fort et par une prière instante, invitant aussi des jeunes à se rendre disponibles pour la mission dans l’Eglise et pour transmettre au monde la vérité et la lumière du Christ</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Pape souligne la spiritualité eucharistique de la fondatrice: «<em>Pauline Jaricot puisait dans l’Eucharistie la force de la foi et une conviction profondément missionnaire «afin de coopérer à l’expansion de l’Evangile</em>». C’est pourquoi le Saint-Père invite tous les fidèles à enraciner leur vie et leur action dans la contemplation du mystère eucharistique, qui est la source et le «<em>centre du processus de croissance de l’Eglise</em>» (Ecclesia de Eucharistia, n.21). Il rappelle: «<em>il existe un rapport très étroit entre célébrer l’Eucharistie et annoncer le Christ. Entrer en communion avec lui dans le mémorial de la Pâque, cela signifie en même temps devenir missionnaires de l’événement que ce rite rend présent ; en un sens, cela signifie le rendre contemporain de toute époque, jusqu’à ce que le Seigneur revienne</em>» (Fête du Corps et du Sang du Christ, 10 juin 2004) ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauline Marie Jaricot est la fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la Foi. Son intuition permet aujourd’hui à plus de 1500 diocèses sur les cinq continents de recevoir, par les Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM), l’aide indispensable à leur mission d’évangélisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a></a> <strong>« La mission n’est pas optionnelle »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">5 mai 2005</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>La mission n’est pas optionnelle</em> », déclare le cardinal Crescenzio Sepe, préfet de la congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, dans son homélie à Lyon, à l’occasion du rassemblement des délégués nationaux des Œuvres pontificales missionnaires et de l’inauguration de la maison rénovée de Pauline-Marie Jaricot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commentant les lectures bibliques de la fête de l’Ascension, le cardinal Sepe a souligné : «&nbsp;<em>C’est ici que commence la mission! Trois mandats précis sont adressés aux Apôtres: «</em><em><strong>Allez</strong></em><em> vers toutes les nations; </em><em><strong>baptisez</strong></em><em>-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit; </em><em><strong>enseignez</strong></em><em>-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit» </em><em><strong>La mission n’est pas optionnelle</strong></em><em>; elle n’est pas non plus une initiative personnelle; elle </em><em><strong>répond à un commandement précis de Jésus</strong></em><em>. Il n’existe pas de catégories privilégiées qu’il faille évangéliser, en particulier. La mission concerne le monde entier</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Tous les disciples du Christ, sans exception, sont concernés par ce commandement: «Allez!», même s’il existe des modalités différentes pour chacun, continuait le cardinal Sepe. La demande est claire: baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. La Trinité, origine et fin de toutes les créatures, est la raison d’être de la mission. C’est à elle que se réfère le missionnaire qui ne manquera pas de monter souvent sur la montagne de Dieu pour trouver l’inspiration nécessaire à son service, puis redescendre au milieu des hommes </em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>La spiritualité missionnaire a ses fondements dans la communion avec le Christ, l’Envoyé du Père. On ne peut comprendre et vivre la mission qu’en se référant à Lui. Saint Paul, l’Apôtre des Gentils, exhorte les Ephésiens: «Que le Dieu de Notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment» (1,17). «Il ne s’est pas prévalu de son égalité avec Dieu. Au contraire, il s’est lui-même dépouillé prenant la condition d’un serviteur et s’identifiant aux hommes» (Phil 2,5)</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Evoquant l’héritage spirituel de Pauline-Marie Jaricot , il ajoutait: «<em> nous devons rendre grâce pour son étonnante intuition prophétique: l’Oeuvre de la Propagation de la Foi</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et d’expliquer : « <em>Lorsqu’en 1853, son nom figura parmi la liste des pauvres de Lyon, bien qu’héritière d’un riche industriel de cette ville, plusieurs comprirent qu’elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait pour les Missions et pour ceux qui se trouvaient dans le besoin</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Puisse l’humble créature de cette chère Eglise de Lyon inspirer la marche de notre Eglise missionnaire. Puisse-t-elle nous obtenir la grâce d’être disponibles et généreux pour aller annoncer au monde l’Evangile de l’Amour. Le Pape Paul VI dira d’elle: «Plus que quiconque, Pauline dut faire face, accepter et dépasser dans l’amour un grand nombre de contestations, d’échecs, d’humiliations, d’abandon qui marquèrent son oeuvre du sceau de la Croix et d’une mystérieuse fécondité». Le Saint Curé d’Ars lui-même, du haut de son pupitre proclamera: «Frères, je connais une personne qui sait bien accepter les croix, même les plus lourdes, et qui les porte avec un grand amour. Cette personne c’est Mademoiselle Jaricot, de Lyon».</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>En contemplant le mystère de l’Ascension, prions afin que le Seigneur nous donne de comprendre en profondeur l’esprit qui anima la vénérable Pauline Marie Jaricot lorsqu’elle donna la vie à l’Oeuvre Missionnaire. La Vierge Marie nous accompagne sur nos chemins missionnaires, pour le bien de l’Eglise universelle</em> », concluait le cardinal Sepe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La joie de partager, comme Pauline, la force et la beauté de la foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Homélie du </em><em>Cardinal Paul Poupard</em><em> envoyé </em><em>du Pape </em><em>Benoît XVI </em><em>pour&nbsp;la clôture de l’année jubilaire de Pauline Jaricot, à Lyon</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">9 janvier 2013</p>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur le Cardinal, chers frères évêques et prêtres,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous venons d’entendre proclamer la Parole de Dieu. En ce mercredi après l’Epiphanie, saint Jean nous dit et nous redit&nbsp;: «&nbsp;Mes bien-aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres. Dieu est amour. L’amour parfait bannit la crainte. Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Avec le Psalmiste, nous avons rendu grâces au Seigneur&nbsp;: «&nbsp;Qu’éternellement soit béni son nom glorieux&nbsp;!&nbsp;» Et avec l’évangéliste saint Marc, nous avons béni le Seigneur Jésus qui ne cesse de nous redire, comme aux apôtres affolés sur la barque ballottée par le vent contraire, dans la nuit obscure&nbsp;: «&nbsp;Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi éclairés par la Parole de Dieu, nous méditons la vie et la spiritualité de Pauline Jaricot, qui nous réunit en cette Primatiale Saint-Jean pour la clôture de son Année jubilaire, à laquelle le pape Benoît XVI a voulu participer en la personne d’un Envoyé Spécial, en ce 150e anniversaire de sa mort et 50e anniversaire du décret de l’héroïcité de ses vertus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’amour de Dieu, source et moteur d’initiatives étonnantes, et la confiance inébranlable au milieu d’épreuves déconcertantes, ce sont bien les caractéristiques de cette âme de feu, comme le soulignait le Vénérable Pape Paul VI pour le 150<sup>e</sup> anniversaire de la fondation de l’Œuvre de la Propagation de la Foi: «&nbsp;Marie-Pauline Jaricot, écrit-il dans son message, cette authentique file de l’Eglise, si radicalement dévouée à la cause des missions lointaines, et en même temps si préoccupée par les problèmes du monde ouvrier qui l’entourait… Cette jeune fille sut faire face dès 1819 à un besoin pressant de l’Eglise et y associer tout le Peuple de Dieu&nbsp;: ses vues se sont révélées perspicaces et véritablement prophétiques. A bon droit, l’Œuvre de la Propagation de la Foi, fondée en 1822, reconnaît aujourd’hui toute la part qui revient à l’intuition, à l’initiative et à la méthode de cette laïque lyonnaise. Et si, avec abnégation, elle laisse à d’autres le soin de développer cette Œuvre, elle n’en fut pas moins, selon ses propres paroles, «&nbsp;la première allumette pour allumer le feu&nbsp;»…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son zèle missionnaire s’alimentait à une vie intérieure profonde : elle se voulait toute disponible à l’amour de Dieu, avec un esprit d’enfance qui préfigurait celui de sainte Thérèse de Lisieux. Et cette générosité mystique… lui permit de trouver et d’exécuter sans retard des gestes concrets et courageux&nbsp;: quine connaît l’adoption du «&nbsp;sou&nbsp;» sacrifié chaque semaine pour les missions, puis cette organisation géniale des donateurs par dizaines, par centaines, par milliers&nbsp;? Plus que bien d’autres enfin, elle devait rencontrer, accepter et dépasser dans l’amour une somme de contestations, d’échecs, d’humiliations, d’abandons, qui donnèrent à son œuvre la marque de la croix, et sa fécondité mystérieuse… Faut-il souligner que l’initiative de Marie-Pauline Jaricot était celle d’une jeune-fille laïque&nbsp;? … Dans le sillage de Marie-Pauline Jaricot…, les hommes croiront plus facilement à une Eglise que fait ce qu’elle dit&nbsp;»<em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Véritable fondatrice, à vingt ans seulement, de l’Œuvre de la Propagation de la foi, mais déjà, à dix-huit ans, d’une association de jeunes ouvrières de son quartier qui se jettent avec elle dans une vie intense de prière et d’apostolat, «&nbsp;les Réparatrice&nbsp;», puis à vingt-sept ans, pour faire entrer ses contemporains dans une vie de prière, elle crée «&nbsp;le Rosaire vivant&nbsp;» à Marie, Mère de Dieu, mère des hommes, «&nbsp;l’œuvre de son cœur&nbsp;», dira-t-elle. Pauline est une jeune-fille laïque embrasée de l’amour de Dieu pour les hommes, qui lui inspire des initiatives étonnantes, pour les missions et pour les pauvres, dans une confiance inébranlable au milieu d’épreuves déconcertantes, en sa Maison de Lorette, une âme de fau, une femme d’action géniale et une apôtre inventive, mais tout d’abord une âme de prière puise dans son cœur à cœur intime et confiant avec le Seigneur, son élan missionnaire, qui lui donne l’audace de lancer une œuvre inédite d’une efficience remarquable, aux dimensions du monde. En méditant sa vie et son exemple comme l’écrit le Pape dans la lettre de nomination comme Envoyé spécial, nous apprendrons à mieux connaître et aimer le Christ, pour nous engager avec ardeur dans la nouvelle évangélisation, dans un amour renouvelé de Jésus et de son Evangile d’amour.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le souligne le Cardinal Philippe Barbarin dans sa fervente préface au beau livre de Sœur Marie-Monique de Jésus, arrière-petite-nièce de la vénérable Marie-Pauline Jaricot,&nbsp;<em>Une âme de feu. Spiritualité de Pauline-Marie Jaricot</em>&nbsp;(<em>Ed. de Fontenelle</em>, 2005)&nbsp;: «&nbsp;Quel est donc le secret de cette flamme intérieure qui brûlait en elle et qu’elle désirait transmettre&nbsp;? C’est le feu de la charité, et de l’amour de Dieu si intense qu’il en peut que rejaillir en amour des hommes, particulièrement des plus pauvres&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de cette année jubilaire, nous rendons grâces au Seigneur qui nous a donné de redécouvrir en sa profondeur spirituelle le ressort de son étonnante créativité apostolique, missionnaire cette sociale, en cette Année de la foi, que le Saint-Père Benoît XVI nous appelle à vivre, pour le 50eanniversaire de l’ouverture du Concile oecuménique Vatican II, ouvert par le bienheureux Jean XXIII, en le mettant en oeuvre par une nouvelle évangélisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce moment critique de notre histoire où tant de menaces s’amoncellent sur la famille, comment ne pas nous rappeler qu’avec la grâce de Dieu nous devons notre vénérable Pauline-Marie à une famille de soyeux lyonnais profondément chrétien. «&nbsp;Car le spirituel est lui-même charnel, pour le dire avec notre poète Charles Péguy, et l’arbre de la grâce est raciné profond&nbsp;». «&nbsp;Vivante de sa propre vie&nbsp;», comme elle l’écrit joliment, «&nbsp;alouette du Paradis&nbsp;», comme la chantent ses parents, après une enfance heureuse et choyée, elle se précipite, ce sont ses propres termes, «&nbsp;on me disait que j’étais jolie, dans le torrent de la vanité&nbsp;». A 17 ans, un sermon à Saint-Nizier, sa paroisse, lui ouvre le chemin de la vraie vie, qu’elle embrasse avec fougue pour dominer ses deux passions conjointes de la colère et de l’orgueil. Il nous est bon de la découvrir ainsi, l’une d’entre nous, pétrie de la même fragile argile humaine, mais capable de mettre ses passions, dans une véritable révolution, au service de Dieu et de l’Eglise, des missions et des pauvres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès sa conversion, elle prie beaucoup et passe des heures entières en adoration du Saint-Sacrement, dans l’église Saint-Nizier, sa paroisse. Cette vie spirituelle intense toute donnée à Dieu nourrit son amour de l’Eglise, et c’est là le secret du rayonnement apostolique de cette grande contemplative capable déjà à 18 ans, d’élaborer un plan de génie, d’une simplicité et d’une efficience stupéfiantes, comme une comme une main commune tendue à la Providence, pour diffuser l’Evangile dans le monde entier, en soutenant les missions. Mais, à 23 ans, alors qu’elle est pleine de vitalité et d’esprit d’entreprise, «&nbsp;je fus, confie-t-elle, pendant trois ans, comme le ver à soie&nbsp;». C’est la croix déconcertante, qui e cessera de féconder ses initiatives apostoliques tour au long de sa vie d’apôtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la Propagation de la foi, «&nbsp;dont les rameaux couvriront la face de la terre&nbsp;», c’est le Rosaire Vivant des groupes de quinze personnes, dont chacune s’engage à réciter quotidiennement et à méditer le mystère qui lui échoit chaque mois par tirage au sort. «&nbsp;Mettez les quinze ensemble, dira-t-elle, un brasier&nbsp;!&nbsp;», déjà, de son vivant, trois millions d’associés suscités par son élan marial missionnaire aux dimensions de l’Eglise et du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Saisie par la détresse ouvrière au cœur même de sa ville, une nouvelle trouvaille surgit de son génie pratique, l’usine de Rustrel, hauts-fourneaux, communauté de travail pour allier la solidarité avec la sanctification du travail quotidien, grâce à l’institution de la Banque du Ciel, l’oeuvre des prêts gratuits. Mais impitoyablement grugée par des hommes d’affaires véreux, authentiques voraces, ruinée, calomniée et déconsidérée par une «&nbsp;trahison infâme&nbsp;» comme la stigmatisera plus tard Léon XIII, elle ploiera sous «&nbsp;les croix que nous taillent les amis de Dieu&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Pourquoi lui ont-ils fait tant de mal&nbsp;», demandera avec candeur le Pape Jean XXIII, en signant le Décret qui proclame l’héroïcité de ses vertus&nbsp;? Pauline lui avait répondu par avance le 19 mars 1855 dans sa supplique implorante au glorieux saint Joseph&nbsp;: «&nbsp;Que Dieu fasse donc ce qu’il veut, sans que, ni mes souffrances, ni mes larmes, ni mes prières, ni mes gémissements puissent détourner un iota de l’exécution de cette volonté sainte sur moi. Que Marie Immaculée me reçoive en ses mains très virginales, maternelles et fidèles, pour me préparer au sacrifice de tout mon être à ce divin Jésus, mon Sauveur, qui s’est immolé sous ses yeux et qui est mort sur la croix avec son consentement&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Mon seul trésor est la croix&nbsp;», écrivait-elle six ans avant sa mort, dans une sorte de testament spirituel. «&nbsp;J’ai aimé Jésus-Christ plus que tout&nbsp;», Jésus présent dans la&nbsp; sainte Eucharistie.&nbsp; Elle n’avait que 23 ans, en une nuit elle écrit son petit livre ardent&nbsp;<em>L’amour infini dans la divine Eucharistie</em>, «&nbsp;océan de merveilles sans fond et sans rivages. Il se présente à nos sens sous la forme du pain, car il est notre vie, sous la forme du vin, car il est notre force, le Dieu qui m’aime et que j’aime uniquement&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, entrons avec ces sentiments de notre Pauline dans le mystère eucharistique. Demandons avec foi au Seigneur avec notre Pape Benoît, qu’il aide toute l’Eglise à ouvrir toutes grandes <em>les Portes de la Foi</em>, que nous retrouvions le goût de nous nourrir de la Parole de Dieu, du pain de la vie, et la joie de partager, comme Pauline, la force et la beauté de la foi «&nbsp;professée, célébrée, vécue et priée&nbsp;», dans «&nbsp;un engagement ecclésial plus convaincu en faveur d’une nouvelle évangélisation, pour redécouvrir la joie de croire et retrouver l’enthousiasme de communiquer la foi, l’engagement missionnaire&nbsp;» renouvelé, qui «&nbsp;puise force et vigueur dans la redécouverte quotidienne de son amour…, un amour qui semble devenir toujours plus grand parce qu’il a son origine en Dieu…, que le témoignage de vie des croyants grandisse en crédibilité&nbsp;». Qu’à notre prière fervente le Seigneur suscite de nouveau en son Eglise des «&nbsp;âmes de feu&nbsp;», de jeunes laïcs comme Pauline Jaricot, passionnés de l’Evangile de Jésus, apôtres du renouveau missionnaire et pionniers de la justice sociale. Que chacune et chacun d’entre nous puisse dire comme elle: <em>Sainte Eglise de Dieu, ma Mère, comme je vous ai aimée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Inauguration de la Maison de Pauline –Marie Jaricot</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Discours de M. Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, à l’occasion de l’inauguration, jeudi 5 mai, de la Maison Pauline-Marie Jaricot, Fondatrice de l’œuvre de la Propagation de la Foi, qui se trouve à Lyon (42, montée Saint Barthélemy, Lyon 5ème).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous l’égide de l’Archevêque de Lyon, le Cardinal Philippe Barbarin, président des OPM de France, la maison de Pauline Jaricot où elle vécut de 1832 à sa mort en 1862, devient un lieu de mémoire, de prière et de mission. Entièrement restaurée, son inauguration a eu lieu jeudi 5 mai, en la fête de l’Ascension, en présence de l’Archevêque de Bombay, Ivan Dias, des Cardinaux Barbarin et Sepe, et de plusieurs évêques du monde, des directeurs nationaux des OPM, de personnalités civiles et d’amis de Pauline.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Cardinal Archevêque de Bombay,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Cardinal Archevêque de Lyon,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Cardinal Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monseigneur le Nonce Apostolique,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur l’Ambassadeur de France près le Saint-Siège,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Préfet délégué pour la défense, représentant Monsieur le Préfet de la région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Président du Conseil Régional Rhône-Alpes,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monsieur le Président du Conseil Général du Rhône,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monseigneur le Président du Conseil Pontifical Cor Unum,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monseigneur le Président International des Œuvres Pontificales Missionnaires,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Monseigneur le Président de la Conférence des Evêques de France et les nombreux évêques qui l’accompagnent,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mesdames et Messieurs les Elus,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mesdames et Messieurs,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes aujourd’hui réunis pour l’inauguration de la Maison de Pauline Jaricot, dont la personnalité a marqué l’histoire du christianisme lyonnais mais aussi l’histoire de notre ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’occasion de cette inauguration, se tient à Lyon le Conseil Supérieur des Œuvres pontificales missionnaires qui, d’ordinaire, a lieu à Rome mais qui réunira du 4 au 13 mai un certain nombre de cardinaux et les cent-trente directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires du monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est avec respect que le Maire de la ville de Sainte Blandine et Saint Pothin vous accueille aujourd’hui près des lieux où les premiers chrétiens subirent le martyre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les chrétiens de Lyon mais aussi plus largement pour tous les Lyonnais, la vie et l’œuvre de Pauline Jaricot sont une référence particulièrement forte tant la trajectoire que va connaître Pauline Jaricot est d’une certaine manière exceptionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Née en 1799 dans une famille bourgeoise, Pauline Jaricot aurait pu connaître, comme elle le dira elle-même, la vie frivole d’une jeune bourgeoise de cette époque, « les frivolités », la danse, les bals, les toilettes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, à dix-sept ans, elle va être touchée au plus profond de son être par un sermon auquel elle assiste dans l’église Saint-Nizier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le prêtre qui le prononce est hors norme et le caractère exalté de ses prêches ne va pas sans créer quelques difficultés au sein même de l’Eglise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais y-a-t-il de vraie foi sans passion ? « Credo qui absordum » disait Saint Augustin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toujours est-il que, du jour au lendemain, Pauline Jaricot va changer de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’elle-même, elle décide de se tourner vers les autres et, en particulier, vers ceux qui souffrent, le petit peuple, et notamment le monde ouvrier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui fait naître en elle la volonté de leur venir en aide sur le plan matériel et social, mais aussi spirituel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, pour Pauline Jaricot, le message de l’Eglise catholique ne peut qu’être universaliste et s’adresser au monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi elle va d’abord s’intéresser aux missions et réunir pour cela des fonds dans l’Oeuvre de la propagation de la foi. Une dizaine d’années plus tard, elle lancera sa deuxième grande entreprise, celle du Rosaire Vivant, pour réaliser un grand réseau de solidarité de prières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la fin de la vie de Pauline Jaricot, on finira par compter 2.250.000 inscrits dans la seule France. Mais pour Pauline Jaricot, la prière ne saurait être désincarnée et distante du monde où elle vit. Et quand, en 1831 et 1834, éclate la révolte des canuts, Pauline Jaricot prend partie pour ces derniers avec véhémence au point de se trouver, en 1834, prise pendant plusieurs jours avec «les filles de Marie» entre les cris des insurgés et ceux de la troupe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sentiment de l’injustice du monde ne quittera dès lors plus Pauline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1840, elle développe le pari fou de monter une grande banque de prêts gratuits pour les ouvriers. Elle y laissera sa fortune et, complètement ruinée, elle finira par être obligée de s’inscrire elle-même au Bureau de bienfaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Perdue de fortune, Pauline Jaricot va l’être aussi de réputation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la bonne société que Pauline Jaricot dérangeait par ces certitudes évangélisatrices en direction des plus humbles, on commence à dire que tout cela était bien normal et que, depuis le début, l’action de Mademoiselle Pauline Jaricot n’avait été que folie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A côté de la détresse financière, Pauline Jaricot doit endurer la calomnie au point que le Pape Jean XXIII, lorsqu’il signera le décret proclamant l’héroïcité des vertus de Pauline Jaricot en 1963, demandera « pourquoi lui ont-ils fait tant de mal » ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ne savait pas Pauline Jaricot, c’est que sa voix, sa vie ne devait pas demeurer vaines, qu’elle avait fait germer une pensée et que Lyon allait devenir l’une des sources d’inspiration du catholicisme social avec Joseph Folliet, Frédéric Ozanam, Antoine Chevrier, Paul Couturier, Maurice Guérin, Joseph Lebret, bref, toutes celles et tous ceux qui ont pensé que la foi de Dieu ne pouvait être dissociée de la foi en l’Homme et que le message d’amour porté par la foi chrétienne ne pouvait s’adresser à Dieu s’il ne s’adressait pas à l’homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Cardinal Billé avait fortement mis l’accent sur la personnalité exceptionnelle de Pauline Jaricot car il savait que pour tous les Lyonnais, croyants ou non, le message de Pauline Jaricot était resté très fort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce message est avant tout message d’amour. Il est avant tout message d’espoir. Il retentit aujourd’hui fortement dans nos cœurs.</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/pauline-jaricot/">Pauline Jaricot</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>CARDINAL ALOJZIJE STEPINAC</title>
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		<dc:creator><![CDATA[francois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:15:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mystère pascal de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ doit être vécu par tous les chrétiens, chacun y participant selon la mesure de Dieu. Pour le Cardinal Alojzije (Aloïs) Stepinac la mesure a été abondante. Après avoir suivi le Christ dans sa Passion, il a été glorifié non seulement au Ciel mais sur la terre. En 1992, trente-deux ans après sa mort, l'autorité politique de son pays le réhabilitait aux yeux des hommes, reconnaissant comme injuste, le procès intenté contre lui et le verdict prononcé le 11 octobre 1946.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">1898 – 1960</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franciscain Séculier</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="800" height="600" src="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/cardinal.jpg" alt="" class="wp-image-54" srcset="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/cardinal.jpg 800w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/cardinal-300x225.jpg 300w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/cardinal-768x576.jpg 768w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/cardinal-80x60.jpg 80w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le mystère pascal de la Mort et de la Résurrection de Jésus-Christ doit être vécu par tous les chrétiens, chacun y participant selon la mesure de Dieu. Pour le Cardinal Alojzije (Aloïs) Stepinac la mesure a été abondante. Après avoir suivi le Christ dans sa Passion, il a été glorifié non seulement au Ciel mais sur la terre. En 1992, trente-deux ans après sa mort, l&rsquo;autorité politique de son pays le réhabilitait aux yeux des hommes, reconnaissant comme injuste, le procès intenté contre lui et le verdict prononcé le 11 octobre 1946.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui plus est, le Pape Jean-Paul II le béatifiait, le premier samedi du mois d&rsquo;octobre 1998, dans le sanctuaire national et marial de Marija Bistrica (Croatie): «Le Cardinal-archevêque de Zagreb, une des figures les plus en vue de l&rsquo;Église catholique, après avoir subi dans son corps et dans son esprit les atrocités du système communiste, est désormais confié à la mémoire de ses compatriotes avec les insignes éclatants du martyre&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par son itinéraire humain et spirituel, le bienheureux Alojzije Stepinac a donné à son peuple une sorte de boussole avec laquelle s&rsquo;orienter. En voici les points cardinaux: la foi en Dieu, le respect de l&rsquo;homme, l&rsquo;amour de tous poussé jusqu&rsquo;au pardon, l&rsquo;unité avec l&rsquo;Église sous la conduite du Successeur de Pierre. Il savait bien que l&rsquo;on ne peut faire de réduction quand il s&rsquo;agit de la vérité, car la vérité n&rsquo;est pas une marchandise d&rsquo;échange. Aussi préféra-t-il affronter la souffrance plutôt que trahir sa conscience et manquer à la parole donnée au Christ et à l&rsquo;Église» (Homélie de la béatification, 3 octobre 1998).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L&rsquo;exemple d&rsquo;un saint</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Alojzije Stepinac est né à Krasic, au nord-ouest de la Croatie, le 8 mai 1898. Cinquième enfant d&rsquo;un foyer d&rsquo;agriculteurs aisés, il grandit au sein d&rsquo;une famille profondément chrétienne, où règnent l&rsquo;amour et le respect mutuel ainsi que la charité envers les plus démunis. Sa mère, femme simple et pieuse, vénère particulièrement la Bienheureuse Vierge Marie, trait qui distinguera également son fils.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Envoyé au collège à Zagreb, Alojzije y montre une forte volonté, malgré un tempérament discret et réservé. En 1917, il est mobilisé dans l&rsquo;armée austro-hongroise. Rentré au pays en juin 1919 après une brève captivité en Italie, le jeune homme traverse une crise intérieure. Dégoûté par l&rsquo;immoralité côtoyée à l&rsquo;armée, il commence des études d&rsquo;agriculture, bientôt interrompues. Un projet de mariage n&rsquo;aboutit pas. En mars 1924, un prêtre qui le connaît bien, publie dans une revue un article sur saint Clément-Marie Hofbauer et le lui envoie avec une longue lettre. Touché par l&rsquo;exemple de ce saint, le jeune homme se décide à consacrer sa vie à Dieu et entre au Séminaire « <em>Germanicum</em> » à Rome. Un de ses condisciples dira de lui: «Il brûlait d&rsquo;amour pour l&rsquo;Église et était tout pénétré de fidélité envers le Saint-Père».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;abbé Stepinac achève un doctorat en philosophie, puis en théologie à l&rsquo;Université Grégorienne de Rome, et reçoit l&rsquo;ordination sacerdotale le 26 octobre 1930. De retour en Croatie, il trouve le pays meurtri et exploité par la Serbie. Son désir est d&rsquo;être curé de campagne, mais l&rsquo;archevêque de Zagreb le garde comme cérémoniaire, puis comme notaire de la Curie archiépiscopale. Il accepte, en remarquant: «Je ne sais si je resterai ici ou non. Peu m&rsquo;importe; tous les chemins au service de Dieu conduisent au Ciel». D&rsquo;importantes missions lui sont confiées, comme celle d&rsquo;apaiser les conflits survenus dans certaines paroisses. Il suscite des oeuvres caritatives dans les quartiers pauvres de Zagreb et organise des soupes populaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1934, l&rsquo;archevêque, Mgr Bauer, tombe gravement malade et demande au Saint-Siège un coadjuteur. Il propose le nom d&rsquo;Alojzije Stepinac, qui essaie en vain d&rsquo;échapper à cette charge du fait de son âge (36 ans) et de son peu d&rsquo;expérience sacerdotale: le 29 mai, il est nommé coadjuteur. Il se rend à pied au sanctuaire marial de Marija Bistrica, à 36 km de Zagreb, pour confier à Marie son difficile ministère. De fait, les évêques croates doivent sans cesse combattre pour la reconnaissance des droits de l&rsquo;Église catholique (liberté scolaire, liberté d&rsquo;association, autorité de l&rsquo;Église sur les mariages des catholiques, etc.).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques mois plus tard, Monseigneur Alojzije Stepinac frappe à la porte de la Fraternité Franciscaine Séculière toute proche, et demande à pouvoir devenir un fils de saint François. Un an plus tard, le 8 décembre 1936, il émet sa Profession définitive dans le Tiers-Ordre, et signe le registre de la Fraternité locale de Zagreb comme membre de l’Ordre Franciscain Séculier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 7 décembre 1937, Mgr Bauer meurt et Mgr Stepinac lui succède comme archevêque de Zagreb. Le prélat recommande à ses prêtres de consacrer le meilleur d&rsquo;eux-mêmes à leur vie intérieure. Parmi ses actes de gouvernement avant la guerre, il publie une lettre ouverte à tous les médecins pour dénoncer la « peste blanche »: le développement de la contraception et de l&rsquo;avortement. D&rsquo;autre part, il fonde un journal quotidien catholique pour combattre l&rsquo;influence de la presse irréligieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;archevêque estime profondément la vie religieuse et juge son développement indispensable. Les monastères doivent devenir des « forteresses du Christ », et protéger le diocèse par les armes spirituelles de la prière, du renoncement et du sacrifice.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Le fruit d&rsquo;un immense égoïsme»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mgr Stepinac avait annoncé la deuxième guerre mondiale en ces termes: «Les couples mariés ne respectent plus les valeurs du mariage; on pratique l&rsquo;adultère, on ne s&rsquo;occupe pas des enfants; en un mot, on fait tout pour effacer le nom de Dieu sur la terre. On détruit toutes les valeurs morales. Alors, il n&rsquo;est pas étonnant que Dieu s&rsquo;adresse maintenant aux foules par le seul langage qu&rsquo;elles puissent comprendre&nbsp; et c&rsquo;est le chaos sur la terre, l&rsquo;horreur de la guerre, la destruction de tout. C&rsquo;est le fruit d&rsquo;un immense égoïsme&nbsp; La première règle, si nous voulons voir des jours meilleurs, c&rsquo;est de rendre à Dieu le respect qui lui est dû, avec humilité; c&rsquo;est la seule voie de la paix!» Enseignement qui demeure actuel!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 10 avril 1941, après l&rsquo;invasion de la Yougoslavie par les armées allemandes, les nationalistes croates (appelés aussi Oustachis) proclament un État indépendant à Zagreb. À côté de réalisations positives (pleine liberté pour l&rsquo;Église catholique, protection des bonnes moeurs, etc.), le nouveau régime se déshonore par des discriminations contre les citoyens de religion orthodoxe, les Juifs et les Tziganes. Sans condamner absolument l&rsquo;État croate reconnu « de facto » par le Saint-Siège, Mgr Stepinac garde la plus grande réserve. Il se fait le porte-parole de tous les opprimés et persécutés, dénonce les exactions des Oustachis et condamne les théories raciales ainsi que les persécutions contre les minorités juive et serbe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement croate pousse les orthodoxes à passer à la religion catholique. Mgr Stepinac adresse à son clergé une note confidentielle: «Quand viennent à vous des personnes de confessions juive ou orthodoxe se trouvant en danger de mort, et qui veulent pour cela se convertir au catholicisme, recevez-les<sup>1</sup>&nbsp;pour sauver leur vie. Ne cherchez d&rsquo;eux aucune connaissance religieuse particulière car les orthodoxes sont des chrétiens comme nous, et la foi juive est la racine du christianisme. Le rôle et le devoir des chrétiens sont avant tout de sauver les gens. Quand prendra fin ce temps de démence et de sauvagerie, pourront rester dans notre Église ceux qui auront été convertis par conviction, les autres, une fois le danger passé, retourneront dans la leur». L&rsquo;Église, en effet, enseigne la liberté de l&rsquo;acte de foi: «C&rsquo;est un des points principaux de la doctrine catholique que la réponse de foi donnée par l&rsquo;homme à Dieu doit être volontaire; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré lui» (Vatican II,<em>&nbsp;Dignitatis humanæ</em>, 10).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de la guerre, l&rsquo;archevêque de Zagreb prodigue les bienfaits de sa charité aux malheureux, quels qu&rsquo;ils soient. Il distribue par wagons entiers de la nourriture aux réfugiés, prend personnellement soin des orphelins dont les parents ont été internés ou se sont enfuis dans les maquis, et sauve de la famine et de la mort 6700 enfants, la plupart de parents orthodoxes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le président de la communauté juive des États-Unis, Louis Breier, dira de lui, le 13 octobre 1946: «Cette grande personnalité de l&rsquo;Église a été accusée de collaboration avec les nazis. Nous, Juifs, nous le nions. Nous savons, par sa vie depuis 1934, qu&rsquo;il a toujours été un ami véritable des Juifs qui, en ces années-là, subissaient les persécutions d&rsquo;Hitler et de ses adeptes. Alojzije Stepinac est un de ces hommes, rares en Europe, qui se sont élevés contre la tyrannie nazie, justement au moment où c&rsquo;était le plus dangereux de le faire&nbsp; C&rsquo;est grâce à lui que la loi sur le «brassard jaune» a été retirée&nbsp; Après Sa Sainteté le Pape Pie XII, l&rsquo;archevêque Stepinac a été le plus grand défenseur des Juifs persécutés en Europe».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand les cloches se taisent</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors du retrait des troupes allemandes à la fin de la guerre, l&rsquo;archevêque réussit à éviter la destruction totale de Zagreb, mais il voit avec douleur les Partisans communistes de Josip Tito prendre le pouvoir, commencer une épuration sanglante et instaurer des lois antireligieuses. Peu impressionné par les bruits selon lesquels il est fiché parmi les criminels de guerre, Mgr Stepinac est fermement décidé à rester au milieu de son peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 17 mai 1945, l&rsquo;archevêque est emmené par surprise en prison. Le 3 juin, les évêques croates exigent sa libération comme préalable à toute discussion. Toutes les cloches se taisent à Zagreb et la procession de la Fête-Dieu est annulée. Devant ce mouvement de résistance inattendu, Tito cède et fait libérer Mgr Stepinac. Le 24 juin, dans une circulaire envoyée à tous les prêtres, le prélat rappelle le devoir sacré des parents de demander l&rsquo;éducation religieuse dans les écoles. Il exhorte tous les fidèles à prier davantage en ces temps si difficiles, et en particulier à dire le chapelet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant la dictature se met en place sans tenir compte de la déclaration solennelle du gouvernement fédéral de Yougoslavie selon laquelle seraient respectées la liberté de conscience et de confession religieuse, ainsi que la propriété privée. Dans une lettre pastorale du 20 septembre 1945, les évêques catholiques de Yougoslavie constatent que 243 prêtres ont été tués depuis la fin de la guerre et que 258 sont internés ou disparus. Puis, notant la paralysie des séminaires, les ravages exercés dans la jeunesse par la propagande athée et l&rsquo;immoralité favorisée par l&rsquo;État, ils condamnent solennellement «l&rsquo;esprit matérialiste et impie qui se répand dans notre pays».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre 1945, lors d&rsquo;une visite pastorale, la voiture de Mgr Stepinac est assaillie par des communistes et les vitres cassées à coups de pierres. La veille de l&rsquo;attentat la milice avait menacé le prélat de représailles, s&rsquo;il accomplissait cette visite. «De toute façon, remarque l&rsquo;archevêque, on ne meurt qu&rsquo;une fois; qu&rsquo;ils fassent ce qu&rsquo;ils veulent, mais je ne m&rsquo;arrêterai jamais de prêcher la vérité; je ne crains personne, sauf Dieu, et mon devoir reste le même: sauver les âmes».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Ma conscience est propre et paisible»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès novembre 1945, Mgr Stepinac donne toutes les instructions pour que l&rsquo;Église soit administrée au cas où il serait emprisonné. Le 17 décembre, dans un message à son clergé, il se justifie de toutes les accusations dont il est l&rsquo;objet, par ces paroles qui résument sa vie et expliquent sa force d&rsquo;âme: «Ma conscience est propre et paisible devant Dieu, qui est le plus fidèle témoin et le seul juge de nos actions, devant le Saint-Siège, devant les catholiques de cet État, devant le peuple croate». Il ajoutera plus tard: «Je suis prêt à mourir à tout moment».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 18 septembre 1946, à 5 heures du matin, la milice pénètre dans l&rsquo;Archevêché et se précipite dans la chapelle où le prélat est en prière. Sommé de suivre les policiers, il répond: «Si vous avez soif de mon sang, me voici». Le 30 septembre, commence un procès que le Pape Pie XII qualifiera de «tristissimo» (lamentable). Fort d&rsquo;une conscience droite et pure, Mgr Stepinac ne faiblit pas devant ses juges. Dans un calme parfait, sûr de la protection de «l&rsquo;avocate de la Croatie, la plus fidèle des Mères», la Très Sainte Vierge Marie, il entend, le 11 octobre, la sentence injuste prononcée contre lui, le condamnant à l&#8217;emprisonnement et au travail forcé pendant seize ans «pour crime contre le peuple et l&rsquo;État». «La raison de la persécution qu&rsquo;il subit et du simulacre de procès monté contre lui, dira le Pape Jean-Paul II, le 7 octobre 1998, fut le refus qu&rsquo;il opposa aux insistances du régime afin qu&rsquo;il se séparât du Pape et du Siège Apostolique, et prît la tête d&rsquo;une « Église nationale croate ». Il préféra rester fidèle au Successeur de Pierre. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il fut calomnié puis condamné».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Incarcéré à Lepoglava, Mgr Stepinac y partage le sort misérable de centaines de milliers de prisonniers politiques. Nombreux sont les gardiens qui l&rsquo;humilient, entrant à tout moment dans sa cellule, l&rsquo;injure à la bouche. Les colis alimentaires qu&rsquo;il reçoit sont exposés plusieurs jours à la chaleur ou dévastés pour être rendus incomestibles. L&rsquo;archevêque garde le silence. Il transforme sa cellule de prison en cellule monacale de prière, de travail et de sainte pénitence. On lui a tout pris «sauf une chose: la possibilité de lever, comme Moïse, les bras vers le ciel» (cf. Ex 17, 11). Il a le bonheur de pouvoir célébrer la Messe sur un autel de fortune. À la dernière page de son agenda de 1946, il écrit: «Tout pour la plus grande gloire de Dieu; ma prison aussi».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Souffrir et travailler pour l&rsquo;Église»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 décembre 1951, cédant aux pressions internationales, le gouvernement yougoslave consent à transférer l&rsquo;archevêque à Krasic, son village natal, en liberté surveillée. Là, il exerce les fonctions de vicaire, passant à l&rsquo;église paroissiale une grande partie de son temps. Il entend les confessions pendant des heures entières et, lorsqu&rsquo;on l&rsquo;engage à économiser ses forces déclinantes, il répond que son plus grand délassement est de confesser. Au cours de ses premiers jours à Krasic, un journaliste étranger lui demande: «Comment vous sentez-vous? &#8211; Ici, comme là-bas à Lepoglava, j&rsquo;accomplis mon devoir. &#8211; Quel est votre devoir? &#8211; Souffrir et travailler pour l&rsquo;Église».</p>



<p class="wp-block-paragraph">À des visiteurs découragés par les méfaits du communisme, Mgr Stepinac répond: «Il ne faut pas désespérer, car même si le communisme laisse des traces dans notre peuple, si nous avons les mains liées par cette idéologie perfide et si quelques-uns ont failli, nous sommes cependant meilleurs que les peuples de l&rsquo;Ouest, saturés de biens matériels, mais qui étouffent dans l&rsquo;immoralité et l&rsquo;athéisme pratique. Dieu merci! mon peuple est resté fidèle à Dieu et au respect dû à la Sainte Vierge».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, le gouvernement yougoslave cherche à tout prix à provoquer une rupture des Catholiques croates avec Rome et à fonder une Église nationale schismatique, dans la perspective de rattacher les Croates à l&rsquo;Église orthodoxe serbe. Une «association Saints Cyrille et Méthode» regroupant des «prêtres patriotes» à la dévotion du régime est créée à cet effet. L&rsquo;année 1953 est marquée par des violences de la part du gouvernement. L&rsquo;archevêque reclus encourage prêtres et fidèles au moyen d&rsquo;un courrier abondant, exhorte les indécis, ramène les brebis égarées. Plus d&rsquo;un prêtre a avoué: «S&rsquo;il n&rsquo;avait pas été là, qui sait comment nous aurions tourné?» Un des principaux comparses de Tito, Milovan Djilas, confiera plus tard: «Si Stepinac avait voulu céder et proclamer une Église croate indépendante de Rome, comme nous le voulions, nous l&rsquo;aurions comblé d&rsquo;honneurs!»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«C&rsquo;est l&rsquo;esprit qui vaincra, non la matière&#8230;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 12 janvier 1953, le Pape Pie XII élève</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mgr Stepinac à la dignité cardinalice. L&rsquo;archevêque n&rsquo;a pu se rendre à Rome, de peur que le gouvernement de Tito ne l&#8217;empêche de rentrer dans son pays. Dans un entretien avec un journaliste étranger, il annonce prophétiquement: «Dans la lutte qui se déroule (en Yougoslavie) entre l&rsquo;Église et l&rsquo;État, c&rsquo;est l&rsquo;esprit qui vaincra, non la matière. Jamais, dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité, le matérialisme n&rsquo;a pu se maintenir définitivement».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La générosité du Cardinal pour plus pauvre que lui est sans limite: «Il n&rsquo;a que le strict nécessaire pour se vêtir, note le curé de Krasic; il donne tout. Il vient encore de donner aux pauvres deux paires de chaussures». Humble, Mgr Stepinac regrette la publicité faite autour de sa personne. Apprenant un jour qu&rsquo;une revue étrangère a publié une déclaration du Pape: «Le Cardinal de Croatie est le plus grand prélat de l&rsquo;Église catholique», il baisse la tête en murmurant: «Dieu seul est grand!»</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin de 1952, il faut l&rsquo;opérer à la jambe, puis, l&rsquo;année suivante, se déclare une grave maladie du sang, due, de l&rsquo;avis des médecins, aux mauvais traitements subis. Des soins médicaux lui sont dispensés, mais il refuse de se faire traiter à l&rsquo;étranger, comme cela aurait été nécessaire; en bon pasteur, il désire rester avec son troupeau. Cependant les méthodes du régime communiste ne s&rsquo;assouplissent pas. En novembre 1952, Tito a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Vatican, et simultanément, a donné l&rsquo;ordre à la police d&#8217;empêcher toutes les visites à Krasic. Les gardiens du prélat (ils ne sont pas moins de trente en 1954) l&rsquo;injurient et se moquent de lui de toutes façons. La longue enquête menée en vue de sa béatification aboutira, en 1994, à la conclusion que sa mort est la conséquence des quatorze années d&rsquo;un isolement injuste, de pressions physiques et morales constantes et de souffrances de toute sorte. Aussi est-il «confié à la mémoire de ses compatriotes avec les insignes éclatants du martyre» (Jean-Paul II, 3 octobre 1998).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vaincre le mal par le bien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant toutes ces années de réclusion forcée, le Cardinal Stepinac adopte l&rsquo;attitude spirituelle commandée par Notre-Seigneur Jésus-Christ:&nbsp;<em>Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent</em>&nbsp;(Mt 5, 44). Jusqu&rsquo;au bout, il persévère dans sa résolution de pardon. On l&rsquo;entend prier pour ses persécuteurs et répéter tout bas: «Nous ne devons pas haïr; eux aussi sont des créatures de Dieu». Dans son « testament spirituel », il écrit: «Je prie sincèrement toute personne à qui, de quelque manière que ce soit, j&rsquo;aurais pu faire du mal, de me pardonner, et je pardonne de tout coeur à tous ceux qui m&rsquo;ont fait du mal&nbsp; Fils très chers, aimez aussi vos ennemis, car tel est le commandement de Dieu. Vous serez alors les fils de votre Père qui est aux cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et qui fait pleuvoir pour ceux qui font le bien comme pour ceux qui font le mal. Que la conduite de vos ennemis ne vous éloigne pas de l&rsquo;amour envers eux, car l&rsquo;homme est une chose, et la méchanceté en est une autre».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Pardonner et se réconcilier, dira le Pape Jean-Paul II lors de la béatification du Cardinal Stepinac, cela veut dire purifier la mémoire de la haine, des rancoeurs, du désir de vengeance; cela veut dire reconnaître que même celui qui nous a fait le mal est un frère; cela veut dire ne pas se laisser vaincre par le mal, mais vaincre le mal par le bien (cf. Rm 12, 21)».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1958, les souffrances du Cardinal deviennent quasi intolérables, mais le plus pénible pour lui est de ne plus avoir la force de célébrer la Messe. Le 10 février 1960, il expire à Krasic, en prononçant ces paroles: «Fiat voluntas tua!» (Que Ta Volonté soit faite!).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>In te Domine speravi</em>&nbsp;(<em>En Toi, Seigneur, j&rsquo;ai espéré</em>). Telle était sa devise. Dans l&rsquo;un de ses sermons, il confiait le secret de son espérance: «Quelqu&rsquo;un pourrait demander: « Et notre espérance, sur quoi se fonde-t-elle? » Je réponds: sur la fidélité à Dieu, car Dieu ne ment pas. Sur l&rsquo;omniscience divine à qui rien n&rsquo;échappe. Sur la toute-puissance de Dieu qui est toujours Maître de tout». Le 7 octobre 1998, le Pape Jean-Paul II constatait le triomphe de cette invincible espérance: «Nous reconnaissons, dans la béatification du Cardinal Stepinac, la victoire de l&rsquo;Évangile du Christ sur les idéologies totalitaires; la victoire des droits de Dieu et de la conscience sur la violence et les vexations; la victoire du pardon et de la réconciliation sur la haine et la vengeance».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Source: d’après Dom Antoine Marie osb, abbé, </em><a href="http://www.clairval.com/"><em>www.clairval.com</em></a></p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/cardinal-alojzije-stepinac/">CARDINAL ALOJZIJE STEPINAC</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Bienheureux Frédéric Ozanam</title>
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		<dc:creator><![CDATA[francois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 23:02:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse, ele Pape Jean-Paul II disait: «Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l'amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est Amour (1 Jn 4, 7-8). Cette parole de l'Apôtre est vraiment le coeur de la Révélation». Et, pour donner un exemple tangible d'amour de Dieu et du prochain, le Saint-Père procédait à la béatification de Frédéric Ozanam dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">1813-1853</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="750" height="1024" src="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2-750x1024.jpg" alt="" class="wp-image-50" srcset="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2-750x1024.jpg 750w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2-220x300.jpg 220w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2-768x1048.jpg 768w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2-44x60.jpg 44w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/800px-Frederic_Ozanam_2.jpg 800w" sizes="(max-width: 750px) 100vw, 750px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscain séculier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce que fut sa vie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse, ele Pape Jean-Paul II disait: «<em>Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l&rsquo;amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n&rsquo;aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est Amour</em> (1 Jn 4, 7-8). Cette parole de l&rsquo;Apôtre est vraiment le coeur de la Révélation». Et, pour donner un exemple tangible d&rsquo;amour de Dieu et du prochain, le Saint-Père procédait à la béatification de Frédéric Ozanam dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans le regard d&rsquo;une mère&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que français, Jean-Antoine Ozanam et son épouse Marie vivent à Milan lorsque naît leur fils Frédéric, en 1813. Ils reviendront à Lyon en 1816. L&rsquo;éducation que Frédéric reçoit de ses parents, inlassablement dévoués à Dieu et aux pauvres, le marque profondément: «C&rsquo;est sur les genoux de ma mère que j&rsquo;ai appris votre crainte, Seigneur, et dans ses regards votre amour». Mais l&rsquo;enfant est né chétif. À six ans une fièvre typhoïde le terrasse, et c&rsquo;est grâce à l&rsquo;intervention miraculeuse de saint Jean-François Régis, ardemment prié par les siens, qu&rsquo;il guérit de cette grave maladie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D&rsquo;une pureté angélique, d&rsquo;une sincérité sans artifice, rempli d&rsquo;une tendre compassion pour toute souffrance, Frédéric n&rsquo;a cependant pas un caractère facile. Dans une lettre à un ancien camarade de classe, il se décrit ainsi: «Je ne fus jamais plus méchant qu&rsquo;à l&rsquo;âge de huit ans. J&rsquo;étais devenu entêté, colèreux, désobéissant. On me punissait, je me raidissais contre la punition&nbsp; J&rsquo;étais paresseux au suprême degré. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;espiègleries qui ne me vinssent à l&rsquo;esprit». À neuf ans, son père l&rsquo;inscrit au collège royal de Lyon pour y suivre la classe de cinquième. Son caractère s&rsquo;assouplit, grâce à la bonté de ses professeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le vrai ne contredit pas le vrai</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À quinze ans, Frédéric traverse une période de doutes contre la foi. Influencé par le climat d&rsquo;incrédulité qui règne, il finit par se demander pourquoi il croit. Les découvertes récentes de la science ne contredisent-elles pas la foi? La raison peut-elle connaître avec certitude l&rsquo;existence de Dieu?&nbsp; Ces questions le préoccupent. Au plus fort de l&rsquo;épreuve, il promet au Seigneur, s&rsquo;il daigne faire briller la vérité à ses yeux, de consacrer sa vie entière à la défendre. Dieu l&rsquo;entend et le conduit à l&rsquo;abbé Noirot. Ce prêtre, professeur de philosophie, lui apprend à étayer sa foi par un usage correct de sa raison. On pense parfois qu&rsquo;entre foi et raison, il faut choisir; mais c&rsquo;est à tort.«Bien que la foi soit au-dessus de la raison, enseigne le Concile Vatican I, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre elles. Puisque le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi a fait descendre dans l&rsquo;esprit humain la lumière de la raison, Dieu ne pourrait se nier Lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai» (<em>Catéchisme de l&rsquo;Église Catholique</em>, <em>CEC</em> 159). «Avant même de Se révéler à l&rsquo;homme en paroles de vérité, Dieu Se révèle à lui par le langage universel de la Création, oeuvre de Sa Parole, de Sa Sagesse: l&rsquo;ordre et l&rsquo;harmonie du cosmos &#8211; que découvrent et l&rsquo;enfant et l&rsquo;homme de science &#8211; <em>la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie </em>(en raison d&rsquo;une certaine ressemblance)<em>, contempler leur Auteur</em> (Sg 13, 5)» (<em>id</em>., 2500).</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;abbé Noirot aime à prendre Frédéric pour compagnon de ses promenades. Alors s&rsquo;agitent entre le maître et le disciple les questions de l&rsquo;harmonie de la science et de la foi. Peu à peu, les doutes de Frédéric cèdent la place à la certitude. «Depuis quelque temps, écrira-t-il plus tard, je sentais en moi-même le besoin de quelque chose de solide où je pusse m&rsquo;attacher et prendre racine, pour résister au torrent du doute. Et voici qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui mon âme est remplie de joie et de consolation. D&rsquo;accord avec ma foi, ma raison a retrouvé présentement ce catholicisme qui me fut enseigné par la bouche d&rsquo;une excellente mère et qui fut si cher à mon enfance».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les assauts de la fausse science</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1830, M. et Mme Ozanam envoient leur fils à Paris afin qu&rsquo;il y étudie le Droit. Là, Frédéric réunit un groupe de jeunes catholiques intelligents et fermes: «Nous éprouvions le besoin de fortifier notre foi au milieu des assauts que lui livraient les systèmes divers de la fausse science». Ils instaurent des « Conférences d&rsquo;Histoire et de Littérature », c&rsquo;est-à-dire des réunions «d&rsquo;amis travaillant ensemble à l&rsquo;édification de la Science sous l&rsquo;étendard de la pensée catholique». La formation doctrinale est, en effet, d&rsquo;une grande importance, car les intelligences ont besoin d&rsquo;être éclairées par les vérités révélées, sur Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Église. Sans cette lumière de la foi, l&rsquo;homme est aveugle, comme l&rsquo;écrivait le Pape saint Pie X: «Là où l&rsquo;esprit est enveloppé des ténèbres d&rsquo;une épaisse ignorance, il est impossible que subsistent une volonté droite ou de bonnes moeurs&#8230; Si la lumière de la foi n&rsquo;est pas complètement éteinte, elle donne l&rsquo;espoir d&rsquo;un amendement des moeurs corrompues; mais si les deux s&rsquo;unissent: corruption des moeurs et défaillance de la foi par ignorance, à peine y aura-t-il place au remède, et le chemin de la perdition est ouvert» (Encyclique <em>Acerbo</em> <em>nimis</em>, 15 avril 1905). La connaissance des vérités chrétiennes s&rsquo;acquiert par l&rsquo;étude de l&rsquo;apologétique (science qui démontre l&rsquo;origine divine du Christianisme), de l&rsquo;histoire, mais surtout d&rsquo;un exposé synthétique de la doctrine catholique tel que le Catéchisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de la publication du <em>Catéchisme de l&rsquo;Église Catholique</em>, le Pape Jean-Paul II écrivait: «Un catéchisme doit présenter fidèlement et organiquement l&rsquo;enseignement de l&rsquo;Écriture Sainte, de la Tradition vivante dans l&rsquo;Église et du Magistère authentique, de même que l&rsquo;héritage spirituel des Pères, des saints et des saintes de l&rsquo;Église, pour permettre de mieux connaître le mystère chrétien et de raviver la foi du peuple de Dieu&#8230; Puisse la lumière de la vraie foi délivrer l&rsquo;humanité de l&rsquo;ignorance et de l&rsquo;esclavage du péché pour la conduire à la seule liberté digne de ce nom: celle de la vie en Jésus-Christ sous la conduite de l&rsquo;Esprit-Saint, ici-bas et dans le Royaume des cieux, dans la plénitude du bonheur de la vision de Dieu face à face!» (Jean-Paul II, 11 octobre 1992).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Le catholicisme est mort!»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la formation doctrinale et les échanges historiques avec ses amis de toute croyance ne suffisent bientôt plus à Ozanam. Au cours des « Conférences d&rsquo;Histoire », des auditeurs objectent: «Vous avez raison, si vous parlez du passé: le Catholicisme a fait autrefois des prodiges; mais aujourd&rsquo;hui, il est mort. Et en effet, vous qui vous vantez d&rsquo;être catholiques, que faites-vous? Où sont les oeuvres qui démontrent votre foi et qui peuvent nous la faire respecter et admettre?» Touché par ce reproche providentiel, Ozanam s&rsquo;écrie: «Pour que notre apostolat soit béni de Dieu, une chose lui manque: les oeuvres de bienfaisance. La bénédiction du pauvre est celle de Dieu». Et, sans tarder davantage, il se met à l&rsquo;oeuvre. Avec un ami qui partage sa chambre d&rsquo;étudiant, il porte chez un pauvre homme le peu de bois de chauffage qui lui reste pour les derniers mois de l&rsquo;hiver.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«En reconnaissant dans la foi leur dignité nouvelle, enseigne le Catéchisme de l&rsquo;Église Catholique, les chrétiens sont appelés à mener désormais une <em>vie digne de l&rsquo;Évangile du Christ </em>(Ph 1, 27)<em>.</em> Par les sacrements et la prière, ils reçoivent la grâce du Christ et les dons de son Esprit qui les en rendent capables. À la suite du Christ et en union avec Lui, ils peuvent <em>chercher à imiter Dieu comme des enfants bien-aimés et suivre la voie de l&rsquo;amour</em> (Ep 5, 1), en conformant leurs pensées, leurs paroles et leurs actions aux <em>sentiments qui sont dans le Christ Jésus </em>(Ph 2, 5) et en suivant ses exemples» (<em>CEC,</em> 1692, 1694). Or, «Jésus est envoyé pour <em>porter la bonne nouvelle aux pauvres</em> (Lc 4, 18). Jésus partage la vie des pauvres, de la crèche à la croix; il connaît la faim, la soif et le dénuement. Plus encore: il s&rsquo;identifie aux pauvres de toutes sortes et fait de l&rsquo;amour actif envers eux la condition de l&rsquo;entrée dans son Royaume» (<em>CEC,</em> 544).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Vous êtes nos maîtres»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, pour Ozanam, les oeuvres de charité sont-elles le moyen concret d&rsquo;aimer le Christ dans ses membres souffrants: «Les pauvres, nous les voyons des yeux de la chair. Ils sont là. Nous pouvons mettre le doigt et la main dans leurs plaies, et les traces de la couronne d&rsquo;épines sont visibles sur leurs fronts. Nous devrions tomber à leurs pieds et leur dire avec l&rsquo;Apôtre: « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu! Vous êtes nos maîtres et nous serons vos serviteurs&#8230; »». Le 23 avril 1833, Frédéric et six de ses amis inaugurent une «Conférence de charité», sous le patronage de saint Vincent de Paul. Ainsi naissait l&rsquo;oeuvre des Conférences de Saint-Vincent de Paul qui compte aujourd&rsquo;hui 800000 membres répartis en 47600 Conférences, dans 132 pays. «Je veux, avait dit Ozanam, enserrer le monde entier dans un réseau de charité». «Ce fut toujours un sujet de stupeur pour qui étudie l&rsquo;histoire de l&rsquo;Église &#8211; et pour le croyant une confirmation de son origine divine &#8211; le fait de l&#8217;empressement de la charité chrétienne à offrir de tous temps des hommes et des oeuvres pour le soulagement de toutes les misères», disait Pie XII, le 27 avril 1952.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;aumône matérielle, les nouveaux « confrères » joignent la miséricorde spirituelle: «Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des oeuvres de miséricorde spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience» (<em>CEC,</em> 2447). «Certes, disait le Pape saint Pie X, la pitié que nous témoignons aux pauvres en soulageant leurs misères est grandement louée par Dieu; mais qui niera la supériorité du zèle et du labeur par lequel nous ménageons aux âmes, par notre enseignement et nos conseils, non les biens éphémères du corps, mais les biens éternels? Rien ne peut être plus désirable ni plus agréable à Jésus-Christ, Sauveur des âmes, qui dit de lui-même par Isaïe: <em>Il m&rsquo;a envoyé évangéliser les pauvres</em> (Lc 4, 18)» (Encyclique <em>Acerbo</em> <em>nimis</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Égoïsme ou sacrifice</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les secours matériels et spirituels apportés aux pauvres manifestent la vitalité de la charité chrétienne. Mais Ozanam élargit ses vues et, face à la situation de son époque, considère les exigences de la charité au plan social et politique: «La question qui divise les hommes de nos jours, dit-il, n&rsquo;est pas une question de formes politiques, c&rsquo;est une question sociale: c&rsquo;est de savoir qui l&#8217;emportera de l&rsquo;esprit d&rsquo;égoïsme ou de l&rsquo;esprit de sacrifice, si la société ne sera qu&rsquo;une grande exploitation au profit des plus forts ou une consécration de chacun au service de tous».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pensée et l&rsquo;action de Frédéric Ozanam et de ses compagnons nous offrent un exemple à imiter en tenant compte des conditions nouvelles de la société contemporaine. En effet, si les injustices sociales du siècle dernier ne sont pas encore toutes surmontées, il s&rsquo;y ajoute de nos jours d&rsquo;autres désordres non moins graves. Le Pape Jean-Paul II nous invite à les repérer pour y porter remède: «<em>Conduisez-vous en enfants de lumière&nbsp; Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux oeuvres stériles des ténèbres</em> (Ep. 5, 8. 10-11). Dans la situation sociale actuelle, marquée par un affrontement dramatique entre la « culture de la vie » et la « culture de la mort », il faut développer un sens critique aigu, permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques. Il est urgent de se livrer à une mobilisation générale des consciences et à un effort commun d&rsquo;ordre éthique (moral), pour mettre en oeuvre une grande stratégie pour le service de la vie» (Encyclique <em>Evangelium</em> <em>vitæ</em>, 15 mars 1995, n. 95).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Maux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«L&rsquo;exploitation au profit des plus forts», dont parlait Ozanam, apparaît aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;élimination des êtres faibles que sont les enfants à naître. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Église ne cesse de dénoncer le crime de l&rsquo;avortement. Elle exhorte tous les hommes et spécialement les chrétiens à mettre en oeuvre leur ingéniosité pour secourir les femmes enceintes exposées à ce drame, et pour les assister dans l&rsquo;accueil et l&rsquo;éducation de leur enfant. Le mépris de la vie se manifeste aussi dans l&rsquo;euthanasie. La mission des chrétiens est de venir en aide à tous ceux que ce mal menace: malades en phase terminale, personnes âgées, handicapés, etc. Un accompagnement moral et spirituel, des soins palliatifs adaptés peuvent être d&rsquo;un grand secours dans ce domaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La toxicomanie (drogue) est également un fléau de la société moderne. Il atteint tous les milieux et toutes les régions du monde. Dès l&rsquo;école, l&rsquo;usage de certaines drogues se banalise. La distinction entre drogues douces et drogues dures favorise ce mal. Or, fait remarquer Jean-Paul II, «une telle distinction néglige et atténue les risques inhérents à toute prise de produit toxique, en particulier « les conduites de dépendance », qui reposent sur les mêmes structures psychiques, « l&rsquo;atténuation de la conscience et l&rsquo;aliénation de la volonté et de la liberté personnelles », quelle que soit la drogue». Une enquête récente a montré que plus de 90% des héroïnomanes (l&rsquo;héroïne est une « drogue dure ») ont commencé par prendre une drogue douce comme le cannabis. Le phénomène de la drogue est un mal d&rsquo;une particulière gravité. De nombreux jeunes et adultes en sont morts ou vont en mourir pendant que d&rsquo;autres se trouvent diminués dans leur être intime et dans leurs capacités, esclaves d&rsquo;un besoin qui les pousse à chercher dans la prostitution ou la délinquance le moyen de payer leur dose quotidienne. Le manque de propositions humaines et spirituelles vigoureuses entraîne les jeunes à chercher dans l&rsquo;usage de la drogue, un plaisir immédiat qui leur donne l&rsquo;illusion d&rsquo;échapper à la réalité. Peu à peu, ils en viennent à penser que tous les comportements sont équivalents, sans parvenir à différencier le bien du mal et sans avoir le sens des limites morales. Aussi, tous les éducateurs doivent-ils intensifier le travail de formation des consciences, en proposant aux jeunes la vérité sur Dieu, sur la religion et sur l&rsquo;homme. La réforme de la civilisation est une oeuvre religieuse au premier chef, car «pas de vraie civilisation sans civilisation morale, et pas de vraie civilisation morale sans la vraie religion: c&rsquo;est une vérité démontrée, c&rsquo;est un fait d&rsquo;histoire» (Saint Pie X, Lettre sur le Sillon, 25 août 1910).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«L&rsquo;aimable soeur, l&rsquo;heureux frère!»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques années passent. Ozanam a reçu deux fois le grade de docteur; brillant agrégé de la Faculté de Paris, il est en possession de la chaire de Droit Commercial à Lyon, demain il sera professeur à la Sorbonne. Mais son état de vie n&rsquo;est pas fixé et il hésite entre la vocation religieuse et le mariage. Lorsqu&rsquo;en 1839, le Père Lacordaire s&#8217;emploie à restaurer en France l&rsquo;Ordre dominicain, Ozanam s&rsquo;en fait envoyer la Règle. Il échange plusieurs lettres avec l&rsquo;éminent prédicateur. La consécration totale à Dieu, par le voeu de chasteté, attire Frédéric. D&rsquo;un autre côté, il réfléchit sur l&rsquo;union conjugale pour laquelle il a d&rsquo;abord de fortes réticences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu à peu, au contact d&rsquo;amis qui se marient, ses idées évoluent. Il écrit à l&rsquo;un d&rsquo;eux: «Vous puiserez dans la tendresse de celle qui va s&rsquo;unir à vous des consolations aux jours mauvais, vous trouverez dans les exemples de cette compagne du courage dans les temps périlleux, vous serez son ange gardien, elle sera le vôtre». Un jour, rendant visite au recteur de l&rsquo;Académie de Lyon, M. Soulacroix, il aperçoit, par hasard, une jeune fille qui donne tendrement ses soins à son frère paralysé. «L&rsquo;aimable soeur et l&rsquo;heureux frère! pense-t-il, comme elle l&rsquo;aime!» C&rsquo;est l&rsquo;image vivante de la charité qui vient de lui apparaître en Amélie Soulacroix, fille du recteur. Le souvenir de cette scène ne le quitte plus. Cette jeune fille réalise l&rsquo;idéal qu&rsquo;il s&rsquo;est fait de la femme chrétienne. Le mariage avec Amélie a lieu le 23 juin 1841.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nomination en janvier 1841 de Frédéric Ozanam comme professeur d&rsquo;histoire des littératures étrangères à la Sorbonne, lui fournit le moyen de répondre à sa vocation d&rsquo;apologiste. Il va s&rsquo;appliquer à mettre en valeur la religion Catholique à partir de l&rsquo;histoire. Voici ce qu&rsquo;il écrit en 1846: «Toute l&rsquo;irréligion en France procède encore de Voltaire et je ne pense pas que Voltaire ait de plus grand ennemi que l&rsquo;histoire. Et comment ses disciples n&rsquo;auraient-ils pas peur de ce passé qu&rsquo;ils outragent, et qui les écraserait s&rsquo;ils osaient s&rsquo;en approcher!&#8230; Grattons le badigeon que la calomnie a passé sur les figures de nos pères dans la Foi et quand ces images brilleront de tout leur éclat, nous verrons bien si la foule ne viendra pas les honorer». L&rsquo;influence civilisatrice de l&rsquo;Église est pour Ozanam une preuve apologétique de poids, constatable par tout historien impartial. Aussi entreprend-il d&rsquo;enseigner puis d&rsquo;écrire l&rsquo;histoire du Moyen-Âge, du V<sup>e</sup> au XIII<sup>e</sup> siècle, ouvrage que sa mort laissera inachevé: «Toute la pensée de mon livre, dit-il, est de montrer comment le christianisme sut tirer des ruines romaines et des tribus campées sur ces ruines, une société nouvelle, capable de posséder le vrai, de faire le bien et de trouver le beau». L&rsquo;Église ne redoute pas la vérité de l&rsquo;histoire. Elle sait que ses membres sont pécheurs et ne se comportent pas toujours selon son enseignement. Mais elle sait aussi que sa doctrine spirituelle et sociale est divine et a produit des fruits abondants.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Je viens»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Par une disposition mystérieuse de la Providence, cette vie si pleine devait bientôt s&rsquo;achever. En 1852, Frédéric a trente-neuf ans. Il n&rsquo;a jamais eu beaucoup de santé. Tout ce qu&rsquo;il a fait, il l&rsquo;a fait en souffrant; son teint livide le proclame assez haut. Une pleurésie va l&#8217;emporter en 18 mois. Le jour de ses quarante ans, 23 avril 1853, il rédige son testament: «Je sais, écrit-il, que j&rsquo;ai une femme jeune et bien-aimée, une charmante enfant, beaucoup d&rsquo;amis, une carrière honorable, des travaux conduits précisément au point où ils pourraient servir de fondement à un ouvrage longtemps rêvé. Voilà cependant que je suis pris d&rsquo;un mal grave, opiniâtre&#8230; Faut-il, mon Dieu, quitter tous ces biens que vous-même m&rsquo;avez donnés? Ne voulez-vous point, Seigneur, d&rsquo;une partie du sacrifice? Laquelle faut-il que je vous immole de mes affections déréglées? N&rsquo;accepteriez-vous point l&rsquo;holocauste de mon amour-propre littéraire, de mes ambitions académiques, de mes projets même d&rsquo;étude, où se mêle peut-être plus d&rsquo;orgueil que de zèle pour la vérité? Si je vendais la moitié de mes livres pour en donner le prix aux pauvres; et si, me bornant à remplir les devoirs de mon emploi, je consacrais tout le reste de ma vie, à visiter les indigents, à instruire les apprentis&#8230;, Seigneur, seriez-vous satisfait, et me laisseriez-vous la douceur de vieillir auprès de ma femme et d&rsquo;achever l&rsquo;éducation de mon enfant? Peut-être, mon Dieu, ne le voulez-vous point. Vous n&rsquo;acceptez point ces offrandes intéressées&#8230; C&rsquo;est moi que vous demandez&#8230; Je viens». Le 8 septembre 1853, vers vingt heures, en la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge, Frédéric Ozanam exhale doucement un long soupir. C&rsquo;est le dernier. Marie est venue chercher son enfant bien-aimé et l&rsquo;introduire dans l&rsquo;inexprimable joie de l&rsquo;Infini.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«À la sueur de nos visages»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l&rsquo;homélie prononcée à l&rsquo;occasion de la béatification de Frédéric Ozanam, le Saint-Père disait de lui: «Il aimait tous les démunis&#8230; Il rejoignait l&rsquo;intuition de Monsieur Vincent: « Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages »&#8230; Il a eu le courage lucide d&rsquo;un engagement social et politique de premier plan, à une époque agitée de la vie de son pays, car aucune société ne peut accepter la misère comme une fatalité sans que son honneur n&rsquo;en soit atteint&#8230; L&rsquo;Église confirme aujourd&rsquo;hui le choix de vie chrétienne qu&rsquo;il a emprunté».</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après Dom Antoine Marie osb, abbé <em><u>Source</u></em><em>&nbsp;: </em><a href="http://www.clairval.com/"><em>www.clairval.com</em></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>I- L’APOTRE QUE FUT OZANAM</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu cette existence ne fut pas exempte de luttes, et celles-ci lui eussent-elles été épargnées que ce cœur tendre aurait continué à souffrir devant la condition des pauvres qui furent toujours pour lui un souci dominant et constant. Entendons bien que non seulement les indigents mais la classe ouvrière préoccupèrent Ozanam et ses disciples.&nbsp;«&nbsp;Les plus chrétiens se sont trompés, écrivait-il, en se croyant quittes envers le prochain quand ils avaient pris soin des indigents&nbsp;; comme s’il n’y avait pas une classe immense, non pas indigente mais pauvre, qui ne veut pas d’aumônes, mais des institutions&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce zèle qui le consuma toute sa vie se manifesta dès 1830 et 1831, et la terrible insurrection des ouvriers lyonnais le bouleversa. Non seulement du point de vue humain il est déchiré à la vue de l’abîme qui sépare les capitalistes de jour en jour plus riches et les canuts esclaves modernes, mais le chrétien orthodoxe qu’il est («&nbsp;soyons sûrs que l’orthodoxie est le nerf et la force de la religion&nbsp;») se soucie de l’extension du Saint-Simonisme, et la réfutation officielle, claire et péremptoire qu’il en fait ‘il a 18 ans) attire les regards vers lui. Mais soyons certains qu’il n’avait aucune haine (au contraire) envers les Saints Simoniens. Dès la sortie de cette brochure (100 pages) Lamartine lui écrivit&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Ce début nous promet un combattant de plus dans la sainte lutte de la philosophie religieuse et morale que ce siècle livre contre une réaction matérialiste&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien ne pouvait résumer plus justement ce qu’était et ce qu’allait être l’apostolat d’Ozanam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui-même a également donné une explication de sa mission. Il a avoué qu’après une période de doutes terribles, un prêtre philosophe le sauva&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Il mit dans ma pensée l’ordre et la lumière&nbsp;; je crus désormais d’une foi rassurée et, touché d’un bienfait si rare, je promis à Dieu de vouer mes jours au service de la vérité qui me donnait la paix&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non seulement il sera au service de la vérité, mais à celui de la charité, et sa vie durant (il ne s’agit pas de quelques semaines ou de quelques mois d’expérience, mais d’une vie&nbsp;!) il visitera les pauvres et les malades, leur consacrant tous ses trop rares loisirs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme il tient à ce que ses idées généreuses (celles de la démocratie chrétienne&nbsp;: la meilleure forme de salut à son avis et le seul véritable rempart contre le socialisme matérialiste) pénètrent les masses, il mène une correspondance écrasante, parle, enseigne, et enfin écrit dans la presse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;L’avenir&nbsp;», journal de Lamennais, a été foudroyé par l’encyclique «&nbsp;Mirari vos&nbsp;». Ozanam participe donc à «&nbsp;l’Ere nouvelle&nbsp;», puis au «&nbsp;Correspondant&nbsp;». Malgré ses efforts généreux il fallut attendre Léon XIII pour voir enfin se constituer le catholicisme social.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On imagine si le patronat et la bourgeoisie luttèrent contre ces dangereux chrétiens qui menaçaient le système économique établi .Ozanam fut attaqué, sali bien souvent, ainsi que ses amis et, dans ces épreuves, l’amitié de M. Bailly, directeur de la «&nbsp;Tribune Catholique&nbsp;» lui fut d’un grand secours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Léon Le Prévost, dans une lettre du 20-8-1833 à Victor Pavie, annonçait&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Il y a en ce moment un grand mouvement de charité et de foi, mais tout cela, dans la sphère voilée de l’humanité, échappe au monde indifférent.. Je me trompe fort ou de ces catacombes nouvelles sortira une lumière pour le monde&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">N’est-ce pas en pensant à cette lumière que notre «&nbsp;voyant&nbsp;» écrivait lui-même&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Quand donc la science aura porté ses fruits, quand la raison aura ramassé sa dernière moisson, toutes ces recherches, tous ces labeurs, toutes ces conquêtes viendront se résoudre dans une vaste interprétation des croyances révélées. Toute vérité rationnelle aboutira à la vérité religieuse&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’en 1835 l’archevêque de Paris ouvrit la chaire de Notre Dame à Lacordaire, ancien disciple de Lamennais, ce geste dut être un encouragement pour Ozanam et ses amis, plus dévoués que jamais par le feu de la charité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans leur lucidité ils voyaient nettement ce monde nouveau que créait le machinisme et tous les conflits sociaux qui résultaient de cet état de choses.&nbsp;«&nbsp;Il y a beaucoup trop d’hommes qui ont trop et qui veulent avoir encore, et cette lutte menace d’être terrible&nbsp;: d’un côté la puissance de l’or, de l’autre celle du désespoir. Entre ces armées ennemies il faudrait nous précipiter, sinon pour empêcher, du moins pour amortir le choc&nbsp;». Plus magnifiquement il disait encore&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Il faut enlacer la France dans un réseau de charité&nbsp;». Ce que, dès 1833, il avait commencé à faire avec 7 compagnons de bonne volonté et la célèbre Sœur Rosalie, supérieure des Filles de la Charité du quartier de la Montagne sainte Geneviève, dont une avenue de Paris porte le nom, alors que la ville n’a pas fait cet honneur à Ozanam.&nbsp;Ils avaient fondé les célèbres conférences de Saint Vincent de Paul&nbsp;; en 1845, celles-ci comptaient déjà 9000 membres, et en 1913 plus de 100.000.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>II – L’ HUMANISTE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette vie d’action ne sut entraver ni celle de l’érudit ni celle de l’artiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Licencié en droit en 1834, docteur en droit en 1836, il se fit inscrire au barreau de Lyon et souffrit cruellement pendant plusieurs années d’une vocation contrariée. En 1835, il passe sa licence es-lettres. La Chambre de Commerce de Lyon lui offre une chaire de droit commercial&nbsp;; il l’accepte, et ses remarquables leçons, que nous avons lues, nous font aisément admettre que le droit, pour lui, était&nbsp;«&nbsp;une branche de la philosophie, une portion de l’histoire, un aspect de la littérature&nbsp;». IL publie alors deux essais&nbsp;«&nbsp;Sur les biens de l’Eglise et les spoliations révolutionnaires&nbsp;» et «&nbsp;Sur les origines du droit français&nbsp;».</p>





<p class="wp-block-paragraph">Dès 1833, au cours d’un voyage en Italie, la pensée de Dante s’était imposée à lui&nbsp;; elle ne le quitta guère jusqu’au 7 janvier 1839, date de sa soutenance de thèse. En août 1840, Cousin, alors ministre, vint chercher à Lyon le jeune docteur es-lettres afin qu’il participât au concours pour l’agrégation des Facultés. Il en sortit premier malgré des questions déroutantes et ingrates sur les scoliastes, dont il se tira à merveille. Il avait 27 ans. On lui offrit à la Sorbonne la suppléance de Fauriel, malade. En même temps il accepta de se charger du cours de rhétorique de Stanislas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il apprit à fond l’allemand, l’italien et l’espagnol pour mieux pénétrer les civilisations principales de l’Europe. En 1847, son ouvrage&nbsp;«&nbsp;Etudes Germaniques&nbsp;» confirma l’étude sur l’&nbsp;«&nbsp;Etablissement du Christianisme en Allemagne&nbsp;» et celle sur&nbsp;«&nbsp;Les Germains avant le Christianisme&nbsp;». De 1842 à 1845, il a approfondi ses études dantesques et franciscaines, d’où sont sortis deux de ses livres que M. Edouard Jordan a pu qualifier de «&nbsp;mémorables&nbsp;»&nbsp;: son essai sur Dante et son étude sur les Poètes Franciscains. D’autre part, Krauss, le grand exégète allemand, a affirmé&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;En France, l’étude scientifique de Dante n’a été inaugurée que par Fauriel et Ozanam&nbsp;». En 1850, Ozanam publia&nbsp;«&nbsp;Documents inédits pour servir l’histoire de l’Italie du VII° au XIII° siècle&nbsp;». Enfin c’est bien lui qui révéla les Fioretti à la France. Quelle compréhension entre saint François et Ozanam, tous deux ayant aimé avec passion Dieu et les pauvres. C’est encore Ozanam qui nous apprit à connaître Jacopone de Todi, beau poète auquel on doit le plus poignant sanglot de la liturgie chrétienne&nbsp;: le Stabat, et nombres de laudes (des laudes on passerait plus tard aux Mystères, qui en sont l’élargissement et qui sont nés dans le milieu franciscain). Frédéric Ozanam s’appliqua à démontrer que c’est parce que saint François a rendu à l’Italie la flamme mystique qu’il a en même temps rouvert la source de tous les arts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que son siècle l’avait comblé d’honneurs, qu’il était membre correspondant des plus grandes académies étrangères et déjà chevalier de la Légion d’Honneur, ce fils de saint François écrivait avec émotion&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Du fond de sa cellule d’Ara Coeli, le Général de l’Ordre (franciscain bien entendu&nbsp;!) m’adresse un diplôme qui n’est pas pour moi le moins touchant de mes titres. Me voilà donc affilié, comme notre ami Dante, à cet Ordre dont il prit l’habit en mourant et qui protège ses restes.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ayant beaucoup souffert des luttes politiques (la mort de Mgr Affre sur les barricades l’affecta profondément) jusqu’à son propre trépas il ne cessa de prêcher la lutte contre le paupérisme et tous les maux d’une société mal organisée. Il rêvait d’ailleurs l’anéantissement de l’esprit politique au profit de l’esprit social. Ce visionnaire n’eut-il pas, un siècle à l’avance, le pressentiment de la mission&nbsp;? Il écrivit en effet, à l’adresse du clergé&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;…On vous doit cette justice que vous aimez les pauvres de vos paroisses, que vous accueillez charitablement l’indigent qui frappe à votre porte et que vous ne le faites pas attendre s’il vous appelle au chevet de son lit. Mais le temps est venu de vous occuper davantage des autres pauvres qui ne mendient pas, qui vivent ordinairement de leur travail et auxquels on n’assurera jamais de telle sorte le droit au travail ni le droit à l’assistance qu’ils n’aient besoin de secours, de conseils et de consolations. Le temps est venu d’aller chercher ceux qui ne vous appellent pas, qui, relégués dans les quartiers mal famés, n’ont peut être jamais connu ni l’Eglise, ni le prêtre, ni le doux nom du Christ&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet «&nbsp;humanisme dévot&nbsp;» qui assura que «&nbsp;Liberté, Egalité, Fraternité, ces grands dogmes politiques, sont descendus du Calvaire&nbsp;» et qui s’écriait&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je suis passionné pour les conquêtes de l’esprit moderne. J’aime la liberté et je l’ai servie «&nbsp;, montera-t-il un jour sur nos autels&nbsp;? Sa cause est introduite en cour de Rome. Nous avons trop peu d’hommes mariés pour modèles. Fasse le ciel que les Charles de Blois (pour lui c’est à peu près chose faite), les duc d’Alençon, les Frédéric Ozanam (tous enfants de saint François et tous excellents et tendres époux, remarquons le en passant), soient bientôt canonisés, nouveaux fleurons de gloire pour la France et pour l’Eglise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>III – L’EPOUX QUE FUT OZANAM</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La meilleure façon d’évoquer Frédéric Ozanam consisterait, vraisemblablement, à le citer, car sa correspondance fut si abondante, si variée, si précise, qu’elle nous révèle aujourd’hui, avec tout le charme d’une véritable conversation, les idées maîtresses, les buts ou pour mieux dire les clés de ce que fut cette vie de catholique fervent. Peu d’hommes ont, en effet, autant écrit et malgré que le style soit marqué par l’époque, on peut ajouter&nbsp;: et peu l’on fait aussi bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les plus grands hommes du XIX° siècle ont laissé leur opinion sur Ozanam, elle fut presque toujours flatteuse. Chateaubriand et Lamartine l’estimèrent, Ampère, Lacordaire, Renan, l’aimèrent véritablement. Seul, ou à peu près, Sainte-Beuve fut cruellement sévère envers lui et demandait avec un humour féroce pourquoi de cet ardent écolier on voulait faire un grand homme. Malgré tout le respect que peut inspirer l’auteur des «&nbsp;Lundis&nbsp;» rappelons-nous que son sens critique ne fut pas toujours infaillible (contrairement à ce qu’en disait Taine et Bourget) et que s’il a pu écrire&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je viens de relire, ou d’essayer les romans de Stendhal, ils sont franchement détestables&nbsp;», il a pu tout aussi bien se tromper au sujet d’Ozanam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ozanam ne fut donc pas seulement un «&nbsp;écolier ardent&nbsp;» (et en admettant qu’il l’ait été jusqu&nbsp;‘à sa mort, n’est-ce pas flatteur que d’être encore, dans l’âge mûr, dévoré de la soif d’apprendre&nbsp;?) mais aussi un maître et très écouté. Tellement écouté même, qu’au printemps de 1852, alors que traversant une grave crise de surmenage et d’anémie, il est par son médecin condamné au repos, ses étudiants ne veulent pas d’autre professeur et organisent un vrai chahut pour obtenir son retour. Mais laissons parler Lacordaire&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Ozanam est retenu au lit par la fièvre. Il apprend que son auditoire l’attend à la Sorbonne et que cette bouillante jeunesse, sans se préoccuper des causes qui la privent de son professeur, le demande en criant et en s’agitant. Aussitôt, malgré ses amis, malgré les pleurs de sa femme et les ordres du médecin, il se lève et court à sa chaire&nbsp;: Je veux, dit-il, honorer ma profession&nbsp;». Lorsqu’il entra dans la salle de la Sorbonne, pâle, exténué, plutôt comme un mort que comme un vivant, le remord et l’admiration s’emparèrent de la foule qui lui prodigua de frénétiques applaudissements. Ces transports se renouvelèrent à plusieurs reprises dans le cours de la leçon et, ranimant l’infortuné sous le coup mortel, l’élevèrent au dessus de lui-même une dernière fois. On eût dit que les acclamations avaient le secret de Dieu tant elles devinrent passionnées lorsque le professeur termina ainsi&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Messieurs, on reproche à notre siècle d’être un siècle d’égoïsme, et l’on dit les professeurs atteints de l’épidémie générale. Cependant c’est ici que nous altérons nos santés, c’est ici que nous usons nos forces&nbsp;: je ne m’en plains pas&nbsp;: notre vie vous appartient, nous vous la devons jusqu’au dernier souffle et vous l’aurez. Quant à moi, messieurs, si je meurs, ce sera à votre service.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Savait-il si bien dire, ce «&nbsp;voyant&nbsp;» qui allait s’éteindre le 8 septembre 1853, à l’âge de 40 ans&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si nous nous risquons à oser ce terme, c’est à la suite de M. l’Abbé Eugène Labelle qui, en 1939, fit paraître chez Bloud et Gay, un fort intéressant choix de textes d’Ozanam sous le titre «&nbsp;Message d’un voyant&nbsp;». Extrêmement intéressantes au point de vue social, ces citations sont fatalement incomplètes. Tout un côté de Frédéric Ozanam, l’époux et le père, n’y est pas évoqué. Il faut savoir gré à la revue «&nbsp;L’Anneau d’Or&nbsp;» d’avoir publié dans son numéro 54 de décembre 1953 plusieurs lettres de notre héros à Madame Ozanam et à leur petite Marie. Cette fois, à la lecture de si charmantes et si chaudes épîtres d’amour le saint nous devient totalement fraternel&nbsp;: il s’agit bien d’un homme. Et si sympathique, si attachant, un peu jaloux, très passionné, ne pouvant vivre quelques jours séparé de sa bien-aimée. Tous ces textes seraient à reproduire. La place nous étant comptée, nous n’en citerons que quelques passages&nbsp;: 26 septembre 1842&nbsp;:&nbsp;«&nbsp; à la suite de cet épanchement, la prière est plus facile, il me semble que nous la faisions encore à deux. Je finis en baisant ton petit médaillon et ma petite croix, et c’est dans tes bras, ma chère enfant, que je m’endors. Je me figure aussi que dans ces heures solennelles de la nuit, à la faveur de ce sommeil qui semble dégager les esprits de leur condition terrestre, les âmes se rapprochent et que la tienne, guidée par des rêves bienfaisants, plane peut-être tout près de moi, pendant que ma plume te conduit mes pensées. Ainsi nous viendrions l’un au devant de l’autre et l’amour se vengerait de ces distances qui le désolent&nbsp;: oui, je le crois fermement, l’absence peut nous séparer, mais non pas nous désunir…&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">30 septembre 1842&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;…Viens à moi. Presse l’époque de ce départ, assure-t’en les moyens. Je serais si reconnaissant si tu partais le 10&nbsp;! Ce sera encore si long jusque là&nbsp;! Qu’on m’excuse chez toi, mais je n’y puis tenir davantage. Qu’on ne me reproche point d’égoïsme, l’égoïsme, ce serait de me suffire à moi-même. Mais ne pouvoir se passer de toi, mais ne pas vivre, ne pas penser, ne pas sentir, ne pas respirer quand tu n’y es point, qu’est-ce autre chose que de l’amour&nbsp;?&#8230;&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">5 octobre 1842&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Il fait un temps admirable depuis 5 jours, mais comment veux-tu que je me promène seul avec mes pensées&nbsp;? Je ne puis voir seulement dans la rue une jeune femme et son mari sans faire un retour douloureux…Comment reprendrais-je la rédaction de mon livre, moi qui ne puis achever une page sans te l’avoir lue&nbsp;?&#8230;Quand Dieu a fait deux âmes pour vivre ensemble, il a mis à ce prix leur bonheur, il ne leur en laisse plus hors de ces conditions. C’est là que l’on sent dans les profondeurs le mystère de l’union conjugale. C’est cette impossibilité de se passer l’un de l’autre, cet insupportable déchirement de la séparation…Encore autant de temps, autant d’inquiétude, autant de désirs inutiles, autant de ces beaux jours de notre jeunesse passé sans un sourire, sans un baiser. Adieu.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">5 octobre 1842&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;…Je les (les élèves) entretiendrai toute l’année de Virgile, de Racine, de Bossuet&nbsp;: nous ne serons pas bien malheureux d’avoir à nous occuper de tant de grands hommes et d’admirables livres. Même dans mes heures de rêverie, j’ai pensé à faire avec toi, si tu le veux, un peu de littérature française, à relire ensemble tous les soirs, quelques pages des grands maîtres, à te les commenter. Il me semble que ce sera une demi-heure utile et bonne à tous deux. Nous expliquerons aussi un peu d’italien, et si tu as le courage, je te ferai quelquefois écrire. Puisque Dieu m’a donné cette vocation des Lettres où il y a tant de jouissance et de leçon, il me paraît que je t’en dois ta part&nbsp;; je me reproche de ne pas m’être occupé l’année dernière de ton intelligence que j’ai pourtant trouvée si élevée et si ouverte. A ton tour tu m’initieras davantage à ces plaisirs de la musique dont tu as le secret…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Adieu, ma chère enfant, mon Amélie, mon épouse bien-aimée, et si le ciel sait quelque autre nom plus doux que je puisse te donner encore, aucun nom d’ici bas ne peut te dire ce que tu es pour ton époux.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">17 octobre&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;…Ce que peu d’hommes apportent à leur épouse, parce qu’ils ont brisé le vase et dissipé les parfums de leur cœur, je te l’avais gardé fidèlement. Et je t’ai aimée, ô mon ange, comme je n’avais aimé personne en ce monde. Mais parce que c’était l’amour dans toute l’impétuosité et l’inexpérience de sa première manifestation, j’ai fait beaucoup de fautes. Va, j’eusse été plus raisonnable, moins exigent, j’aurais eu plus de tact et de discrétion, si j’eusse été usé aux passions d’ici-bas. Cette passion a été la première, la seule, elle sera la dernière de ma vie et, comme telle, elle ne pouvait être exempte de faiblesse…Tu me pardonneras donc beaucoup parce que j’ai beaucoup aimé&nbsp;; et moi je me rendrai plus digne de ton indulgence en purifiant mon amour. Je le dégagerai de tout alliage qui t’afflige…Ta présence ne sera pas inutile à l’amendement de mon caractère, au salut de mon âme…Viens.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-on être à la fois plus humble et plus grand&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">1° août 1850&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Assurément je ne veux offenser personne&nbsp;; je ne dirai pas que dans le sac au mariage il y a neuf vipères pour une anguille&nbsp;; mais je crois bien qu’il y a neuf colombes pour une femme. C’est joli, doux, innocent, cela s’élève bien, cela chante quelquefois&nbsp;; mais dans ces gracieuses petites têtes il n’y a guère de cervelle&nbsp;; après qu’on a passé quelques heures avec le bel oiseau, qu’on l’a fait poser sur un doigt, qu’il a levé une aile, puis l’autre, et tendu son cou frissonnant sous les baisers, on finit par le remettre sur son perchoir et l’on va chercher d’autres plaisirs. C’est pourquoi tout en parlant comme les autres et sans vouloir rejeter ces noms charmants qu’on donne à ce qu’on aime, en t’appelant ma colombe, et ma fleur, et ma perle, j’ai toujours trouvé que ces mots trahissaient la pensée, qu’ils supposaient je ne sais quoi de conforme à ces mœurs de l’Antiquité et de l’Orient, qui faisait d’une femme le passe-temps, le jouet, tout au plus le joyau de l’homme, et non la compagne de sa vie et l’associée de toute sa destinée…&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;La compagne de sa vie, l’associée de toute sa destinée&nbsp;», que voilà bien définie l’épouse idéale, telle qu’il l’entendait&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet époux si parfaitement dans son rôle a hésité un temps (assez court, et certainement sous l’influence de Lacordaire qui, connaissant la beauté de cette grande âme la voulait toute à Dieu) entre la vocation du mariage et celle du couvent. Avouons qu’il est heureux que les époux et pères chrétiens possèdent un tel modèle&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette âme mystique trouva un climat favorable à son plein épanouissement auprès de St François d’Assise, dans son Troisième Ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vie si courte a été comblée&nbsp;; dans la famille, dans l’enseignement (après avoir, par obéissance, opté un temps pour le droit, il put revenir aux Lettres, qui étaient son véritable terrain), dans ses activités sociales (de son vivant il eut la joie de voir ses Conférences de saint Vincent de Paul prendre un développement considérable et s’étendre de par le monde) et par sa vie de fervent disciple de St François.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S.-M. d’Erceville</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Si quelque chose me console de quitter la terre avant d’avoir fait ce que j’ai voulu, c’est que je n’ai jamais travaillé pour les louanges des hommes, mais pour le service de la vérité.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;La question qui divise les hommes de nos jours n’est plus une question de formes politiques, c’est une question sociale, c’est de savoir qui l’emportera de l’esprit d’égoïsme ou de l’esprit de sacrifice&nbsp;; si la société ne sera qu’une grande exploitation au profit des plus forts ou une consécration de chacun pour le bien de tous et surtout pour la protection des faibles.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;L’ordre de la société repose sur deux vertus&nbsp;: justice et charité. Mais la justice suppose déjà beaucoup d’amour, car il faut beaucoup aimer l’homme pour respecter son droit qui borne notre droit et sa liberté qui gêne notre liberté. Cependant la justice a des limites, la charité n’en connaît pas.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;J’ai connu les doutes du siècle présent, mais toute ma vie m’a convaincu qu’il n’y a de repos pour l’esprit et le cœur que dans la foi de l’Eglise et sous son autorité.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;La charité ne doit jamais regarder derrière elle, mais toujours devant, parce que le nombre de ses bienfaits passés est toujours très petit et que les misères présentes et futures qu’elle doit soulager sont infinies.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Du Pape Jean-Paul II aux JMJ de Paris le 22 août 1997</p>



<p class="wp-block-paragraph">3. Dans le cadre de la Journée mondiale de la Jeunesse, à Paris en cette année 1997, je procède aujourd&rsquo;hui (22 août) à la béatification de Frédéric Ozanam. […] Je salue avec affection les membres de la Société de Saint-Vincent de Paul venus du monde entier pour la béatification de leur fondateur principal. […] C&rsquo;est une Fille de la Charité, sœur Rosalie Rendu, qui a guidé le jeune Frédéric Ozanam et ses compagnons vers les pauvres du quartier Mouffetard, à Paris. Je vous encourage à mettre en commun vos forces, pour que, comme le souhaitait celui qui vous inspire, les pauvres soient toujours mieux aimés et servis et que Jésus Christ soit honoré en leurs personnes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">4. Frédéric Ozanam aimait tous les démunis. Dès sa jeunesse, il a pris conscience qu&rsquo;il ne suffisait pas de parler de la charité et de la mission de l&rsquo;Église dans le monde: cela devait se traduire par un engagement effectif des chrétiens au service des pauvres. Il rejoignait ainsi l&rsquo;intuition de Monsieur Vincent: «<em>Aimons Dieu, mes frères, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages</em>» (<em>Saint-Vincent de Paul</em>, XI, 40). Pour le manifester concrètement, à l&rsquo;âge de vingt ans, avec un groupe d&rsquo;amis, il créa les Conférences de Saint-Vincent de Paul, dont le but était l&rsquo;aide aux plus pauvres, dans un esprit de service et de partage. Très vite, ces Conférences se répandirent en dehors de France, dans tous les pays d&rsquo;Europe et du monde. Moi-même, comme étudiant, avant la deuxième guerre mondiale, je faisais partie de l&rsquo;une d&rsquo;entre elles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Désormais l&rsquo;amour des plus misérables, de ceux dont personne ne s&rsquo;occupe, est au cœur de la vie et des préoccupations de Frédéric Ozanam. Parlant de ces hommes et de ces femmes, il écrit : «<em>Nous devrions tomber à leurs pieds et leur dire avec l&rsquo;Apôtre : « Tu es Dominus meus ». Vous êtes nos maîtres et nous serons vos serviteurs; vous êtes pour nous les images sacrées de ce Dieu que nous ne voyons pas et, ne sachant pas l&rsquo;aimer autrement, nous l&rsquo;aimons en vos personnes</em>» (<em>à Louis Janmot)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">5. Il observe la situation réelle des pauvres et cherche un engagement de plus en plus efficace pour les aider à grandir en humanité. Il comprend que la charité doit conduire à travailler au redressement des injustices. Charité et justice vont de pair. Il a le courage lucide d&rsquo;un engagement social et politique de premier plan à une époque agitée de la vie de son pays, car aucune société ne peut accepter la misère comme une fatalité sans que son honneur n&rsquo;en soit atteint. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on peut voir en lui un précurseur de la doctrine sociale de l&rsquo;Église, que le Pape Léon XIII développera quelques années plus tard dans l&rsquo;encyclique <em>Rerum novarum</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face aux pauvretés qui accablent tant d&rsquo;hommes et de femmes, la charité est un signe prophétique de l&rsquo;engagement du chrétien à la suite du Christ. J&rsquo;invite donc les laïcs et particulièrement les jeunes à faire preuve de courage et d&rsquo;imagination pour travailler à l&rsquo;édification de sociétés plus fraternelles où les plus démunis seront reconnus dans leur dignité et trouveront les moyens d&rsquo;une existence respectable. Avec l&rsquo;humilité et la confiance sans limites dans la Providence, qui caractérisaient Fréderic Ozanam, ayez l&rsquo;audace du partage des biens matériels et spirituels avec ceux qui sont dans la détresse !</p>



<p class="wp-block-paragraph">6. Le bienheureux Frédéric Ozanam, apôtre de la charité, époux et père de famille exemplaire, grande figure du laïcat catholique du dix-neuvième siècle, a été un universitaire qui a pris une part importante au mouvement des idées de son temps. Étudiant, professeur éminent à Lyon puis à Paris, à la Sorbonne, il vise avant tout la recherche et la communication de la vérité, dans la sérénité et le respect des convictions de ceux qui ne partagent pas les siennes. «<em>Apprenons à défendre nos convictions sans haïr nos adversaires, écrivait-il, à aimer ceux qui pensent autrement que nous, [&#8230;] plaignons-nous moins de notre temps et plus de nous-mêmes</em>» (<em>Lettres</em>, 9 avril 1851). Avec le courage du croyant, dénonçant tous les égoïsmes, il participe activement au renouveau de la présence et de l&rsquo;action de l&rsquo;Église dans la société de son époque. On connaît aussi son rôle dans l&rsquo;institution des Conférences de Carême en cette cathédrale Notre-Dame de Paris, dans le but de permettre aux jeunes de recevoir un enseignement religieux renouvelé face aux grandes questions qui interrogent leur foi. Homme de pensée et d&rsquo;action, Frédéric Ozanam demeure pour les universitaires de notre temps, enseignants et étudiants, un modèle d&rsquo;engagement courageux capable de faire entendre une parole libre et exigeante dans la recherche de la vérité et la défense de la dignité de toute personne humaine. Qu&rsquo;il soit aussi pour eux un appel à la sainteté !</p>



<p class="wp-block-paragraph">7. L&rsquo;Église confirme aujourd&rsquo;hui le choix de vie chrétienne fait par Ozanam ainsi que le chemin qu&rsquo;il a emprunté. Elle lui dit: <em>Frédéric, ta route a été vraiment la route de la sainteté. Plus de cent ans ont passé, et voici le moment opportun pour redécouvrir ce chemin. Il faut que tous ces jeunes, presque de ton âge, qui sont rassemblés si nombreux à Paris, venant de tous les pays d&rsquo;Europe et du monde, reconnaissent que cette route est aussi la leur. Il faut qu&rsquo;ils comprennent que, s&rsquo;ils veulent être des chrétiens authentiques, ils doivent prendre ce même chemin. Qu&rsquo;ils ouvrent mieux les yeux de leur âme aux besoins si nombreux des hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Qu&rsquo;ils comprennent ces besoins comme des défis. Que le Christ les appelle, chacun par son nom, afin que chacun puisse dire: voilà ma route! Dans les choix qu&rsquo;ils feront, ta sainteté, Frédéric, sera particulièrement confirmée. Et ta joie sera grande. Toi qui vois déjà de tes yeux Celui qui est amour, sois aussi un guide sur tous les chemins que ces jeunes choisiront, en suivant aujourd&rsquo;hui ton exemple!</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pape Jean-Paul II aux JMJ de Paris le 22 août 1997</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/bienheureux-frederic-ozanam/">Bienheureux Frédéric Ozanam</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>John Bradburne</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 22:59:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1921-1979 Franciscain séculier Vagabond de Dieu, père des lépreux, martyr. Dans le Livre des Merveilles publié sous la direction de Mgr Joseph Doré et du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">1921-1979</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="150" height="102" src="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/John-Bradburne.jpg" alt="" class="wp-image-45" srcset="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/John-Bradburne.jpg 150w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/John-Bradburne-88x60.jpg 88w" sizes="auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscain séculier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>V</strong><strong>agabond de Dieu, père des lépreux, martyr.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans le Livre des Merveilles publié sous la direction de Mgr Joseph Doré et du Conseil de présidence du grand Jubilé de l&rsquo;an 2000, deux pages sont consacrées à John Bradburne sous le titre&nbsp;:</em><em> «&nbsp;Un autre saint François en Afrique&nbsp;».</em><em> Affirmation hardie et quelque peu exagérée, mais qui a le mérite d’attirer l’attention sur un membre de l’OFS à la destinée étonnante, comme sorti de la Légende Dorée en plein XXe siècle. Pour </em><em>Mgr Ward, archevêque de Cardiff, «&nbsp;John Bradburne est un modèle exemplaire qui parle, des volumes entiers, pour le monde d’aujourd’hui&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">John Bradburne nait à Skirwith dans le Nord-Ouest de l’Angleterre entre l’Eden et le Golgotha. Cela ne s’invente pas&nbsp;: le village est à l’Est de l’Eden, petite rivière locale, et au pied du CrossFell, la Montagne de la Croix&nbsp;! Sa vie illustre ce programme symbolique et commence par le vert paradis de l’enfance heureuse dans la famille du pasteur anglican d’une petite communauté rurale, cultivée et profondément chrétienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A sept ans, John quitte cet «&nbsp;Eden&nbsp;» pour suivre une scolarité dans les meilleurs établissements anglais de l’époque. Il se signale surtout sa passion pur vivre dans les arbres. Mais alors qu’il va entrer à l’Université la guerre éclate. John est envoyé comme officier en Asie. Il participe à la plus grande défaite militaire de l’histoire de l’armée anglaise en Malaisie en 1942 et il est un des moins de cent qui parviennent en se cachant dans la brousse à échapper à la capture des 130&nbsp;000 soldats britanniques par les japonais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenu en héros en Inde il participe à l’épopée des Chindits, ancêtres des SAS et autres commandos de choc, largué 200 kilomètres derrière l’armée japonaise en Birmanie. Une brillante carrière militaire ou intellectuelle s’ouvre pour lui à la fin de la guerre mais sa vie a changé au cœur de la jungle lorsque, presque mourant avant d’être miraculeusement sauvé, il a eu la vison d’une belle dame en blanc. Désormais la recherche de Dieu et l’amour de la Sainte Vierge seront sa voie. Elle le conduit dès 1947 à entrer dans l’Eglise catholique et il la suivra de façon originale, dans le vagabondage mystique, la prière, le musique et la poésie (avec près de 11&nbsp;000 pages de poèmes, trois fois plus que Shakespeare, et des poèmes essentiellement religieux, John Bradburne est sans doute le poète le plus prolixe de toute la littérature de langue anglaise).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant dix-sept années, John suit sa voie là où elle le conduit, en Angleterre est en Europe. Il est successivement bucheron, postulant dans une abbaye bénédictine, maître d’école, soutier sur un bateau de pèche, postulant et portier dans une Chartreuse, pèlerin vagabond jusqu’à la Terre Sainte, novice chez les Pères de Sion en Belgique, à nouveau clochard céleste sur les routes d’Europe, squatter pendant un an d’un buffet d’orgue dans une église du sud de l’Italie, éboueur et ami des handicapés, ermite, assistant croque-mort, musicien de rue, à nouveau postulant dans une abbaye bénédictine, musicien des rues, SDF, employé de librairie, cinquième sacristain de la cathédrale de Westminster à Londres, gardien de la résidence d’été des cardinaux de Westminster et enfin aide-fleuriste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Un fils de saint François</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un chemin donc dans lequel Dieu parait sans cesse «&nbsp;écrire droit en lettres courbes&nbsp;» comme dit le proverbe portugais. Un chemin dans lequel, avec sa foi profonde et dévotion envers la Sainte Vierge dont il se fait le chevalier servant et le héraut, son appartenance au Tiers-Ordre franciscain est le troisième pôle de stabilité. Car John est d’abord un tertiaire de saint François qui prend au sérieux la règle de prière et de vie du saint d’assise. Il prie tous les jours le petit Office de la Sainte Vierge et on peut l’entendre chanter les Heures. Il participe aussi quotidiennement à la messe partout où il le peut et reste longuement devant le Saint Sacrement. Quand il est en Italie ou à Hare Street House, il improvise sur l’harmonium et chanter des louanges devant le tabernacle durant des heures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">John Bradburne possède en tout et pour tout quatre livres – tous les quatre pour nourrir sa prière&nbsp;: une Bible, l’Office franciscain, un missel et «&nbsp;Le nuage de l’inconnaissance&nbsp;», fleuron de la littérature mystique anglaise du Moyen-Age. Il fait de plus en plus de cet ouvrage le cœur de sa vie spirituelle. Ce chef d’œuvre de la mystique chrétienne, qu’on a pu placer au rang des œuvres du pseudo-Denys ou de saint Jean de la Croix, de tonalité très franciscaine, insiste sur ce que seul l’amour, non la pensée, peut pénétrer en Dieu et le connaître&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dieu peut être aimé mais non pensé&nbsp;»&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par l’amour il peut être pensé et retenu,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais jamais par la pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">John Bradburne laisse aussi des milliers de vers de méditation sur la Parole de Dieu, car, écrit-il,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le&nbsp;cerf désire les fleuves d’eau</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi le pèlerin aspire à la simplicité fraîche</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à la délivrance totale des sables,</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la sèche pensée discursive et des livres agaçants&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ni&nbsp;agaçante, ni sèche</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est la Bible aux mains</p>



<p class="wp-block-paragraph">De celui qui a dans son cœur son lumineux Seigneur</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui est la clé de David, et le Roi</p>



<p class="wp-block-paragraph">Apte à ouvrir tout ce qui est caché</p>



<p class="wp-block-paragraph">De&nbsp;ce qui est écrit, dont il fera un vaste pâturage&nbsp;.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vers la fin de sa vie, un père jésuite lui offrit les récits d’un Pèlerin russe. John tomba amoureux du livre et surtout de la prière de Jésus. Il l’adapta à sa façon, passant des heures à répéter l’invocation «&nbsp;Jésus de Nazareth, Roi des Juifs, triomphe par Juda&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette profonde vie de prière ne pouvait pas ne pas déborder. Aux yeux du monde, qu’était John Bradburne&nbsp;? Un perdant, un semi-vagabond instable. Et pourtant, dès qu’il arrivait dans une maison, il amenait avec lui la paix et le désir de se tourner vers Dieu, il relativisait tous les problèmes – dans un pays en proie à la guerre, à la violence, à la haine. Une de ses prières nous permet de deviner un peu plus ce que fut sa vie intérieure&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Pour ceux qui n’aimant peu ne vivent pas la vie,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’offre pas de profondes condoléances à la mort,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui la méprisent comme si&nbsp;c’était la couche</p>



<p class="wp-block-paragraph">De repos en Christ jusqu’à la Résurrection, je réponds</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dûment par un Alléluia&nbsp;; mais, pour mourir,</p>



<p class="wp-block-paragraph">N’attendez pas jusqu’à la mort&nbsp;; mourez aux sept (péchés) mortels,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revêtez dans le temps l’éternité sublime,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pensez à l’immortalité, branchez-vous sur le Ciel&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>En Afrique</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1961, John Bradburne écrit à son ami John Dove, devenu religieux jésuite sous son influence et parti comme missionnaire dans le pays qui s’appelle encore Rhodésie du sud (aujourd’hui Zimbabwe), et lui demande de lui trouver une grotte quelque part afin qu’il puisse y vivre en ermite pour louer Dieu. Il part en Afrique l’année suivante rejoindre son ami qui dans un premier temps l’oriente bien sûr vers une mission franciscaine. Et là, l’errance de John reprend de plus belle. S’il est apprécié partout pour sa gentillesse et sa serviabilité et reconnu pour al profondeur de sa vie de prière, il est incapable d’occuper un poste fixe et de s’assujettir aux règles de la vie commune. Il sera tour à tour assistant dans la gestion, homme à tout faire ou gardien de plusieurs missions franciscaines, d’une grande propriété, de la maison des Jésuites de Silveira House, la résidence des Jésuites.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, en 1969, sa route arrive à son dernier tournant lorsqu’il découvre le village de lépreux de Mutemwa. En bon fils de saint François, son cœur est bouleversé par ces pauvres parmi les pauvres, rejetés, marginalisés, déshumanisés. Il s’installe à Mutemwa et se fait tout pour tous&nbsp;: gardien de leur village, infirmier et soignant, cuisinier, chroniqueur et poète (des centaines de poèmes, souvent plusieurs sur le même lépreux, qui montrent combien John réussissait à montrer la beauté des cœurs et des âmes dans des corps rongés par la lèpre), consolateur et confident, chef de chorale, catéchiste, distributeur de la sainte communion…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au bout de quelques années, John Bradburne est soudain exclu et chassé du village par l’association de colons qui le finance et qui trouve que cet anglais excentrique en fait trop et qu’il ne convient pas qu’un Européen s’investisse de cette façon. De plus la guerre civile rend son maintien en pleine brousse dangereux. Mais, chassé du village qui est enclos d’un grillage pour l’empêcher d’y rentrer, John s’installe de l’autre côté du grillage, creuse un tunnel et rejoint clandestinement la nuit ses bien-aimés lépreux. De guerre lasse, on l’autorise à y revenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur de sa vie prière demeure pendant toutes ces années son amour passionné de Dieu et des autres en Dieu. Aurait-il pu sinon tenir tant d’années dans une misérable hutte de lépreux sans eau, sans douche, sans toilettes sous le soleil d’Afrique&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Témoin jusqu’au bout</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La mort de John Bradburne est à l’image de sa vie. En août 1978, la maladie est sur le point l’emporter – une encéphalite virale. Pour échapper à tous les visiteurs et prier, il fait mettre «&nbsp;mort&nbsp;» sur un papier collé sur la porte de sa chambre d’hôpital. Il en réchappe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il se sait menacé à Mutemwa par les guérilleros marxistes en tant que blanc – et aussi comme chrétien. Il demande au père Dove&nbsp;: «&nbsp;Que dois-je faire s’ils viennent&nbsp;?&nbsp;» Son ami jésuite lui conseille la prudence&nbsp;: «&nbsp;Donne-leur ce qu’ils veulent&nbsp;», et ajoute «&nbsp;Tu ne vas pas mourir pour cinq dollars&nbsp;». Mais John réplique&nbsp;: «&nbsp;Ah non&nbsp;! C’est l’argent des lépreux. Je leur donnerai du café&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 6 juillet 1979, le Dr Luisa Guidotti, une consacrée membre d’un institut missionnaire, qui l’a beaucoup soutenu dans son combat pour la dignité des lépreux, est assassinée à un contrôle routier par les forces de sécurité des autorités de la colonie (son procès de béatification est ouvert). John porte son cercueil dans la cathédrale de Salisbury (Harare) et reste agenouillé près de lui durant toute la messe des funérailles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fin août, John se sent tellement agité qu’il confie à une amie qu’il sentait la présence du mal dans sa case. De fait, une invasion de fourmis rouges l’oblige à dormir deux nuits dans la chapelle. Le samedi 1<sup>er</sup> septembre, il demande explicitement aux lépreux de prier pour lui. Le lendemain, il n’y a pas de messe à Mutemwa, faute de prêtre, mais John anime un temps de prière et distribue la communion aux lépreux. Il leur parle de saint Laurent, le diacre martyr de la Rome antique, et ajoute&nbsp;: «&nbsp;Nous devrions avoir le courage et la persévérance de saint Laurent&nbsp;». Il passe presque tout le dimanche à prier dans la chapelle. Un incident étrange survient au début de la soirée, durant la prière du soir. John est pris d’une soif ardente. Il n’y a plus d’eau au robinet du village des lépreux, ni dans aucune case et il ne peut rien boire. Il se retire alors dans sa case. Au début de la nuit, les deux lépreux dont les cases jouxtent la sienne entendent du bruit à la porte de celle-ci. Puis des pas s’éloignent, et le silence. Trop effrayés, ils n’osent pas sortir de leur case avant l’aube. Il n’y a plus personne chez John.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit de son enlèvement et de son assassinat de John Bradburne est connu grâce au témoignage de certains de ses auteurs. Le groupe qui l’enlève relève plus du gang que des forces organisées de la guérilla. Il voulait, semble-t-il, le présenter comme un espion en le livrant aux responsables régionaux de la guérilla. John leur a ouvert sa porte et remis sa bure franciscaine. Il ne comprend peut-être pas tout de suite ce qui arrive car il fait quelques pas hors de sa case avec ses visiteurs et leur demande&nbsp;: «&nbsp;Mais où devons-nous aller prier et pourquoi&nbsp;?&nbsp;» Ses ravisseurs lui tombent alors dessus, lui lient les mains et le font chuter. «&nbsp;Est-ce ainsi que vous me demandez de prier&nbsp;?&nbsp;», questionne-t-il encore. Ils le forcent à avancer dans la nuit. «&nbsp;Mais je dois revenir à Mutemwa&nbsp;», répéte-t-il souvent tout en marchant, le souffle court.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le groupe arrive dans les grottes de Chemedza. Des clameurs l’accueillent. John demande encore&nbsp;: «&nbsp;Allons-nous prier maintenant&nbsp;?&nbsp;». En fait de prière, l’agonie commence. Un ravisseur lui demande&nbsp;: «&nbsp;As-tu déjà mangé de la merde humaine&nbsp;? Tu vas bientôt le faire&nbsp;». Puis on amène une jeune femme devant lui et on lui ordonne de faire l’amour avec elle. John refuse. On le pousse alors dans les bras de la femme, mais il réitère son refus. Ensuite, ses ravisseurs mettent de la musique pop sur un électrophone et veulent le faire danser. John leur répond qu’il peut danser mais pas de cette façon. A la fin, ils se lassent. Ils l’enferment dans une hutte, ligoté, toute la journée du lundi. Nul ne sait ce que fait John dans sa détresse, mais on ne peut douter qu’il prie. Ce même jour, certains membres de la guérilla, informés de son enlèvement, vont plaider sa cause auprès des responsables de la guérilla ; n’avait-on pas vu ce blanc porter dans ses bras un lépreux malade jusqu’à l’hôpital de Mutoko&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nuit suivante, ses ravisseurs le conduisirent, ligoté et sautillant, jusqu’aux grottes de Gwaze, où se trouvent des responsables de la guérilla. De façon étonnante, sur le grand rocher en face de la grotte, il y a une peinture de couleur bleue du Christ les bras étendus, œuvre d’un artiste chrétien local. Quand John la voit, il tombe à genoux. On le force à se relever et à entrer dans la grotte mais il retombe de nouveau à genoux. Durant la nuit, le commandant de district de la guérilla arrive à son tour dans la grotte. Il connait John et trouve stupide l’enlèvement de «&nbsp;ce blanc inoffensif qui s’occupait de pauvres noirs&nbsp;». Il décide de renvoyer John, libre, à Mutemwa – surtout après que ses ravisseurs aient exhibé comme preuve que John était un espion «&nbsp;le poste émetteur&nbsp;» trouvé dans sa hutte et que celui-ci se révélé être un simple poste de radio.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le responsable de la sécurité qui accompagne le commandant désapprouve la décision de ce dernier de libérer John. Le blanc en avait déjà trop vu. Après une longue discussion, le commandant décide de faire évacuer John vers le Mozambique et de l’envoyer de là en Tanzanie ou en Chine, et sinon la mort. John refuse – il ne peut pas abandonner ses lépreux. Ils insistent. Pour toute réponse, John se met à genoux et prie un <em>Notre Père</em> et un <em>Je vous salue Marie</em> en langue shona. La paix de sa voix impressionne le groupe de guérilleros. Le commandant, de plus en plus séduit par cet homme qui ne craint pas la mort, lui offre à manger et l’emmène avec lui, sans aucun lien, à une réunion de «&nbsp;conscientisation&nbsp;» d’un village. Durant la séance, une femme avec deux bébés jumeaux est assise près de John. Elle met les deux enfants sur ses genoux où ils s’endorment. John reste un bon moment ainsi, puis il dit «&nbsp;Amai&nbsp;» (Maman, en shona), vous ne me reverrez plus, mais je prierai pour vous&nbsp;». Puis il lui rend les jumeaux, se lève, s’agenouille et récite le <em>Notre Père</em> en shona, les bras levés vers le ciel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après cette réunion, le commandant dit à John qu’il est libre, et le fait repartir en apparence vers Mutemwa avec des villageois et deux guérilleros. Ces villageois diront ensuite que par deux fois un coq chante tandis qu’ils marchent et qu’alors John s’arrête pour prier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’ils arrivent à hauteur de la grand-route Mukolo-Nyamapanda, un soldat de la guérilla s’approche de John et le fait descendre dans le lit d’un torrent. John tombe à genoux et se met en prière. Alors qu’il se relève, le guérillero vide sur lui le chargeur de sa mitraillette. Un vieux villageois témoin du meurtre racontera ensuite que John est retombé sur ses genoux puis qu’il a doucement glissé sur le sol – la mort d’un agneau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les villageois sont terrorisés. Si les forces de sécurité trouvaient le cadavre sur la grand route, ils pourraient être accusé de l’assassinat. Ils décidèrent de le cacher. Mais, selon leur propre témoignage, des événements étranges les en empêchent&nbsp;: des voix venues d’on ne sait où qui chantent, un grand oiseau blanc volant au-dessus du cadavre, des rayons de lumière semblant sortir de lui. Les miracles commencent. Ils n’ont pas cessé depuis, semble-t-il, en Europe comme en Afrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La prière reste liée au nom et au souvenir de John Bradburne. Le centre pour lépreux de Mutemwa est devenu un important sanctuaire où viennent prier, avec les lépreux, ceux qui se confient à son intercession, lieu de pèlerinage et de prière pour toute l’Afrique australe. Non loin de là, on a construit en 1994 le premier centre pour accueillir les victimes du sida de tout le Zimbabwe. La cause de béatification de John Bradburne avance, entravée par la situation politique du Zimbabwe. Dès 1986, une demande pour sa béatification est introduite, mais Mgr Chapaika, archevêque d’Harare, juge sage d’attendre. L’assassin de John Bradburne est devenu un respectable homme d’affaires et les guérilleros dirigent le Zimbabwe depuis l’indépendance. En attendant, les miracles et les grâces attribués à la prière de John Bradburne – et dont sont favorisés noirs et blancs dans ce pays déchiré par la question ethnique – se poursuivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Didier Rance</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/john-bradburne/">John Bradburne</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Emile ROMANET</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Jul 2023 22:49:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures Franciscaines]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1873 – 1962 Initiateur des Allocations Familiales Franciscain séculier Emile Romanet, ingénieur français, est né à Ville-sous-Anjou en Dauphiné le 16 mars 1873 dans une &#8230;</p>
<p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/emile-romanet/">Emile ROMANET</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1873 – 1962</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="500" src="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/emile-romanet.jpg" alt="" class="wp-image-42" srcset="https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/emile-romanet.jpg 1000w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/emile-romanet-300x150.jpg 300w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/emile-romanet-768x384.jpg 768w, https://www.franciscain.fr/wp-content/uploads/2023/07/emile-romanet-120x60.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Initiateur des Allocations Familiales</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franciscain séculier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Emile Romanet</strong>, ingénieur français, est né à Ville-sous-Anjou en Dauphiné le 16 mars 1873 dans une famille d’agriculteurs. Travailleur, il décroche son certificat d’études en 1885. Sur les conseils de son instituteur, il part à treize ans et demi à l’Ecole professionnelle de Voiron.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sorti premier de sa promotion, il part travailler à l’usine Joya à Grenoble en 1889 comme simple dessinateur (après avoir occupé des emplois variés dans l’entreprise, il sera nommé co-directeur avec le fils du patron, Régis Joya, en 1897). Il trouve à ce moment un logement grâce à la recommandation du curé de Ville-sous-Anjou, l’abbé Achard, à son confrère l’abbé Tascher, qui dirige le cercle Saint Bruno. Après avoir travaillé en divers domaines dans l’entreprise, il y est nommé directeur à 24 ans en 1897.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1897 est l’heureuse année de son mariage. Cette année-là, il épouse Marie Chamoux. Le foyer verra naître deux garçons&nbsp;: Noël en 1898, et Maxime en 1899. Le petit Maxime ne vivra que 27 jours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis un temps, il fréquente le Cercle catholique Saint Bruno.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant le Carême de 1901, il découvre la doctrine sociale de l’Eglise à partir de Rerum Novarum, la première encyclique sociale du Pape Léon XIII sur la condition des ouvriers. La protection de la famille et de la cellule familiale lui apparait comme un impératif absolu. Et il va se faire un ardent promoteur de la doctrine sociale de l’Eglise tout au long de sa vie. Il se dévoue aux activités du Cercle Saint Bruno et crée des œuvres en fonction des besoins&nbsp;: l’Assurance par le travail, la Ruche populaire</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa réalisation la plus célèbre est la Caisse d’Allocations familiales. A partir du moment où se précise son analyse de «&nbsp;juste salaire&nbsp;», la nécessité de compléter le salaire en fonction des charges de familles devient évidente. En 1916, il décide le chef de son entreprise, Joanny Joya, puis le syndicat des constructeurs, mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de l’Isère à verser des allocations aux membres du personnel ayant des enfants de moins de treize ans. En 1918, il crée à Grenoble la seconde caisse de compensation d’allocations familiales connue en France (peu de jours après celle de Lorient).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette même année, il a la douleur de perdre son fils Noël, des suites d’une maladie contractée au front, durant la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Membre actif du Troisième Ordre de St François, appelé aujourd’hui l’Ordre Franciscain Séculier, et pilier de la Société Saint Vincent de Paul, […] il fait participer ses frères à ses recherches.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1943, son travail sur la participation des salariés aux résultats des entreprises est présenté par M. Toinet à la réunion du groupe de Paris. En 1949, il fait éditer une brochure intitulée <em>La doctrine sociale de l’Eglise.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Emile Romanet et son épouse puisent dans la prière la force d’avancer. Tous deux fidèles au lever tôt&nbsp;: à 4 h du matin ils commencent par la prière suivie de l’oraison et de la Messe à la paroisse toute proche.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« J’examine la situation qui pourra m’être faite et je me demande&nbsp;: que ferait Notre Seigneur Jésus-Christ s’il était à ma place&nbsp;? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un carnet, il note les événements de sa vie, et y voit les interventions divines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…] Après soixante deux années de mariage, son épouse Marie meurt en juin 1961. Six mois plus tard, Emile la suit, le 15 janvier 1962.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>***</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>6 millions d’enfants comme ceux-ci lui doivent la vie</em>&nbsp;», écrivait Georges Hourdin dans la Vie Catholique, le 24 janvier 1962</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui, en ce jour gris du 17 janvier virent passer dans les rues de Grenoble un convoi funèbre se dirigeant sur le cimetière Saint Roch, ne se doutaient pas, pour la plupart du moins, qu’il emportait un homme grand malgré sa simplicité, un chrétien profondément marqué de l’esprit franciscain, un sociologue éminent dont la plus belle récompense fut d’avoir donné à des millions de familles un moyen honorable d’élever leurs enfants: il s’agit de M. Emile ROMANET</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>UN HOMME ENTREPRENANT</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Né le 16 mars 1873, à Ville-sous-Anjou, petite bourgade rurale de l’Isère, après de bonnes études à l’ENP, le jeune Emile âgé de 16 ans, s’initie aux dures conditions ouvrières de l’époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand en 1891, Léon XIII donne au monde l’encyclique<em> Rerum Novarum</em>, il y a deux ans déjà qu’Emile est entré aux Etablissements Joya (usine métallurgique) de Grenoble. Comme partout ailleurs, le travail y est pénible, mais il l’a abordé avec son âme de jeune chrétien actif que rien n’arrête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Cercle Catholique d’Ouvriers de Saint Bruno, &#8211; «&nbsp;ce Cercle, aimait-il à dire, a le même âge que moi&nbsp;» &#8211; lui permet de réfléchir sur son propre engagement. Il y ajoute l’étude personnelle des encycliques et de tout ce que le catholicisme social d’alors propose, et en 1901, &#8211; il a 28 ans – il lance ses premières solutions du problème ouvrier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est d’abord la mise en chantier de «&nbsp;ce que, dit-il, nous intitulions un peu prétentieusement&nbsp;: <em>Université Populaire</em>, laquelle prendra en 1908 le nom bien connu de <em>Ruche Populaire de Saint Bruno</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mener l’affaire à bien, M. Romanet s’est acquis de précieux concours&nbsp;: M. Cuche, professeur à la Faculté de Droit de Grenoble, Maître Vellot, avocat et fondateur des Jardins Ouvriers, et M. Galland, directeur d’usine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Devant cette <em>Université</em>, le 4 janvier 1905, M. Romanet présente sa thèse, alors révolutionnaire, sur «&nbsp;<em>Capital, Direction, Travail&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">A cette thèse, il veut l’approbation pontificale. Aussi, le 15 août suivant, la présenta-t-il au Pape saint Pie X, qui accorde aussitôt son entière bénédiction à l’entreprise sociale naissante et à tous ses collaborateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fort de cette ratification, M. Romanet ne se sent plus seul, et les réalisations vont se succéder à un rythme accéléré&nbsp;: un Secrétariat social, une Assistance par le travail, un Bureau de placement, des Mutuelles, des Loisirs culturels, une Bibliothèque, des Services d’entraide, une vraie Maison du Peuple, unique à Grenoble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A toutes ces initiatives, le Saint Père adressera, en 1911, une lettre d’approbation, témoignage précieux pour celui qui en fut l’animateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il entreprend en 1915-1916, une vaste enquête sur le terrain tendant à déterminer le besoin d’une famille avec un, deux, trois enfants ou plus. Le 26 octobre 1916, il annonce aux ouvriers de Joya qu’ils vont désormais bénéficier d’allocations familiales calculées en fonction de leur nombre d’enfants, mais aussi de leur salaire et de leur ancienneté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1916, il décide le chef de son entreprise, Joanny Joya, puis le syndicat des constructeurs, mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de l’Isère à verser des allocations aux membres du personnel ayant des enfants de moins de treize ans. Anticipant les revendications des ouvriers des autres entreprises locales d&rsquo;obtenir le même traitement, il va donc entreprendre auprès des patrons grenoblois une campagne sur le thème «&nbsp;organisons-nous pour donner avant que l’on nous réclame par la grève&nbsp;». Il rallie cinq industriels qui créent le 29 avril 1918, une Caisse de compensation &#8211; la seconde caisse de compensation d’allocations familiales connue en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Inventeur&nbsp;» des Allocations familiales, des millions de gens lui devront l’aisance là où ils n’avaient connu jusqu’alors que gêne et misère. Parlant de cette trouvaille, M. Desmottes, directeur général au Ministère de la Santé et de la Population, n’hésite pas à affirmer&nbsp;: «&nbsp;S’il y a un renouveau familial en France qui commence à porter ses fruits, c’est à M. Romanet qu’on le doit&nbsp;: il a élargi la notion de justice sociale à la dimension de la justice familiale&nbsp;; à la notion des marchés, il a substitué celle des besoins, il a fait correspondre la répartition des profits à la répartition des charges&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Promu chevalier de Saint Grégoire le Grand en 1919, puis commandeur du même Ordre pontifical en 1940, M. Romanet dit alors «&nbsp;sa fierté d’appartenir à cette Eglise qui, aimée ou combattue, ne se lasse jamais de répéter de par le monde le mot d’ordre de son Fondateur, ce mot qui, seul, inspire notre travail&nbsp;: <em>Aimez-vous les uns les autres&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>UNE AME TOUTE FRANCISCAINE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;L’homme est un beau vieillard à moustache blanche, qui a gardé l’œil vif et le dos droit. Ni l’âge ni les épreuves ne semblent avoir eu de prise sur lui. La mémoire est restée précise, la voix nette, l’écriture ferme, la main ne tremble pas. Levé à quatre heures avec son épouse, hiver comme été, après être allés ensemble à la première Messe, il s’installe à son bureau. Tout le jour il travaille avec une ardeur que de plus jeunes pourraient lui envier.&nbsp;» C’est en ces termes que Paul Dreyfus décrivait cet homme extraordinaire que fut M. Romanet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour lui, le «&nbsp;spirituel&nbsp;» n’était pas un à-côté, un quant-à-soi, mais une règle d’or, à laquelle il ne faillit jamais, la base de toute activité sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entré jeune dans l’Ordre Franciscain Séculier, sa Profession informe toute sa spiritualité et guide toutes ses entreprises. De fait, la simplicité, l’humilité, l’esprit de détachement furent les traits dominants de sa longue carrière humaine&nbsp;; il ne s’en départit jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vingt dernières années de sa vie constituent une longue retraite. Les activités considérables de la longue période précédente – plus de quarante ans – laissaient alors place aux activités plus intimes et plus profondes&nbsp;: lectures spirituelles, prière, charité discrète «&nbsp;à la Maison Vincent&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Celui qui, toute sa vie, a commencé chacune de ses journées par la Messe matinale – il la préparait en parcourant sa longue «&nbsp;liste-memento&nbsp;» de ses amis, ennemis, collaborateurs vivants et défunts, et il se faisait un honneur de la servir – cet actif qui ne terminait jamais son labeur sans une longue prière de contemplation devant <em>la Vierge des Pauvres</em><strong>, </strong>celui dont l’âme n’était plus ouverte que sur le ciel, celui-là ne pouvait changer le rythme intérieur de sa vie&nbsp;; il ne pouvait s’éloigner de la <em>source de son être&nbsp;</em>; il s’en rapprocha si bien jour après jour, comme François d’Assise, qu’il ne lui resta plus qu’un pas à faire pour s’y jeter tout entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>SON MESSAGE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 14 janvier, M. Romanet s’en est allé vers la lumière. Un jour peut-être naîtra un Comité du Souvenir Romanet et un mémorial sera dressé en son honneur au nom de ses « millions d’enfants ». Cela, quoiqu’excellent, est de moindre importance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son message est ailleurs. Il redit à tous qu’il faut être présent, efficacement présent, aux difficultés de son temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les esprits superficiels n’ont pas manqué pour juger périmée cette œuvre humaine et évangélique&nbsp;: une action «&nbsp;plus dure&nbsp;» les séduit. Et pourtant…n’est ce pas la douce obstination des cœurs droits qui finit par tracer les sillons où lève plus de justice&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son origine rurale, il ne l’avait jamais reniée, non plus qu’il ne rejeta jamais personne. Mais surtout, totale fut sa soumission à l’Eglise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme de sa vie, égrenant sans doute avec ses parents et ses amis ses derniers <em>Ave</em>, M. Romanet dut se revoir, jeune industriel, perdu dans la foule qui l’entourait un matin de mars 1912 dans sa bourgade natale. Ce matin-là, l’évêque de Grenoble bénissait la statue monumentale de Notre Dame de Terrebasse que la générosité populaire avait érigée sur une parcelle de son héritage familial, près du toit où il était né quelque 40 ans auparavant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce matin-là il avait consacré à la Vierge des Pauvres sa vie et son œuvre. C’est ELLE, la Vierge fidèle, qui l’aura introduit au <em>Royaume de Lumière</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Témoin du Christ par toute sa vie&nbsp;», par lui, l’Evangile a été prêché aux humbles et aux petits, non en paroles, mais en actes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Route d’Assise&nbsp;» mars 1962.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>PLUS DE BONHEUR AU FOYER et plus de justice PAR LES ALLOCATIONS FAMILIALES</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait du</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rapport de M. Emile Romanet</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Franciscain séculier de Grenoble,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fondateur des Allocations Familiales</p>



<p class="wp-block-paragraph">et des Caisses de Compensation,</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commandeur de la Légion d’Honneur</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment où nous mettons sous presse les Actes du Congrès de Carcassonne, nous aimons à citer ici ce dernier rapport, relatant les débuts de «&nbsp;la plus grande réforme sociale des temps modernes.&nbsp;» (Joseph Folliet)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce rapport ne voudrait être que le modeste témoignage des possibilités très grandes dont disposent les cœurs qui veulent rester ouverts à l’amour de Dieu et à l’amitié des hommes. C’est d’ailleurs la Providence et les évènements qui donnent de l’ampleur à des incidents de peu ou de nulle valeur. Je vous dirai simplement ce qui a motivé chez un Grenoblois les raisons d’agir au point de vue social&nbsp;; &#8211; ce qui a été fait, et les résultats&nbsp;; &#8211; ce qu’il faudrait faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1 – CE QUI A MOTIVE L’ACTION SOCIALE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est en tout premier lieu, en dehors et au dessus des contingences, &#8211; je le répète comme un acte de reconnaissance envers Dieu, &#8211; la Foi que Lui seul donne et conserve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont ensuite les contacts avec les ouvriers et leurs familles. Généralement, le patronat se désintéresse de la vie de son personnel, alors qu’il devrait lui accorder un salaire suffisant pour permettre aux familles de vivre dans un minimum de sécurité et lui faire connaître l’Evangile par la mise en pratique de ses préceptes de justice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un simple coup d’œil d’ensemble révèle déjà un scandale choquant, celui de la misère à côté de l’opulence&nbsp;; et plus l’enquête est poussée, plus le patron chrétien est responsable de son personnel et porté à prendre des initiatives de relèvement matériel, moral et social.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exemple des autres que l’on admire et que l’on désire imiter, contribua pour sa part dans la création des Allocations familiales. Cet exemple vint surtout de la Maison Harmel par le Bulletin mensuel «&nbsp;Echo du Val-des Bois&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin il est des faits insignifiants qui vous marquent&nbsp;; ils éclairent, ils pulvérisent les obstacles, ils vous tracent la voie. Ça était, pour l’associé de la Maison Joya, constructions métalliques, à Grenoble, la lecture du compte rendu d’un discours prononcé à Lyon vers 1890. La conclusion disait&nbsp;:&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Si le sort t’a fait riche, garde au bien l’âme prompte. Sois pensif, humble et doux. Rachète, en t’abaissant, ta trop haute stature, et sache que Dieu monte vers celui qui descend. Sers celui qui te sert, car il te vaut peut-être. Songe qu’il a des droits comme toi des devoirs. Ménage les petits, les faibles. Sois le maître que tu voudrais avoir.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2 – REALISATIONS</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ayant conquis des grades dans la Maison Joya, entreprise d’une moyenne de 250 travailleurs, il fut possible de passer à une action plus concrète.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1906, est fondé un Conseil d’usine. En faisaient partie tous les employés et ouvriers ayant 20 ans de présence (38 membres à cette époque) et les contremaîtres. Tous ceux qui parmi les autres en faisaient la demande pour des communications importantes pouvaient assister aux réunions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce Conseil d’usine a organisé des cours pour les apprentis, cours de dessin. L’intéressement du personnel par une répartition du bénéfice (devenu par la suite système Schueller), 91 jardins ouvriers ont été aménagés avec abri fermé pour chacun. Une société de secours mutuels a été fondée. Des primes données au mariage et à la naissance d’un enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 4 octobre 1916 (fête de saint François), encourageant des ouvriers, au cours d’une réunion, à participer à l’emprunt de guerre du Gouvernement, je m’attire les réflexions suivantes&nbsp;: «&nbsp;Les travailleurs s’imposent des restrictions et n’ont pas d’argent&nbsp;».Immédiatement 8 enquêtes sont faites auprès de bons ouvriers stables, partant du célibataire jusqu’à la famille comptant 6 enfants. Naturellement elle devait révéler la misère, les dettes, le découragement, l’aigreur…chez des êtres consciencieux dans le travail et apparemment tranquilles. Un rapport circonstancié très complet est remis à M. Joya, suggérant le «&nbsp;salaire familial&nbsp;», premier nom de ce qui s’appelle aujourd’hui allocation familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1° novembre 1916, une première attribution de 0 fr. 20 par jour et par enfant jusqu’à 13 ans est faite. Les bénéficiaires reconnaissants ont signé une lettre de remerciements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des protestations sont venues de la part d’autres industriels; mais dès fin novembre 1916 cette mesure est généralisée et adoptée par les métallurgistes inscrits au syndicat groupant les entreprises du Dauphiné- Savoie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 29 avril 1918 est établie une caisse de compensation avec obligation pour tous les adhérents du syndicat d’y participer au prorata du personnel occupé, qu’il ait ou non des enfants. L’allocation est fixée à 20 francs par mois pour tous les enfants jusqu’à 14 ans révolus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La CGT s’opposant, il a fallu intensifier la campagne. On utilisa la presse, les conférences à Lyon, Nancy, Dijon, Paris, Rouen, Bienne, Saint Etienne, Genève, etc…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 22-23 mai 1922, se tenait à Grenoble le premier Congrès des Allocations familiales, et la Loi française du 11 mars1932 les a rendues obligatoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3 -CE QU’IL FAUDRAIT FAIRE</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ancien directeur a fondé sous le titre de «&nbsp;Grenoblois Industriel&nbsp;», un bureau d’études industrielles et sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point de vue social, il estime que seule la mise en pratique de la doctrine sociale de l’Eglise pourrait redresser la situation actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour cela, il faut à la base la charité, la justice, l’amour, c&rsquo;est-à-dire mettre en pratique les préceptes de l’Evangile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec la collaboration d’ecclésiastiques et d’industriels catholiques, il agit pour faire pénétrer dans les esprits la collaboration effective entre employeurs et employés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a été édité pour cela&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une brochure&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;<strong>La Doctrine sociale de l’Eglise&nbsp;»</strong>&nbsp;</li>



<li>Un fascicule&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;<strong>Capital et travail unis&nbsp;»</strong></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Et comme la Sainte Vierge est toujours d’un puissant secours, on répand un opuscule&nbsp;: «&nbsp;<strong>Une bonne méthode pour réciter le Rosaire</strong>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une image de «&nbsp;<strong>La Sainte Famille</strong>&nbsp;» au travail a été faite à Grenoble, avec cette prière au verso, composée par Emile Romanet&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>O Jésus</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>qui, par votre exemple, nous avez imposé à tous de travailler pour gagner notre vie et réaliser notre progrès spirituel,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>nous vous demandons, par l’intercession de Marie ménagère et de Joseph artisan&nbsp;:</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; de faire disparaitre les abus contraire à la doctrine sociale de l’Eglise et dont souffrent la religion, la famille, l’entreprise, la profession, la cité, l’humanité&nbsp;;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; de faire surgir les institutions nécessaires au bien temporel de tous les travailleurs, employeurs et employés&nbsp;;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; et ainsi, faites-nous la grâce d’un ordre social chrétien, d’où sortira la paix sociale et, par elle, la paix mondiale.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">De Emile ROMANET</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec une femme, on partage les peines, on double les joies, on triple les dépenses et… on quadruple la gloire au ciel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voir Jésus, même en ceux qui me contrarient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dieu premier en tout, partout, toujours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voir Dieu en toutes choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Infailliblement, on trouve Dieu dans la croix et la souffrance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant toute décision, VENI CREATOR</p>



<p class="wp-block-paragraph">Se dire&nbsp;: «&nbsp;Que ferait Jésus à ma place&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">______________________________</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bibliographie sommaire&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paul Dreyfus, <em>Emile Romanet, père des allocations familiales</em>, Ed. B. Arthaud, 1964, 186 p</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a></a> J.M.&nbsp;Brun,&nbsp;<em>Souvenirs sur Emile Romanet</em>, La Chronique sociale de France, 15 avril 1962</p><p>The post <a href="https://www.franciscain.fr/emile-romanet/">Emile ROMANET</a> first appeared on <a href="https://www.franciscain.fr">Fraternité Franciscaine Saint Antoine de Padoue</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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